Le colloque souverainiste du 22 novembre
L'Europe, c’est ringard !
Par Pierre Pujo
Un colloque très instructif, réunissant d'éminentes personnalités, s'est tenu le 22 novembre à l'Assemblée nationale à l'initiative du député Jacques Myard, président du Cercle "Nation et République" et fougueux défenseur de la souveraineté nationale. Ce colloque était intitulé France, Europe, Globalisation, c'est-à-dire qu'il était au cœur du problème majeur de la France d'aujourd'hui où son existence même est compromise par les projets européens. Nous nous proposons d'évoquer les principales communications.
Un super-État
Une première "table ronde" s'est proposée de mettre en valeur l'idée que le traité constitutionnel – sur lequel les Français voteront l'an prochain – est une remise en cause radicale de la souveraineté nationale. Le professeur Olivier Gohin a démontré qu'avec la constitution européenne, la France ne serait plus qu'un « État fictif », le droit européen l'emportant sur ses lois et même sur sa constitution.
Le recteur Armel Pécheul a souligné que l'Europe s'avance masquée. Quand les textes parlent de « mode communautaire » pour les prises de décision il faut entendre que le fédéralisme constitue la règle bien que le mot fédéral n'apparaisse nulle part. Cependant, dans la construction européenne on ne voit pas de répartition des compétences entre la fédération et les États, comme c'est le cas aux États-Unis. Il n'y a pas non plus de représentation égalitaire des États. Conclusion : le stade de l'État fédéral est dépassé. Ce que les européistes mettent en place, c'est un super-État, un empire.
Olivier Gohin, reprenant la parole, a montré que ce super État aurait le plus grand mal à fonctionner du fait de l'enchevêtrement des compétences. On dérivera vers le régime d'assemblée et l'impuissance politique, car le Parlement européen ne peut être dissout.
L'ambassadeur Dejammet a souligné que ce projet de constitution européenne escamote la qualité de membres du Conseil de sécurité de la Grande-Bretagne et de la France qui se verront priées de renoncer à leur siège respectif au profit de l'Union européenne.
L'ambassadeur Albert Salon a montré que la langue et la culture françaises faisaient les frais de l'idéologie du grand marché promue par les Anglo-Saxons. Nos administrations acceptent de recevoir de la Commission de Bruxelles des documents de travail en anglais, alors que le français est l'une des langues officielles de l'Europe. Elles devraient les renvoyer à l'expéditeur.
Le général Maurin et le général Menu ont évoqué la force de dissuasion nucléaire de la France sur l'avenir de laquelle on peut s'interroger dans la prospective de l'adoption de la constitution européenne. Les intérêts vitaux des pays ne peuvent être de même nature d'un bout à l'autre de l'Europe. Alors, quel sera le rôle de nos sous-marins nucléaires ?
Au cours du débat avec la salle Mme Yvonne Bollmann, professeur d'université, a jeté un cri d'alarme sur la germanisation de l'Alsace qui se prépare à grands pas : « L'Alsace est en train d'échapper à la France », a-t-elle proclamé.
Une Europe idéologique
Si le traité constitutionnel abolit la souveraineté de la France il ne met pas pour autant en place une Europe viable. Pour le professeur Jean-Jacques Rosa, l'Europe est d'une grande hétérogénéité. Ainsi la "construction européenne" est promise à prendre deux directions : ou bien elle s'enlisera et deviendra une sorte d'O.N.U. régionale ; ou bien on imposera une fédération par la violence.
Alain Cotta, professeur à Paris Dauphine, a souligné l'échec de l'euro qui n'a laissé subsister qu'une seule variable d'ajustement : la dévaluation, et, en attendant, le chômage. Sa surévaluation actuelle par rapport au dollar entraînera une stagnation économique en 2005.
Le professeur Jean-Pierre Vesperini a observé que la coordination des politiques économiques n'est pas organisée entre les différents États, lesquels mènent des politiques restrictives. Le résultat est un taux de croissance de l'Union européenne inférieur à sa croissance potentielle.
Philippe Bourcier de Carbon a souligné le déclin démographique de l'Europe. Il est vrai que les allocations familiales représentent seulement 11 milliards d'euros dans l'Union européenne sur 465 milliards du budget social, trois fois moins que dans les années 60.
Après que l'ambassadeur Pierre Maillard eut rappelé l'hostilité de De Gaulle à une communauté euro-atlantique où il voyait une subordination à l'égard des États-Unis, Georges Berthu, ancien député au Parlement européen, a remarqué que la Turquie n'a jamais été considérée comme faisant partie de l'Europe. Si l'on veut l'y inclure, c'est pour des raisons idéologiques et non géographiques : elle est censée partager les "valeurs" démocratiques européennes.
Mais pourquoi s'arrêter en chemin dans l'élargissement et refuser à l'Ukraine, à la Moldavie et à la Biélorussie d'entrer dans l'Union européenne ? a remarqué l'ambassadeur Renouard. Celui-ci a porté par ailleurs ce jugement sévère mais, hélas, véridique : « Depuis huit ans, les élites françaises ont jeté aux orties tout sentiment national. »
Pas d'autorité politique
La troisième partie du colloque était consacrée à la "globalisation".
L'ambassadeur Gabriel Robin a noté d'emblée : « L'Europe faisait rêver ; elle fait bailler ». Pour lui, nous sommes dans un monde de nations. L'Union européenne est « anachronique » en voulant abolir les États-nations. Aujourd'hui, a-t-il encore souligné, « nous ne souffrons pas d'un excès d'État-nation, mais d'une insuffisance. »
Jean-Louis Gergorin, membre du Comité exécutif d'E.A.D.S., a cité Maurras (Kiel et Tanger) : « Les nations n'ont pas d'amis mais des intérêts », et souligné que l'Europe n'est pas une fin mais seulement un moyen. Une action commune face aux Américains peut être nécessaire, mais seulement d'une façon occasionnelle : il n'y a pas d'autorité politique européenne capable d'équilibrer les États-Unis.
Pierre Lecomte, économiste, a souligné que les États-Unis bénéficient du privilège d'émettre autant de dollars qu'ils le veulent pour financer leur déficit et leur croissance. La création de la monnaie unique européenne a servi leurs intérêts.
Édouard Husson, professeur d'histoire, a insisté sur les liens existants entre l'Allemagne et les États-Unis, lesquels la considèrent néanmoins comme une rivale. Quant au "couple franco-allemand", il a tendance à s'affaiblir car les élites allemandes ne jouent plus le jeu européen.
Marc Elchinger, analyste financier, a observé qu'il n'y a pas de marché financier de l'euro. Les capitaux vont en Suisse ou à Londres...
Le point de vue des "politiques"
Les "politiques" invités à s'exprimer au cours du colloque ont été plutôt décevants, Pasqua et Myard exceptés. Le sénateur Marini a souhaité qu'on ne caricature pas le traité constitutionnel... Nicolas Dupont-Aignan s'est proclamé européen en précisant que « nous ne contestons que la façon de construire l'Europe ». Christophe Baudouin a insisté sur le lancement d'un « nouveau projet pour l'Europe »...
Charles Pasqua a souhaité que la constitution européenne soit rejetée sans être remplacée par une autre, car « on n'a pas besoin de constitution européenne ».
Il revenait à Jacques Myard de conclure. Il a plaidé pour que la France défende ses droits en Europe. Elle doit être « un lieu de pouvoir », avec la capacité de dire non. Pour lui, il faut sortir de « l'esprit de système » qui inspire la construction européenne, revenir à une Europe réaliste.
Les actes de ce colloque doivent être bientôt publiés. Ils seront fort utiles dans les débats précédant la tenue du référendum sur le projet de constitution européenne.
L'Action Française 2000 - 16 décembre 2004
