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Paul-Marie Coûteaux

« La démocratie française est complètement viciée ! »

Député français au Parlement européen, directeur de La Lettre de l'Indépendance (288 boulevard Saint-Germain, 75341 Paris 07) et des Cahiers de l'Indépendance, auteur de plusieurs ouvrages défendant la souveraineté française (Clovis, une histoire de France, Lattès 1996 ; L'Europe vers la guerre, Michalon 1997 ; Ne laissons pas mourir la France, Albin Michel 2004...), grand défenseur de la langue française, Paul-Marie Coûteaux n'est un inconnu ni pour les lecteurs de L'Action Française 2000, ni pour les auditeurs de l'Institut d'Action française. Il fait pour nous le point sur l'adoption du traité de Lisbonne.

Quel regard portez-vous sur le vote des députés et sénateurs estampillés "souverainistes" lors du vote sur la ratification du traité de Lisbonne ?

C'est un cas typique qui illustre le système partitocratique. Comme il n'y a aucun parti attaché à la souveraineté nationale – ou tout du moins aucun "parti de la France" – les députés et sénateurs qui ont encore une vague conscience des intérêts nationaux se soumettent à la discipline dictée par les dirigeants de leurs partis, lesquels sont tous voués au "système" en général, et en particulier à la dilution de la responsabilité politique dans le grand magma européen. Nombre d'élus désapprouvaient ce traité ; mais ils savaient que, s'ils ne s'y soumettaient pas, ils pourraient ne pas retrouver leurs investitures. Ils ont peur, feignant de ne pas trahir parce qu'ils trahissent en cœur.

Le passage en force décidé par Nicolas Sarkozy pouvait-il être mieux combattu par ceux qui, de l'UMP au Front national en passant par le MPF, pourraient constituer un "parti de la France" sur le modèle du "parti des politiques" du XVIe siècle ?

Non, car ces voix éparses, à "droite" comme à "gauche", sont bien trop peu nombreuses pour constituer quelque bloc que ce soit. La faute en est d'ailleurs partagée entre le "système", politique mais aussi médiatique, et face à lui les Français eux-mêmes qui se laissent bercer par sa logique binaire aussi commode que rudimentaire – et encore lors des élections législatives de juin dernier où les candidats souverainistes n'ont recueilli que très peu de voix  : on préfère voter utile, c'est-à-dire voter pour un grand parti dit de gauche pour éviter la droite, et voter pour un grand parti dit de droite pour éviter la gauche. C'est une mascarade. Hélas !, par leur paresse intellectuelle, ou leur naïveté, ou leur ignorance des enjeux, les Français entretiennent ce "système" par leur vote, depuis des années, quand bien même contredit-il leurs aspirations profondes. La démocratie française est complètement viciée !

Que va changer l'entrée en vigueur du traité de  Lisbonne pour ce qu'il subsiste de notre souveraineté nationale ?

Nous avons consacré un numéro entier des Cahiers de l'Indépendance à l'analyse du traité. Point cardinal du fédéralisme qui permettait au texte Giscard de s'intituler "constitution", la personnalité juridique accordée à l'Union est reprise telle quelle, certes discrètement. À elle seule, elle crée en effet un nouvel État qui peut désormais être reconnu comme tel sur la scène internationale, ce qui permet de parler de nouveau de "constitution". L'Union européenne se trouvera placée sous l'autorité d'un président, réputé stable en raison d'un mandat allongé – de six mois à deux ans et demi, et vraisemblablement porté ensuite à cinq ans comme le mandat parlementaire européen. Surtout, ce président est désormais indépendant de tout État – alors qu'il était auparavant un chef d'État ou de gouvernement en exercice ; il sera doté d'une autorité propre, ainsi que d'un secrétariat, puis d'un cabinet, etc. Gageons que cet instrument supranational se révélera d'autant plus efficace que, à la différence des autres institutions, il sera incarné…

Ambassades européennes

Le Haut Représentant pour la politique étrangère, « ministre sans le nom » comme l'a dit M. Sarkozy, sera vice-président de la Commission, ce qui lui donnera un grand poids auprès des autres commissaires, et se verra doté d'un "service diplomatique", en clair de 118 "ambassades de l'Union européenne. À la politique étrangère commune, il manquait un instrument : le voici. 

Le cercle des décisions à la majorité qualifiée s'élargit considérablement ; outre les affaires communautaires (politique agricole, commerciale, douanière et, surtout, industrielle – dite « de concurrence », où la Commission est pleinement compétente –, il inclut quarante nouveaux domaines, les uns d'ordre économique et d'autres plus régaliens : coopération judiciaire en matière pénale, porte ouverte au Parquet européen, et coopération policière, amorce d'une "police fédérale". La compétence exclusive de l'Union concernera quelque soixante-dix domaines : les États minoritaires n'auront qu'à suivre, sous menace d'amendes considérables. Enfin, la  Charte des droits fondamentaux s'appliquera de droit (sauf pour la Grande-Bretagne, qui jouit d'une dérogation), donnant à la Cour de Luxembourg, au nom de très vagues principes, un droit de surveillance général sur les législations nationales qui subsisteront.

Quelles sont les prochaines échéances du calendrier de nos opposants quant à la liquidation de la souveraineté française ?

La plus rapprochée est, à la fin de l'année, le choix d'un président de l'UE qui interviendra sous présidence française. Il y a toute chance que ce soit Tony Blair, vœux de Nicolas Sarkozy et de plusieurs autres dirigeants de l'UE, et surtout de Washington. Puis, le 1er janvier le traité européen entrera en vigueur. Le plus spectaculaire sera la transformation des bureaux de l'Union en véritables ambassades dont les agents bénéficieront (grâce à la personnalité juridique) d'immunités et privilèges diplomatiques. Ensuite, viendront de nouveaux élargissements : la Croatie, la Turquie, l'Ukraine...

Pouvez-vous nous parler de votre résistance souvent animée au sein de l'hémicycle européen ? Vos actions semblent agacer beaucoup vos adversaires.

 Il est exact que nous nous sommes beaucoup agités dans l'hémicycle européen ces derniers mois, notamment pour rappeler le résultat du référendum : car c'est un véritable déni de démocratie qui s'opère sous nos yeux, en permanence. Nous avons été sanctionnés pour cela par le président du Parlement, M.Pöttering ! Mais cette opposition n'a guère de portée au regard de l'action essentielle, qui est d'informer les Français sur l'énorme enjeu que représente la construction d'un super-État européen et la sensibilisation d'une presse qui prend prétexte de ce que les questions européennes sont trop techniques et n'intéressent pas les Français pour n'en pas parler ou presque, et raconter sur le sujet pas mal de bêtises, le plus souvent pour minimiser l'immense portée du traité. Même dans L'AF, il est arrivé que le débat ne soit pas, à mon avis, toujours présenté de façon claire. Espérons qu'une information plus continue sera donnée à vos lecteurs, en partenariat, par exemple, avec mon journal parlementaire, L'Indépendance, qui se veut une source pour les souverainistes de tous les horizons...

Propos recueillis par Pierre Lafarge



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