Le centenaire de l’I.A.F.
La pensée et l’action
Le samedi 12 novembre, à 18 heures, les bureaux de l’AF commencent à se remplir d’un nombreux public venu célébrer le centenaire de l’Institut d’Action française. Parmi les personnes présentes, on remarque plusieurs conférenciers de l’IAF : Ghislain de Diesbach, René Pillorget, Gérard Leclerc, Yves Amiot. Avant que tous partagent le verre de l’amitié, Michel Fromentoux a rappelé les circonstances dans lesquelles l'IAFl a été créé.
[... ] En 1905 l'Action française avait six ans ; c'était déjà une grande fille qui n'avait pas froid aux yeux ! Elle était née lors d'une réunion, le 20 juin 1899, où Henri Vaugeois avait lancé, avec l'expression "l'Action française", tout un programme d'action. Quelques mois plus tard en étaient sorties les "idées-mères" dont la principale était que le nationalisme était devenu une "obligation rationnelle et mathématique" parce qu'il était temps d'inviter les Français à coordonner et à résoudre tous les problèmes diviseurs par rapport à l'intérêt national. En six ans le mouvement avait pris de l'ampleur : outre la Revue d'Action française qui avait augmenté son format et, de grise, était devenue bleue, venaient d'être fondés la Ligue d'Action française et les Étudiants d'Action française.
Il faut dire qu'à cette époque la plupart des hommes politiques royalistes – royalistes par habitude et sentiment – se voulaient conservateurs et justifiaient l'opinion exprimée par le duc d'Orléans : "conservateur est un mot qui commence mal"... Leur rôle était d'une totale nullité face à une République qui, sans aucun scrupule, ligotée par sa propre philosophie, individualiste et libertaire, trahissait l'honneur de la France (on venait de le voir avec l'affaire Dreyfus) et s'acharnait à abattre le catholicisme. Charles Maurras dont l'Enquête sur la Monarchie venait de paraître et qui s'était bien vite révélé le maître incontesté de la jeune Action française exécrait les conservateurs et les royalistes de salon. Il avait réussi à convertir à l'idée monarchique pratiquement tous ses amis, dont Henri Vaugeois, Léon de Montesquiou, Maurice Pujo... Le royalisme auquel Maurras attirait les esprits des meilleurs des nationalistes avait de quoi faire peur aux "bien-pensants" car c'était un royalisme viril – l'aboutissement d'un raisonnement fondé non sur des opinions, mais sur les nécessités vitales du redressement national, donc une pensée mais aussi une action raisonnée, et frappante (dans tous les sens du mot...) dans la rue quand il le fallait !
Toutefois pour attirer les esprits et susciter un grand débat intellectuel, l'Action française n'ayant pas encore de quotidien (celui-ci devait naître en 1908) avait besoin, en plus de ses organisations déjà existantes, d'un instrument de formation. C'est pourquoi à la fin de 1905, Maurras, Vaugeois et Montesquiou décidèrent la création d'un organisme s'inspirant un peu des Instituts catholiques et un peu des universités populaires qui existaient alors. Ce fut l'Institut d'Action française : Léon de Montesquiou eut tôt fait de mettre le projet sur pied et dès la fin de l'année tout fut prêt pour annoncer une première réunion le 14 février 1906 [...] »
Catholiques et positivistes
Pierre Pujo a félicité Michel Fromentoux de « la haute conscience » qu’il a manifestée comme directeur de l’Institut d’A.F. durant trente ans et de la « régularité de son activité ». « [...] Le programme des conférences de l’Institut d’A.F. s’est renouvelé chaque année. Michel Fromentoux nous a fait découvrir des professeurs et des écrivains n’appartenant pas à l’Action française mais qui, par leur spécialité avaient quelque chose à nous apporter, particulièrement aux jeunes ».
Pierre Pujo a évoqué le « laboratoire intellectuel » qu'était l'Action française en 1905. « À ce laboratoire collaborait tout particulièrement Léon de Montesquiou qui allait être l’un des principaux animateurs de l’Institut. Bien qu’issu d’une vieille et illustre famille, il n’était pas royaliste. Il professait le scepticisme sur la valeur des différents régimes politiques, mais la pensée d’Auguste Comte, dont il était imprégné l’avait dirigé vers l’A.F.
La grande idée de Montesquiou était de montrer combien le catholicisme et le positivisme se rejoignaient dans une même conception de l’ordre. Il cherchait à définir une position intellectuelle et politique sur laquelle les Français pourraient se retrouver par delà leurs divergences philosophiques et religieuses.
Cette démarche demeure légitime et nécessaire. Les Français ont toujours besoin de trouver un terrain d’entente entre eux et il ne peut être que le réel face aux idéologies qui se sont usées tout au long de XXe siècle, ce qui n’empêche pas les destructeurs de la société et de la France d’être, hélas, plus influents que jamais.
Pour ce qui le concerne, Léon de Montesquiou fut conduit par l’Action française à retrouver la foi et la pratique religieuse. Mobilisé comme lieutenant en 1914, il fut tué sur le front le 25 septembre 1915, il y a 90 ans. Léon de Montesquiou a laissé un enseignement dont nous pouvons encore faire notre profit [...] »
