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Samedi 12 novembre 2005

Allocution de Michel Fromentoux
pour le centenaire de l'IAF

Mes chers amis

Je vous ai convié ce soir pour fêter le centenaire de la création de l'Institut d'Action française. Et je vous remercie d'avoir accouru à mon appel, donnant ainsi une nouvelle preuve non seulement de votre attachement à l'Action française, mais de votre volonté d'encourager l'effort que nous accomplissons pour chasser les nuées idéologiques de l'horizon politique français.

Je dois vous présenter les excuses de :

  • le Rev. Père Michel LELONG, des Pères Blancs,
  • l'abbé Alain LORANS, recteur émérite de l'Institut universitaire Saint-Pie X,
  • l'abbé Christian THOUVENOT, actuel recteur du même Institut et petit-fils de notre vieil ami Me Antoine Murat,
  • M. le président André GIRESSE, ancien président de la Cour d'assises de Paris,
  • Mme Huguette PEROL,
  • M. Houchang NAHAVANDI, ancien recteur de l'Université de Téhéran,
  • M. Bernard BONNAVES, ancien secrétaire général de la Restauration nationale, et Mme,
  • M. Stéphane TILLOY, également ancien secrétaire général, qui n'a envoyé un mail qui m'a beaucoup touché,
  • M. Jean-Claude VALLÉE,
  • M. Georges LAFFLY,
  • M. Jacques BOURDU,
  • Mme PEREYROL,
  • Mme Geneviève CASTRELLUCCIO
  • M. Alain RAISON

Un grand absent de marque : notre ami Vladimir VOLKOFF : il devait nous donner une conférence mercredi prochain, j'avais réglé l'affaire avec lui par téléphone quatre jours avant d'apprendre son décès. Ayons ce soir une pensée pour ce grand écrivain qui était aussi un homme d'honneur, de devoir et de fidélité.

Si vous le voulez bien, transportons-nous quelques instants à la fin de l'année 1905. Croyez-moi : je n'étais pas né..., mais l'Action française, comme toute famille bien unie, garde fidèlement le souvenir de – je ne dirai pas ses "grands ancêtres" car la République a accaparé l'expression pour exalter des coupeurs de têtes – mais je dirai tout simplement des aînés exemplaires. Ce n'est pas qu'à l'Action française nous ayons le culte du "devoir de mémoire", et là je me permettrai de reprendre à mon compte le mot de mon ami l'abbé Lorans, samedi dernier lors du vingt-cinquième anniversaire de l'Institut universitaire Saint-Pie X (il ne me demandera pas de droits d'auteur...) il a dit que ce qui compte n'est pas de pratiquer un "devoir de mémoire", mais d'avoir "la mémoire de nos devoirs". C'est bien dans cet esprit-là que je veux évoquer nos maîtres.

En 1905 l'Action française avait six ans ; c'était déjà une grande fille qui n'avait pas froid aux yeux ! Elle était née lors d'une réunion, le 20 juin 1899, où Henri Vaugeois avait lancé, avec l'expression "l'Action française", tout un programme d'action. Quelques mois plus tard en étaient sorties les "idées-mères" dont la principale était que le nationalisme était devenu une "obligation rationnelle et mathématique" parce qu'il était temps d'inviter les Français à coordonner et à résoudre tous les problèmes diviseurs par rapport à la nation. En six ans le mouvement avait pris de l'ampleur : outre la Revue d'Action française qui avait augmenté son format et, de grise, était devenue bleue, venaient d'être fondés la Ligue d'Action française et les Étudiants d'Action française.

Il faut dire qu'à cette époque la plupart des hommes politiques royalistes – royalistes par habitude et sentiment – se voulaient conservateurs et justifiaient l'opinion exprimée par le duc d'Orléans : "conservateur est un mot qui commence mal"... Leur rôle était d'une totale nullité face à une République qui, sans aucun scrupule, ligotée par sa propre philosophie, individualiste et libertaire, trahissait l'honneur de la France (on venait de le voir avec l'affaire Dreyfus) et s'acharnait à abattre le catholicisme. Charles Maurras dont l'Enquête sur la Monarchie venait de paraître et qui s'était bien vite révélé le maître incontesté de la jeune Action française exécrait les conservateurs et les royalistes de salon. Il avait réussi à convertir à l'idée monarchique pratiquement tous ses amis, dont Henri Vaugeois, Léon de Montesquiou, Maurice Pujo... Le royalisme auquel Maurras attirait les esprits des meilleurs des nationalistes avait de quoi faire peur aux "bien-pensants" car c'était un royalisme viril – l'aboutissement d'un raisonnement fondé non sur des opinions, mais sur les nécessités vitales du redressement national, donc une pensée mais aussi une action raisonnée, et frappante (dans tous les sens du mot...) dans la rue quand il le fallait !

Toutefois pour attirer les esprits et susciter un grand débat intellectuel, l'Action française n'ayant pas encore de quotidien (celui-ci devait naître en 1908) avait besoin, en plus de ses organisations déjà existantes, d'un instrument de formation. C'est pourquoi à la fin de 1905, Maurras, Vaugeois et Montesquiou décidèrent la création d'un organisme s'inspirant un peu des Instituts catholiques et un peu des universités populaires qui existaient alors. Ce fut l'Institut d'Action française : Léon de Montesquiou eut tôt fait de mettre le projet sur pied et dès la fin de l'année tout fut prêt pour annoncer une première réunion le 14 février 1906.

Dès le départ l'Institut s'organisa en différentes chaires dispensant un enseignement dans un domaine particulier : par exemple, la chaire Maurice Barrès enseignait le nationalisme, la chaire Sainte-Beuve l'empirisme organisateur – cette méthode, propre à l'Action française, qui fonde toute réflexion sur lexpérience et l'observation objective des faits. La chaire Auguste Comte retenait du positivisme tout ce qu'il contenait de bon comme doctrine de constatation des lois naturelles et non, bien sûr, d'explication ; je laisserai tout à l'heure à Pierre Pujo le soin d'évoquer la grande figure de Léon de Montesquiou.

Je voudrais un peu plus insister sur la chaire du Syllabus. Le Syllabus, faut-il le rappeler, était le catalogue des grandes erreurs du monde moderne dressé par le bienheureux Pie IX en 1864 : il dénonçait notamment le libéralisme et ses avatars dont le socialisme. Maurras admirait ce texte fort, définissant la politique catholique la plus rigoureuse, parce que, bien que "catholique du porche", comme il se disait lui-même, il avait compris que l'Église est essentiellement l'Ordre, la force qui ordonne et qui, en l'homme et entre les hommes, discipline les puissances du cœur et de la raison. Le catholicisme est donc un bienfait pour la cité politique : c'est ce qu'enseigna dès les débuts la chaire du Syllabus. Et sans vous imposer dès maintenant le discours que je prononcerai demain au Banquet, je tiens à vous faire remarquer que notre institut est à quelques semaines près contemporain de la loi laïque de Séparation de l'Église et de l'État, cette loi dont s'enorgueillissent aujourd'hui les Chirac et Cie faute d'avoir de quoi s'enorgueillir de leurs propres actions... Maurras avait compris que l'État républicain s'affranchissait de toute référence surnaturelle, de toute loi non écrite, à seule fin de faire du vide spirituel lui-même une nouvelle religion s'imposant à toutes les forces de la vie nationale au nom de l'individu affranchi. C'est cela la démocratie religieuse ! Cent ans plus tard, on en vit les conséquences ; l'Institut d'Action française est toujours là pour dire les causes.

Je ne vous infligerai pas, chers amis, la liste des orateurs, historiens, écrivains, hommes de loi, qui s'exprimèrent à l'Institut d'Action française. Ils comptent parmi les plus grands du XXe siècle. Les noms de Jacques Bainville, Pierre Lasserre, Jules Lemaître, suffisent à vous donner une idée.

Dans les années 20, furent publiés sous forme de revue les Cours et Conférences d'Action française qui restent pour les chercheurs une mine inépuisable.

Je saute les années. Après 1945, il fallut tout reconstruire. Pour des raisons que vous devinez, l'Institut changea de nom et devint l'Institut de Politique nationale sous la direction pendant de longues années de Me Georges-Paul Wagner.

J'étais alors un tout jeune garçon qui ne quittait guère son Ardèche natale, je lisais dans Aspects de la France avec envie les annonces et les comptes-rendus, éperdu d'admiration pour ces grands hommes qui parlaient si bien ! Puis je suis "monté" à Paris, j'ai approché ces "grands hommes", et j'ai un peu changé d'avis sur eux... – je veux dire que l'admiration est devenu amitié. Un beau jour de 1972 Pierre Pujo m'a "kidnappé" pour le secrétariat de rédaction du journal. À ce moment l'Institut, qui avait repris son vrai nom, était dirigé par mon ami regretté Jean-Pierre Froger, lequel n'habitant bientôt plus à Paris, avait quelques difficultés à être présent à chaque fois, et Pierre Juhel me demandait de diriger telle ou telle réunion. Si bien qu'en 1980, la direction m'a été officiellement confiée par le président du Comité directeur de l'Action française, mon patron et néamoins ami Pierre Pujo.

Pour moi qui n'aurait même pas été digne de délacer la chaussure d'un Léon de Montesquiou, encore moins d'un Charles Maurras, cette tâche que j'exerce depuis vingt-cinq ans est bien impressionnante et bien lourde alors que le journal me prend déjà à plein temps. Dans les années 1980, les séances étaient hebdomadaires : tous les mercredis de l'année universitaire ! J'ai même un certain temps rétabli quatre chaires (histoire, idées politiques, politique étrangère, société), mais faute de temps et faute aussi d'argent, il m'a fallu me contenter d'entretenir la flamme à raison d'une simple conférence par moi. C'est le régime actuel. Nos réunions ont lieu, en attendant mieux, modestement mais très dignement dans un café. Les cafés n'appartiennent-ils pas à la bonne tradition française ? Et ne sommes-nous pas un peu chez nous au café François-Coppée, du nom du poète qui fut le président de la Ligue de la Patrie française ? Je tiens ici à remercier Alain Raison et Pierre Lafarge qui m'apportent souvent un concours appréciable.

Sous l'égide de l'Institut se déroulent aussi parfois d'importants colloques d'un samedi toute la journée comme celui de 2002 pour le cinquantenaire de la mort de Maurras, et celui de l'année suivante sur la décentralisation.

Vous trouverez dans le dépliant bleu une liste (non exhaustive) des orateurs de ces dernières années, – des femmes et des hommes à qui je ne demande évidemment pas de conclure tous leurs exposés en criant Vive le Roi, certains même ne sont pas royalistes, mais tous ont le grand mérite, au delà de ce qui peut les distinguer de nous, de nous apporter par leur réflexion ou leur expérience des raisons de croire toujours plus fort que défendre la souveraineté de notre pays, son unité nationale, la langue française, la place de la France dans le monde, la vérité sur son histoire, et bien sûr nos mœurs et nos traditions chrétiennes : tout cela mérite un grand effort d'intelligence et de volonté, d'observation objective et d'engagement résolu. Toutes choses que l'Université républicaine toute pourrie n'est plus capable de transmettre aux jeunes générations.

Voilà pourquoi nous existons, voilà pourquoi je vous attends toujours plus nombreux un mercredi par moi.

Je vous remercie de votre attention.

Michel Fromentoux



Centre royaliste d'Action française

10 rue Croix-des-Petits-Champs - 75001 Paris

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