Jean-Marie Le Pen joue les provocateurs
Le Diable resurgit
Par Pierre Pujo
Ah, quelle "bronca" dans le landerneau du "politiquement correct" après la découverte d'une phrase sulfureuse dans un grand entretien accordé par Jean-Marie Le Pen à l'hebdomadaire Rivarol ! Le chef du Front national y déclarait qu'en France « l'occupation allemande n'a pas été particulièrement inhumaine, même s'il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550.000 kilomètres carrés ». Aussitôt, la classe politique et la classe médiatique déclenchaient un concert d'indignations. Le garde des Sceaux annonçait des poursuites judiciaires dont les avocats sérieux prévoyaient qu'elle n'avaient aucune chance d'aboutir, sauf à sanctionner la liberté d'expression qui, théoriquement, subsiste en France pour tous.
En fait, dans cette affaire déclenchée plusieurs jours seulement après la parution de l'entretien, chacun trouvait son compte : les politiciens de droite, du centre et de gauche dont la bonne conscience était confortée. La phrase incriminée prouvait que le Diable existait toujours et cela était rassurant pour les dévôts de la religion gaullo-chiraco-socialo-gauchiste. M. Chirac se voyait justifié de ne pas avoir compris Jean-Marie Le Pen parmi les chefs des partis qu'il consultait la semaine passée sur le prochain référendum : le président du Front National n'était vraiment pas fréquentable.
M. Le Pen, lui aussi, trouvait son avantage à cette querelle publique : il ravissait la vedette pour deux jours aux autres dirigeants politiques dont les visites à l'Élysée passaient inaperçues.
Une fois de plus, le réflexe du chien de Pavlov avait joué : aux propos provocateurs de Le Pen, l'Établissement avait riposté avec un bel ensemble, la République était sauvée, comme en mai 2002 lorsque les électeurs de gauche, apeurés par la perspective de la victoire de M. Le Pen, s'étaient précipités aux urnes pour réélire M. Chirac président de la République.
Une phrase ambiguë
Si, dans les deux camps, on est content de la reprise du jeu provocation-indignation-diabolisation, les tenants de la vérité historique ont de fortes raisons de ne pas l'être. Et si l'on injurie la vérité historique, quel espoir gardera-t-on de réconcilier les Français sur leur passé ?
La phrase de Jean-Marie Le Pen est ambiguë, et sans doute son auteur l'a-t-il voulu ainsi, cédant à son penchant d'agiter le chiffon rouge devant ses adversaires. Il est vrai que l'occupation allemande a été en France, dans l'ensemble, moins dure que dans les autres pays, mais cela parce que le maréchal Pétain a opposé une résistance constante aux exigences allemandes, malgré les collaborationistes de Paris qui ne cessaient de lui reprocher de ne pas acquiescer à toutes leurs demandes. Et les Allemands s'impatientaient de trouver en face d'eux le vieux maréchal qui était comme le bouclier protecteur des Français et qui, avec son administration, entravait leurs projets...
Telle qu'elle est, la phrase de M. Le Pen est inacceptable, car elle témoigne d'une indulgence inadmissible à l'égard des nazis et de mépris à l'égard de ceux qui ont souffert de leur répression (et pas seulement les juifs !).
Si M. Le Pen avait parlé du rôle tenu par le Maréchal, son propos aurait été beaucoup moins provocateur, exprimant une vérité historique indéniable. Il avait alors moins de chances de correspondre à son image diabolique, et ses adversaires auraient été déçus.
L'Action Française 2000 - 20 janvier 2005
