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1879-1936

Jacques Bainville

Derrière l’historien chargé dans L’Action Française quotidienne de la rubrique des relations internationales et l’analyste lucide, donc pessimiste, après 1918, des Conséquences politiques de la paix, qui posaient toutes les conditions d’un nouveau conflit européen, se cache le mystère d’une forte personnalité.


En 1902, alors qu’il n’avait pas vingt-trois ans, Bainville écrit à Charles Maurras : « Je songe (et non par caprice) à cesser d’écrire et à ne pas prendre l’état d’auteur. Je n’ai aucune confiance en moi-même. Imagination nulle, intelligence médiocre, peu brillante au jeu des idées ». Au regard de son œuvre, nous avons bien du mal à croire que Bainville fût l’auteur de ces quelques lignes. Pourtant la réalité est bien là et prouve au moins une chose : peu de gens ont réellement connu Jacques Bainville. Certes, l’historien n’est plus à présenter, et la vente continue de ses livres jusqu’à nos jours prouve que son jugement, son expression littéraire et sa méthode d’analyse des faits sont toujours appréciés. Mais depuis 1936, l’année de sa mort, très peu d’auteurs et encore moins de chercheurs se sont penchés sur ce personnage mystérieux dont l’œuvre a profondément marqué son temps. Pour toucher du doigt cette “énigme Jacques Bainville”, selon les propres mots de Charles Maurras, le meilleur moyen reste la lecture du florilège d’hommages écrits au lendemain de sa disparition, le 9 février 1936.

Forte sensibilité

En lisant ces pages jaunies par le temps, nous trouvons d’abord un Bainville amoureux de la langue française et “maître du style”. Au soir de sa vie, tout en faisant un bilan qu’il jugeait par modestie médiocre, il considérait que c’était la seule chose qu’il ait réussie. Bien écrire, pour lui, signifiait exposer clairement les idées et les faits. Les discours à n’en plus finir et l’emphase l’agaçaient : telle était la subtilité de son goût mais aussi sa sensibilité.

Car il y a une forte sensibilité chez Bainville qui, pourtant, était considéré comme un homme froid, souvent distant et ne soumettant son esprit qu’à la raison. Certains n’hésitaient pas à en faire un indifférent, doublé d’un sceptique. Mais ce que Bainville n’aimait pas, « c’était un certain étalage des sentiments, car il estimait que l’affection ne doit pas aller sans pudeur et qu’elle s’accompagne mal de la familiarité ». Tout comme il rejetait l’excès et l’agitation vaine et stérile, qui faussent le jugement et embrouillent la lucidité. Certes, plusieurs de ses contemporains retiennent cette supériorité désabusée, mais ce n’est que pour mieux admirer ce bon sens, cette sagesse et cette prudence qui le caractérisaient.

Contre tout déterminisme

Bainville avait également la réputation d’un pessimiste. Cette couleur n’est pas fausse, mais elle est à tempérer. Il faut se souvenir qu’il avait écouté dans sa jeunesse les récits de la guerre de 1870, pour vivre ensuite la Première Guerre, et passer le restant de ses jours à prévenir un autre conflit... en vain. Le rôle de Cassandre n’est pas de toute joie, et le fait de ne pouvoir agir sur l’événement lui a laissé cette amertume. Mais celle-ci ne l’empêchait pas de rejeter tout déterminisme : il croyait profondément en l’action des hommes. Il a montré qu’une œuvre, quelle qu’elle soit, est toujours à recommencer et peut se maintenir dans la durée : les rois de France le savaient trop bien, tandis que l’Empire prônait la démesure et la République la division. Après tout, il restait à Bainville l’ironie, un des principaux traits de son caractère, une ironie toute voltairienne conjuguée au moralisme de La Fontaine.

Et l’âme dans tout cela ? Bainville ne pratiquait pas, et parlait encore moins de religion. Peu de personnes savent pourtant que le personnage de l’histoire de France qui le fascinait le plus était la sainte de Domrémy. De son côté, Maurras ne doutait pas un instant de la foi intérieure de Bainville, même si celui-ci ne laissait rien poindre. La pudeur était son droit même si, un jour de 1935, il termina son discours à l’Académie française en invoquant... la foi.

Christophe Dickès

L'Action Française 2000 - Numéro hors-série - Printemps 1999

Christophe Dickès est l’auteur de Jacques Bainville – L’Europe d’entre deux guerres, 1919-1936. Éditions Godefroy de Bouillon, 1998. Les mêmes éditions ont récemment réédité huit ouvrages de Bainville.

Lire aussi, de Jacques Bainville, outre sa collaboration à L’Action Française quotidienne et à la Revue Universelle :

  • Louis II de Bavière. Librairie Académique Perrin, 1900.
  • Les conséquences politiques de paix. Nouvelle Librairie nationale, 1920.
  • Histoire de France. Éd. Arthème Fayard 1924
  • Jaco et Lori. Éd. Bernard Grasset, 1927.
  • Napoléon. Éd. Arthème Fayard, 1931.
  • Histoire de trois générations. Éd. Arthème Fayard, 1936.
  • La Troisième République. Éd. Arthème Fayard, 1935.


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