Menu contextuel

Liens complémentaires

Informations

Lettre d'info

Recevez la lettre électronique du CRAF :


Accueil > Famille de France

Philippe Delorme : L’homme qui rêvait d’être roi

Le Comte de Paris et l'Action française

Par Pierre Pujo

Dans l’ouvrage qu’il vient de publier, Philippe Delorme rapporte les entretiens qu’il a eus avec feu le Comte de Paris dans les années 1990. Celui-ci y retrace sa vie depuis son enfance au Maroc jusqu’au jour où en 1967, déçu par De Gaulle qui n’a pas tenu sa promesse de préparer les voies d’une restauration monarchique, il renonce à l’action politique.

Philippe Delorme : L'homme qui rêvait d'être roi - Entretiens avec Henri comte de Paris

On connaît déjà beaucoup de choses sur l’existence du Comte de Paris à travers ses ouvrages, les interviouves qu’il a données aux journaux et les nombreux livres qui ont été publiés sur lui. Les entretiens rapportés dans cet ouvrage n’apportent pas de révélations. Leur intérêt est d’exprimer dans un dialogue les réactions du Prince aux diverses situations dans lesquelles il s’est trouvé. Il est aussi d’accompagner ses propos de textes qui éclairent les événements évoqués.

Le livre de Philippe Delorme s’ouvre par une lettre de Mgr le Comte de Paris, duc de France, qui rend ce témoignage à son père : « Toute sa vie, écrit-il notamment, il l’a construite, axée dans la certitude qu’un jour il servirait son pays la France en assumant le pouvoir ». Cela est profondément vrai. Enfant, le Comte de Paris n’était pas destiné à régner car la loi de succession par ordre de primogéniture mâle désignait d’autres princes avant lui. Cependant, quand il avait douze ans, le cardinal de Cabrières, évêque de Montpellier, lui prédit un grand avenir.

À l’âge de dix-huit ans, le mort du duc d’Orléans fit de son père, le duc de Guise, le chef de la Maison de France et de lui-même le dauphin. Dès lors, le prince Henri, qui devait à sa majorité recevoir le titre de Comte de Paris, prit une haute conscience de la mission qui lui revenait : assumer la succession des Rois de France et parvenir au pouvoir pour restaurer cette monarchie capétienne grâce à laquelle la France s’était faite au cours des siècles.

Le maillon d’une chaîne

Toute sa vie, le comte de Paris a « rêvé d’être roi », non par quelque caprice ou ambition personnelle comme un quelconque politicien qui, un jour, reçoit en songe la révélation qu’il a un “destin national” mais parce que sa naissance le prédestinait à reprendre la tâche de ces ancêtres à la tête du pays. On regrette que Bertrand Renouvin, qui donne une préface à l’ouvrage, ne souligne pas la position historique que l’hérédité avait conféré au Prince et qui serait ensuite celle de son fils aîné Mgr le comte de Paris, duc de France, puis celle de son petit-fils le duc de Vendôme. Le Comte de Paris a été le maillon d’une chaîne qui continue après lui.

Cela dit, la forte personnalité du Comte de Paris l’a conduit à occuper une place importante dans la vie politique du pays – ou plutôt à côté d’elle. Il a entretenu des contacts avec toutes les personnalités qui ont joué un rôle dans la direction des affaires publiques et même parfois des relations étroites avec elles, comme avec le général De Gaulle. Il a exercé un magistère moral.

Il a commis sans nul doute des erreurs. Du moins ont-elles été inspirées par le désir – légitime dans son cas – de se rapprocher du pouvoir. Une fois qu’il aurait accédé à la fonction suprême, sa nouvelle “position” lui aurait dicté de prendre les meilleures décisions dans l’intérêt du pays sur les questions essentielles : telle est la vertu de la monarchie où l’institution corrige les faiblesses de l’homme, mais aussi permet à l’homme de donner le meilleur de lui-même.

Telle est la raison pour laquelle l’Action française n’a jamais cessé de reconnaître les droits du chef de la Maison de France et de lui apporter son soutien malgré les tensions qui ont surgi entre eux.

À cet égard, l’ouvrage de Philippe Delorme est sévère et même injuste à l’égard de l’Action française. L’auteur lui reproche aussi d’avoir « enfermé l’espérance royaliste dans le ghetto ultranationaliste ». C’est là un propos polémique qui ne tient pas compte de la rénovation de l’idée monarchique par Charles Maurras et ses compagnons au début du XXè siècle en la raccordant au nationalisme, c’est-à-dire non pas à un quelconque repli sur soi ou impérialisme, mais à la défense de l’être national dans ses profondeurs.

Un beau témoignage

Par ses questions, Philippe Delorme pousse le Comte de Paris à se montrer critique à l’égard de l’A.F. Il oublie de mentionner le beau témoignage rendu par le Prince à l’Action française dans l’avant-propos de son ouvrage Dialogue sur la France (1) : « [La rupture de 1937] a été cruelle a bien des fidèles et a causé bien des éloignements pénibles. Depuis, le temps a pansé ces blessures et plus d’un demi-siècle a passé. Au-delà des querelles, je ne me souviens que des services rendus ». Dans ses entretiens, Philippe Delorme, qui ne publie pas ce texte, rapporte un état d’esprit qui, à la fin de sa vie, n’était plus celui du Comte de Paris.

À vrai dire, les démêlés entre le Comte de Paris et l’AF ont résulté de l’impatience du Prince de jouer un rôle politique et de faire avancer la cause de la Monarchie. Ils sont nés aussi de son désir de prendre son indépendance à l’égard d’une organisation qui contrôlait tout le mouvement monarchiste en France. Les dirigeants de l’AF considéraient que, vivant en exil, le Prince ne pouvait pas diriger les royalistes français ; le Prince, lui, voulait pouvoir orienter leur stratégie et leur donner des consignes.

Ajoutons que le Comte de Paris, un homme essentiellement pragmatique, était peu accessible aux raisonnements doctrinaux de Maurras qu’il considérait péjorativement comme un “doctrinaire”.

Cela dit, le Comte de Paris et Charles Maurras avaient la même conception de la Monarchie. C’était bien la même monarchie capétienne qu’ils souhaitaient rétablir : « traditionnelle dans son principe, moderne dans ses institutions » suivant l’expression du duc d’Orléans, Philippe VIII. Le Comte de Paris a pu laissé entendre qu’il souhaitait une monarchie parlementaire, il n’en percevait pas moins les tares du parlementarisme. C’est pourquoi il souhaitait instituer des “délégués au peuple” qui auraient porté auprès du pouvoir les doléances des citoyens et rapproché le pays réel du pays légal. Le problème est toujours posé, plus que jamais !

Partage des tâches

Quant au chef de l’État, le Comte de Paris le voyait non comme un soliveau se bornant à “inaugurer les chrysanthèmes”, mais comme un dirigeant actif. En 1987,Jean-Pierre Elkabbacch l’interviouvait sur Europe 1 et lui demandait s’il se verrait un jour roi comme le roi d’Espagne, le Prince lui répondit : “Oui, mais avec plus de pouvoirs » ! Le Prince se rendait compte des nécessités de la France. Il déclare à Philippe Delorme comment il concevait la monarchie : « un exécutif libre et stable, prépondérant contrairement à la théorie de “l’équilibre des pouvoirs” qui est l’une des billevesées de la Révolution ». Maurras ne pensait pas autrement.

Entre le Prince et l’Action française, il existait un partage des rôles : l’AF agissait en franc-tireur, prenant des coups et en donnant, diffusant auprès des Français des raisons politiques d’être royaliste. Le Prince s’occupait du pays légal. Il avait vocation à être le roi de tous les Français. Les tâches étaient complémentaires, le Prince et l’AF agissant chacun en toute indépendance. En décembre 1986, au cours d’un dîner au Cercle militaire dont le Comte de Paris était l’invité d’honneur, je fus amené à exposer ces idées. Celui-ci reprit après moi : « Vous avez parfaitement exprimé ma pensée ». Il n’y avait plus de divergences entre nous.

Étant parvenu si près du pouvoir sous De Gaulle, on peut se poser la question de l’échec final du Comte de Paris. En fait, il espérait que De Gaulle le présenterait aux Français comme son successeur, quitte à faire avaliser cette désignation par un référendum ou une élection présidentielle. C’était la position raisonnable. En se présentant seul au suffrage des Français, le Prince serait apparu comme l’homme d’un clan en face de politiciens partisans. Il voulait demeurer au dessus des partis conformément à la tradition capétienne.

* Philippe Delorme : L’homme qui rêvait d’être roi. Entretiens avec Henri comte de Paris. Éd. Buchet-Chastel, 256 pages, 18 euros.

(1) Comte de Paris-général De Gaulle : Dialogue sur la France. Correspondance et entretiens (1953-1970), Éd. Fayard, 786 pages.

L'Action Française 2000 - 19 janvier 2006



Centre royaliste d'Action française

10 rue Croix-des-Petits-Champs - 75001 Paris

Mentions légales