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Une aventure humaine et intellectuelle (article paru dans L’Action Française n°2927 du 03 mars 2016)

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

Stéohane Giocanti brosse le portrait de Pierre Boutang (1916-1998). Un récit au style clair et alerte, qui repose sur une connaissance intime du personnage dont l’auteur analyse les multiples facettes.

Après le maître, le disciple, bien vite devenu lui aussi un maître... En publiant, dans la collection Grandes Bibliographies de Flammarion, un Pierre Boutang après un Maurras il y a tout juste dix ans, Stéphane Giocanti ne rend pas seulement un hommage mérité à un maître et ami, pour le centième anniversaire de sa naissance. Il fait œuvre utile, nécessaire, même. L’entreprise pouvait apparaître comme une gageure, à plus d’un titre. Car l’existence, foisonnante, de Boutang, invite à la biographie tout en décourageant d’emblée le biographe. Comment, en effet, rendre compte à la fois du militant, de l’homme d’action – ce n’est pas la même chose –, voire de l’agent secret, de l’écrivain – poète, romancier, critique littéraire, traducteur –, du pamphlétaire et du philosophe – tous deux objets d’un rapprochement dialectique au vrai sens du terme –, du journaliste et du professeur, c’est-à-dire du maître ayant des disciples – ceux qui apprennent, non seulement en écoutant mais en prenant part à la réflexion se faisant devant eux, avec eux ? Convenait-il de les hiérarchiser ? De retrouver – ou d’imposer – une unité ? De s’avouer vaincu d’avance à camper un personnage rétif à toute simplification de peur de le mutiler ou de le caricaturer Fallait-il se contenter d’une biographie événementielle – au risque de se complaire dans l’anecdote ?

Un chemin "scabreux"

Car si l’existence de Boutang fut scabreuse, c’est comme peut l’être une route, sur laquelle « il est difficile de cheminer à cause des aspérités », comme nous le rappelle Littré – Boutang lui préférait « le dictionnaire de Trévoux », bien qu’il fût l’œuvre de ces jésuites qu’il ne portait pas dans son cœur. Or celui-ci précise déjà, un siècle et demi avant Littré, mais ne faisant que reprendre Furetière, qui date lui-même du XVIIe siècle, que « ce mot n’est plus en usage au propre », lorsqu’il se dit « des chemins rudes et inégaux, où il est facile de broncher » – c’est-à-dire de « mettre le pied à faux, de tomber à demi » –, voire « de tomber » tout à fait. Et de prendre l’exemple des « chemins des montagnes » ou « des bois rudes, inégaux et mal polis ». « Scabreux » « se dit plus ordinairement au figuré, des affaires périlleuses, délicates, difficiles à manier, et où il est aisé de faire des fautes, de s’égarer et de se tromper ». Et d’ajouter parmi d’autres un exemple qui, une fois connu le personnage, lui va comme un gant : « la direction de la conscience d’un Prince est fort scabreuse » – Boutang eût pu être le La Fontaine d’un dauphin, et l’a été, en un sens. De nouveau Littré, enfin : « Rude et raboteux, en parlant d’un auteur. » [....]

Axel Tisserand

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