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Tout le monde est républicain (article paru dans L’Action Française n°2921, 03 décembre 2015)

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

Aujourd’hui, bien que les royalistes sachent se faire entendre, tout le monde, ou presque se dit républicain. Mais peut-être personne ne l’est-il authentiquement...

Etre républicain, pourrait nous confier un Descartes subitement tombé du règne de Louis XIII dans celui de François Hollande, semble de nos jours « la chose au monde la mieux partagée ». Car qui, en France, d’un bout à l’autre de l’échiquier politique, oserait laisser entendre qu’il n’est pas républicain ? Voilà donc une bonne question réglée. Ou presque – cette ultime restriction mentale, cette infinitésimale nuance renvoyant à trois hypothèses que l’on n’évoque ici que pour mémoire, et par scrupule.

Tout le monde d’accord ?

Première hypothèse : comme Descartes à propos du bon sens, supposons d’abord que tous ceux qui se disent républicains le sont effectivement. On se trouve alors face à l’alternative suivante. Soit, étant républicains, tous s’accordent par conséquent sur un corpus déterminé de valeurs, de principes et d’options institutionnelles – corpus que l’on suppose commun à tous les républicains puisqu’il constitue le critère même du républicanisme. Mais en ce cas, tous sont coupables de mensonge lorsqu’ils prétendent, la main sur le cœur, défendre des positions antagonistes alors qu’ils sont parfaitement d’accord sur le fond : comme des comparses qui se sont entendus pour mieux gruger le gogo, les différences bruyamment affichées n’ayant d’autre but que de rafler le plus grand nombre possible de parts du marché. Soit, seconde branche de l’alternative, ils ne s’accordent sur rien tout en étant malgré cela républicains. Ce qui implique alors que le mot (républicain) ne veut (à peu près) rien dire, dans la mesure où il englobe des positions incompatibles les unes avec les autres : au nom de ce républicanisme, on pourrait ainsi se réclamer tout aussi bien d’un souverainisme farouche que du fédéralisme européen, d’un président fort que du régime d’assemblée, du maintien colbertiste des services publics que d’un ultralibéralisme mondialisé, d’une « foi laïque » à la Fernand Buisson que d’une « laïcité positive », d’un jacobinisme rigide que d’un régionalisme girondin, etc. Dans ce cas, donc, "républicain" ne signifie plus rien puisqu’il recouvre tout : toutes les options possibles. Et l’on pourrait à nouveau reprocher à ceux qui s’en réclament d’être des trompeurs, quoique d’une autre manière : en ce qu’ils agitent devant les électeurs de grands mots dont ils connaissent nécessairement l’inconsistance et la vacuité. [....]

Frédéric Rouvillois

Être (ou ne pas être) républicain, éditions du Cerf, octobre 2015, 238 pages, 14 euros.

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Vous pourrez entendre Frédéric Rouvillois nous parler de son livre au Cercle de Flore le 22 janvier 2016.

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