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Royauté et libertés renaîtront de concert

Quoi qu’on ait prétendu, cet espoir d’une renaissance française n’est point une chimère, car la vitalité du pays, si elle est menacée, ne parait pas très gravement atteinte. Moralement, physiquement et financièrement, nous sommes très riches encore ; mais on gaspille nos richesses et on les administre mal. Celui qui guérira les deux plaies politiques qui nous ont été faites depuis cent ans, panarchisme administratif, anarchisme d’État, l’État sans maître, l’Administration maîtresse de tout, guérira le principe de nos misères. Nous sommes royalistes parce que nous considérons que la royauté est seule capable d’opérer l’une et l’autre médication.

Un parlement, créé par l’élection, dépend aussi de l’élection. Un Parlement ne confère donc à l’État ni l’autorité ni l’indépendance. Mais un chef d’État plébiscité se trouve dans les mêmes conditions qu’un Parlement. Si on le nomme à temps, quelle prime on offre aux plus vastes agitations électorales ! Et quel trouble périodique dans l’État ! Le président des États Unis d’Amérique n’ose, même dans les conjonctures d’une très haute gravité, prendre une seule décision, trancher un débat important, donner un ordre précis, aussitôt qu’approche la date de l’élection présidentielle : le malheureux craint, en effet, en fournissant un avis quelconque, de s’aliéner un groupe quelconque d’électeurs . Si on nomme à vie ce président quelle prime on offre à l’assassinat et, en tout cas, quelles révolutions, quelle agitation, quels transports de fièvre malsaine on prépare pour l’instant de sa succession ! C’est le régime qui perdit la malheureuse Pologne ; car au lieu de réduire et de circonscrire la compétition gouvernementale à une classe, à une caste, à une famille, il l’étend au pays entier !

De plus, ce dictateur n’est responsable que pour un temps, au maximum le temps de sa vie complète. S’il évite les fautes et les imprudences d’un ordre trop direct et trop immédiat, rien ne l’empêche de compromettre, de grever et de sacrifier l’avenir du pays. Tel est le propre de la dictature personnelle. Voilà pourquoi nous demandons le pouvoir souverain non pour un homme, non pour un peuple, mais pour une famille représentante de ce peuple et elle même représentée par un homme.

Nous espérons qu’on ne nous répondra point de sornettes sur le hasard de la naissance. Comme si l’élection n’avait point ses hasards ! Comme si ces derniers hasards n’étaient point pires que les premiers ! On élève un Dauphin en vue du trône ; on ne fait pas l’éducation d’un candidat à la présidence de la République. Jamais d’ailleurs, ni en aucun pays, non point même chez les tribus les plus sauvages, le hasard naturel de l’hérédité n’éleva sur le trône une succession de médiocrités comparables à la série Carnot - Périer - Faure - Loubet. Ce quadruple néant fut cependant porté au fauteuil présidentiel par le choix de deux assemblées unies en Congrès solennel.

Le système de l’hérédité monarchique suppose, d’après un sentiment naturel de prévoyance domestique (qui peut manquer une fois mais qui se retrouve neuf fois sur dix), que le chef de l’État ne jouera point facilement l’avenir de sa dynastie et dans tous ses calculs appellera la prudence et la réflexion. Ces vertus vraiment paternelles, propres aux pères et aux chefs de famille, ont précisément distingué la Maison Capétienne dans son œuvre de constitution de la France. Ses princes se sont appliqués, d’un règne à l’autre, à ne point trop gagner dans une seule entreprise, de crainte de trop perdre ultérieurement comme il est arrivé à des Napoléon. Mais, à la différence de Napoléon 1er et de Napoléon III, qui tous deux laissèrent la France plus petite qu’ils ne l’avaient trouvée, les descendants d’Hugues Capet ont tous transmis leur héritage tel qu’ils l’avaient eu de leurs devanciers ou augmenté de quelque province.

Si donc, en vue de nous éviter les inutiles et périlleuses compétitions électorales, pour prévenir le retour périodique des agitations et enfin pour avoir la paix, si, disons nous, l’on convient de confier le pouvoir à une famille, il est évident que c’est à la plus digne, à la plus ancienne et à la plus illustre des familles françaises que doit revenir cet honneur. Ni la famille Bonaparte, quelque glorieux qu’ait été son rôle historique, ni aucune autre maison française, quelques services qui aient été rendus à la nation, n’offre de garanties comparables à celle de la race des Capétiens. Elle n’a même point d’aînée en Europe, et elle est à nous. Bien mieux que cela, elle est Nous. Son histoire est la nôtre. La figure de notre terre porte partout son nom et son souvenir. Comme Ivan le Grand fut surnommé le Rassembleur de la terre russe, cette dynastie peut être appelée Rassembleuse de la terre française . Sans elle, il n’y aurait point de France. Cela est d’une rigueur absolue.

Les souvenirs de Rome ont fait l’unité italienne. La réalité de la race et de la langue germanique, unie aux traditions de Charlemagne et du Saint Empire, a fait l’unité allemande. L’unité britannique est résultée de la condition insulaire. Mais l’unité française, œuvre de politique, de la plus souple, de la plus longue et de la plus ferme politique autoritaire, résulte et résulte exclusive¬ment de desseins continués pendant 1 000 ans par la Maison de France. Cette unité, si solide qu’elle semble aujourd’hui spontanée et naturelle, est l’œuvre unique de nos princes. La nature s’était contentée de rendre cette unité possible, non nécessaire, ni fatale : ces princes l’ont formée et façonnée comme un artisan donne un tour personnel à quelque matière choisie.

Dynastie véritablement terrienne et paysanne, puisqu’elle a arrondi sa terre et composé notre pays, mais dont on ne peut dire au juste si c’est l’audace ou la sagesse qui l’ont mieux caractérisée ! La politique des Hohenzollern, si fatale à la France, mais si avantageuse à tout le peuple allemand, n’est elle même qu’un bon décalque et un plagiat raisonné de la politique des Capétiens.

Bien que partie d’un certain point du pays, cette dynastie populaire et militaire s’est peu à peu étendue jusqu’aux confins de l’ancienne Gaule ; sa tradition s’est amalgamée à toutes les nôtres. Les libertés que nous font fait perdre cent ans de césarisme et d’anarchie sont celles que nos pères conquéraient autrefois sous le règne des Capétiens et que ceux ci reconnaissaient en de solennelles consécrations. La royauté et les libertés sont mortes ensemble. Tout annonce qu’elles devront renaître de concert.

Il est une France idéale, disent dans leur mauvais langage, les rhéteurs, d’origine anglaise, allemande, helvétique, qui président à l’Église républicaine. Nous sommes citoyens d’une France réelle. Par la France, nous entendons une réalité plus chère et plus belle que tout, et non une idée nuageuse. Pulcherrima rerum, comme disait de sa propre patrie le Romain : nous entendons le sol et ses variétés, le sang et ses riches nuances, les traditions, les intérêts, les sentiments. Nous songeons aux maisons, aux autels, aux tombeaux où dorment de saintes dépouilles. Cette France réelle, étant ce qu’elle est et ayant besoin de Monarchie, postule, par définition, ayant été ce qu’elle fut, la Monarchie du chef de la Maison de France. Celui ci, étant ce qu’il est, correspond à ces convenances et à ces nécessités. Le peuple est prêt à le sentir. Puissent les esprits cultivés reconnaître ce rapport naturel d’une grande nation et d’une longue souche de princes, en comprenant enfin la formule de notre avenir national ;

« Ce que nos ancêtres ont fait par coutume et par sentiment, le pour-suivre nous mêmes avec l’assurance et la netteté scientifiques, par raison et par volonté ».

extrait (conclusion) de Dictateur et roi