Accueil du site > Grands textes > Charles Maurras > Maurras antisémite ?

Maurras antisémite ?

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

Les adversaires de l’Action française aiment à rappeler le passé antisémite de l’Action française à la triste lumière du génocide nazi. En dehors du caractère anachronique, et par conséquent fallacieux, de la démarche, il convient toutefois d’aborder avec franchise cette question devenue sensible en raison même de la Seconde guerre mondiale.

Il faut tout d’abord rappeler que si Charles Maurras professa un antisémitisme d’Etat tout au long de sa vie, Léon Daudet abandonna tout antisémitisme au début des années 30. Quant à Jacques Bainville, il ne manifesta jamais aucune tendance antisémite. Toutefois, comme rien n’est simple, il convient également de noter que c’est Maurras qui détourna le jeune Bainville à la fin du XIXe siècle de toute tentation biologisante à tendance racialiste. On sait combien pour Maurras le racisme, « folie pure et sans issue », représentait la négation même de toute civilisation et il ne cessa de dénoncer le crime contre la raison et contre l’humanité que représentait le culte du sol et du sang du national-socialisme - le Pape Pie XI rejoignit Maurras sur ce point dans son encyclique Mit brennender Sorge que Maurras salua avec enthousiasme dans deux longs articles de L’Action française quotidienne en 1937.

Maurras, contrairement à Bernanos, ne fut jamais un véritable disciple de Drumont, dont l’antisémitisme est notamment hérité de l’extrême-gauche républicaine. S’il reconnut Drumont comme un maître, sans jamais appartenir à La Libre Parole, ce fut dans la dénonciation du règne de l’argent. Mais alors que Drumont se focalise sur les juifs dans la dénonciation de ce que le duc d’Orléans appelle à l’époque « la fortune anonyme et vagabonde », Maurras insère sa dénonciation dans la théorie des quatre Etats confédérés - Francs maçons, juifs, protestants et métèques - qui est avant tout un anticommunautarisme et un refus de la constitution d’états dans l’Etat plus forts que l’intérêt général. A aucun moment, Maurras ne tombe dans un antisémitisme de peau, racial, rappelant au plus fort de la Seconde guerre mondiale, face aux exigences nazies, qu’il avait prévues et dénoncées par avance, qu’il ne voulait pas qu’on s’en prît ni aux personnes ni aux biens des juifs. Son antisémitisme, dit d’Etat, et qui vise à donner un « statut » aux juifs - on sait malheureusement ce qu’il en fut dans l’histoire -, est hérité à la fois de la méfiance traditionnelle de l’Eglise à l’encontre du peuple dit « déicide », de la dénonciation du cosmopolitisme financier et idéologique et de la conception, qu’il partage avec Bernard Lazare, du juif comme « agent révolutionnaire » mais « conservateur vis-à-vis de lui-même » (Bernard Lazare, L’Antisémitisme, son histoire, ses causes, 1894, citation reprise par Maurras dans Au Signe de Flore, Grasset, p. 67).

On peut regretter que, se figeant sur des présupposés datant de la fin du XIXe siècle hérités, comme le remarque Jean-Marc Joubert, « de la judéophobie ambiante1 », Maurras n’ait pas totalement abandonné tout antisémitisme, considérant que le peuple juif « est un peuple distinct et qui se distingue, qui ne peut ni veut s’assimiler » (J.-M. J., idib.), sauf par le sang versé pour la patrie. Toutefois, comme l’écrit encore J.-M. Joubert, « il ne s’est jamais laisser accroire que les Juifs constituassent quelque entité inférieure par la race. »

De fait, contrairement à une œuvre comme celle de Drumont, qui s’écroule si on en retire l’antisémitisme, celui-ci n’a jamais occupé la place centrale dans la pensée de Charles Maurras : aussi peut-il avantageusement être lu en dehors de cet héritage mort.

L’abandon de l’antisémitisme ne remet donc pas en cause la cohérence de la doctrine d’Action française.