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Le destin singulier d’un camelot du Roi

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

Christian Rol retrace la vie de René Resciniti de Says, auquel il consacre une biographie au titre bien mal choisi.

Nul ne doutait que "Néné" méritât une biographie. Qu’il méritât cette biographie-là, c’est une autre histoire.

Non que Christian Rol manque de cette empathie nécessaire à quiconque engage un travail biographique. Mais le titre lui-même exprime l’ambiguïté de l’entreprise d’un journaliste qui, s’il cherche à saisir toute la richesse et les paradoxes d’un témoin et acteur, à son échelle, des luttes politiques et idéologiques de la seconde partie du XXe siècle, à la fois chevalier, condottiere, esthète et fin lettré, empruntant aussi bien à Rastignac qu’à Des Esseintes – mais un Des Esseintes contradictoire, qui eût métamorphosé son esthétisme en action –, il n’en reste pas moins que ce Roman vrai d’un fasciste français pèche précisément par où il s’affirme. Biographie ? Fiction romanesque ? Car parler de « roman », même et surtout « vrai », c’est promettre le sensationnel tout en reconnaissant que la biographie n’apportera aucun fait nouveau, notamment sur ce qui pouvait exciter les médias : René Resciniti de Says est-il bien « l’homme qui tua Pierre Goldman et Henri Curiel », comme l’indiquait la première version de la couverture – encore visible sur la Toile – avant que l’éditeur ne jugeât plus prudent de retirer un bandeau somme toute inutile, puisque de toute façon le livre n’apporte aucune réponse en la matière et que nul ne le saura sans doute jamais, la probabilité de connaître la vérité sur ces deux affaires des années soixante-dix s’amenuisant avec le temps ?

Fasciste, vraiment ?

Et surtout, cette contradiction, démentie par l’auteur au sein même du livre, de René comme «  fasciste français ». Était-ce pour attirer le chaland, sur un malentendu ? Alors même que René n’eut jamais aucune sympathie pour un quelconque "fascisme français", à ses yeux sans pertinence historique et nationale, un fascisme qu’il ne regardait, de loin, que pour une Italie envers laquelle, évidemment, il ressentait une sympathie ancestrale. « Nous devons être intellectuels et violents », écrivit Maurras dans son éditorial de L’Action Française, alors bimensuelle, du 15 août 1900. La citation ouvre l’avant-propos du livre. Camelot du Roi, René le resta au fond de lui toute sa vie, même quand il fut infidèle dans l’action à cet engagement premier. Pour ceux qui l’ont approché, et estimé – car Néné forçait l’estime, et de toutes parts : son enterrement le montra –, nul besoin de croire en un personnage fictif. Sa personnalité suffisait. C’est-à-dire le personnage que sa vie avait fini par créer et qui se confondait avec elle, en toute sincérité. Il serait malhonnête d’affirmer que Christian Rol ne cherche pas à percer le mystère de cette sincérité-là, qui se trouve évidemment dans son enfance. « Qu’importe ma vie ! Je veux seulement qu’elle reste jusqu’au bout fidèle à l’enfant que je fus », s’exclame Bernanos dans Les Grands Cimetières sous la lune. René le voulut également. Il ne nous appartient pas de connaître le dernier mot.

François Marcilhac - L’ACTION FRANÇAISE 2912

Christian Rol, Le Roman vrai d’un fasciste français, La Manufacture de livres, 2015, 314 pages, 19,90 euros.

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