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La question sociale

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

En promulguant, le 14 juin 1791, la loi dite « Le Chapelier », la Constituante a non seulement brisé le lien social et mais aussi tué les associations naturelles. C’est à partir de ce constat et de celui de « clouer le libéralisme au pilori » que Maurras et l’école d’Action Française vont essayer de redéfinir une politique sociale et naturelle.

Cette pensée sociale est partie d’une analyse de l’individualisme et de l’égalitarisme, tous les deux nés de la Révolution et de la Démocratie. L’émergence de cet individualisme égalitaire a contribué à désintégrer une société jusque-là unie. La révolution démocratique a détruit la structure ancienne des corps constitués naturels et laissé les hommes isolés, en face du pouvoir envahissant du Capital géant et de l’Etat Léviathan. Il en est résulté, alors que ce n’était pas la lutte des classes qui s’imposait mais plutôt leur coopération, une anarchie morale, selon laquelle l’homme ne se sent plus responsable que de ses intérêts propres ou désirs.

Pour l’AF, le premier pas dans le sens d’une coopération pouvait consister en une réconciliation des employeurs et des employés, en l’intégration sociale des travailleurs et des employés, en l’intégration sociale des travailleurs dans l’ensemble national, après avoir montré aux ouvriers que leur intérêt naturel, comme celui de chacun, résidait dans la prospérité de leur métier, que le bien-être du patronat et celui de la main d’œuvre ne font qu’un. L’AF reprenait la doctrine de réconciliation sociale préconisée par La Tour Du Pin et Mun.

Au début du XXe siècle, l’AF tente un rapprochement avec les syndicalistes et notamment la CGT - les deux partageant la même horreur de la démocratie libérale, de l’intellectualisme et de la culture bourgeoise. Certains intellectuels d’AF, souhaitant dépasser la critique quelque peu anarchiste de Sorel, créent en 1911, le Cercle Proudhon : « la démocratie est la plus grande erreur du siècle passé, parce qu’elle a permis l’exploitation la plus abominable des travailleurs et l’établissement du régime capitaliste ». Hélas, la guerre devait empêcher l’aboutissement de cette démarche novatrice. De plus, Sorel antidémocrate et anti-individualiste ne conclut jamais à la Monarchie. Moraliste, il se battait plus contre la décadence de la civilisation et la dissolution des mœurs.

Après la première guerre mondiale, Georges Valois réanime la doctrine sociale. Pour lui, tous les producteurs, quelle que soit leur part dans le processus de production, doivent s’unir (chaque catégorie devant établir sa corporation), puis adhérer à des groupements économiques-assurance, édition, acier, etc. - ou régionaux qui, à leur tour, enverraient leurs représentants à un conseil économique national. Mais Valois, critiquant l’AF pour son manque de base révolutionnaire, la quitte pour créer le Faisceau.

Ce court aperçu historique illustre bien que la critique maurrassienne s’est faite surtout sur son opposition résolue au libéralisme. Et si cette critique a été un peu laissée de côté entre les deux guerres, c’est que la France vivait une époque agitée par sa troisième République - menace allemande et montée d’Hitler, désarmement, scandales, condamnation de l’Eglise. Cependant, les fondements étaient posés. Pour combattre le capitalisme, il importe de resserrer le lien social autour des individus, d’humaniser l’économie et de rétablir les barrières protectrices qui immunisaient la société des atteintes du marché. L’hégémonie capitaliste ne fait pas seulement du travailleur un esclave et un paria ; elle le présure et le vole et quand elle l’a réduit au dénuement, elle l’empoisonne avec ses produits de contrebande.

Aujourd’hui, l’AF continue de lutter contre le libéralisme, à maintenir son idée de professions organisées par le biais des corporations. Des corporations qu’il faut comprendre comme de « grandes familles » qui tirent les travailleurs de leur isolement morbide et les réunissent en une fraternité humaine et spirituelle. La corporation rompt l’état d’anémie qui est le propre du marché libéral, dicte des règles et une éthique qui adoucissent les mécanismes de la concurrence et rend à chacun le sens du devoir et de la communauté. Elle permet de retrouver les solidarités qui empêcheront le SDF d’avoir, du fait de la liberté économique totale la célèbre liberté de mourir de faim. Elle contribue à « réencastrer la solidarité dans la société », selon l’expression de Rosenvallon.