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L’affaire Delavault

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

En 1989, en France, on commémore la révolution. "On commémore" signifie qu’on fait, à la mode française actuelle, assaut de niaiserie et qu’on donne de cette période historique pour le moins sanglante l’image d’un un conte pour enfant. Les camelots du roi, qui n’ont rien oublié des massacres de septembre ou du 10 août 1792, entendent rappeler certains artistes à plus de décence.

Vendredi 6 janvier au soir. Au théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, Jean-Noël Jeanneney, le patron du Bicentenaire, exulte. Sur scène, une diva rouge encore mal connue du grand public, Hélène Delavault, entonne l’immortelle Carmagnole. Brusquement un groupe d’inconnus débouche dans la salle. Certains d’entre-eux foncent vers la scène.

Les notes du chant révolutionnaire s’étranglent dans la gorge de la chanteuse, se muent en vocalise suraiguë. Le spectacle adopte une tournure surréaliste, pas déplaisante, dit-on. Certains des agresseurs déversent sur la tête de l’artiste de la colle et du bleu de méthylène, un colorant inoffensif. Des cris fusent : "Vive le Roi". Des gaz lacrymogènes font pleurer Margot et les sabots d’Hélène son crottés pour de bon. Les assaillants se retirent aussi promptement qu’ils sont arrivés. Pas un seul d’entre-eux n’a été pris.

Est-ce le succès de l’opération ? Ses liens d’amitié particuliers avec la chanteuse grand standing de la Révolution ? La présence de Jeanneney ? Le besoin de rehausser l’image de marque d’un Bicentenaire de plus en plus bidon ? Sans doute cela a-t-il joué dans la réaction de Pierre Joxe. De ce qui n’était qu’un chahut, aussi bien mené fût-il, le ministre de l’Intérieur, en décrétant sans peur du ridicule "la République en danger", allait faire une affaire. Avec d’ailleurs le soutien actif de François Mitterrand, toujours heureux de pouvoir s’ériger en garant de la moralité d’État.

Le jeudi 13, soit moins d’une semaine après les faits, une rafle géante frappait les royalistes. Près de 150 policiers, distraits de leurs tâches habituelles, participaient au coup de filet. Appartenant à la Brigade d Répression du Banditisme, à la Section Anti-Terroristes ou aux mœurs, les meilleurs limiers du régime ramenaient en fin de compte de leur chasse une trentaine de militants royalistes et nationalistes notoires, cueillis chez eux au petit matin. S’ensuivit une série d’interrogatoires menés à la va comme je te pousse, au petit bonheur la chance, lesdits limiers ignorant manifestement tout du mouvement royaliste.

Au bout de quarante-huit heures, on avait serré trois de nos militants. un de nos militants, vingt-deux ans, avait été isolé de ses camarades dès le début des interrogatoires. Soumis à une pression morale intense, il avoua avoir fait le guet au soir du 6 janvier. Philippe et Giovanni Castelluccio, vingt-sept ans, s’étaient vu promettre la liberté le soir-même s’ils admettaient leur participation à ce que les policiers feignaient eux-même de considérer comme chahut sans importance - ce qui était le cas, en effet. On les avait en outre menacés d’incarcérer leur mère pour faux témoignage, si l’envie leur prenait de résister aux sollicitations de leurs interlocuteurs.

Dûment inculpés de violences et de voies de fait avec préméditation (ils échappaient aux coups et blessures, la diva socialiste, soi-disant odieusement brutalisée, n’étant pas parvenue à obtenir des médecins le moindre jour d’arrêt de travail), nos trois amis furent incarcérés à Fresnes. Ils allaient y passer près de deux mois.