Accueil du site > Archives du blog > Entretien exclusif de Richard Millet pour L’Action Française

Entretien exclusif de Richard Millet pour L’Action Française

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

La colère de Richard Millet

Avec Fatigue du sens (éditions Pierre-Guillaume de Roux), Richard Millet poursuit son analyse lucide du délitement contemporain des valeurs et de la France. Une voix dans notre désert.

L’Action Française 2000 – Quelles sont les principales caractéristiques de ce que vous appelez la « barbarie posthumaniste » ?

Richard Millet – Cette barbarie se caractérise par une inversion totale des valeurs qui nous ont faits ce que nous sommes et que bientôt nous serons les derniers à porter : de là notre situation de "derniers", d’hommes à abattre. Déchéance de toute idée de tradition, d’unicité, de transmission, de pureté, de hiérarchie, d’esprit critique, de sacré. Ignorance. Remplacement de peuples par d’autres. Autodénigrement. Mensonge général, au premier rang duquel le mythe antiraciste. Réduction de l’Histoire à la sanctification des génocides. Substitution du culturel à la culture. Chute de la verticalité dans le vertige de l’horizontal sous la forme du divertissement, de l’égalitarisme forcené, de l’infantilisation de l’individu. Les signes abondent, les formulations aussi : cette prolifération est bien le signe d’un affolement dû à la ruine des valeurs, sinon de la valeur en tant que telle.

Notre époque ne semble rien tant haïr que la mémoire, mère des Muses. Comment expliquez-vous cette funeste propension à l’oubli ? Après le cancer et le Sida, et en même temps que les "maladies orphelines", la décennie s’ouvre sous le signe d’Alzheimer : une maladie qui convient bien, en définitive, à un Occident en voie de s’oublier de lui-même. Pour le reste, sa mémoire est sélective, c’est-à-dire forcée à un révisionnisme historique et expiatoire qui est bien une autre forme d’oubli.

Croyez-vous en la possibilité d’un sursaut historique ou providentiel ? Non. La catastrophe écologique en cours nous a menés au bord du gouffre : la surpopulation aussi. On peut certes entrer dans le rêve malthusien d’une guerre entre la Chine et l’Inde ; on peut logiquement souhaiter que la guerre civile entre l’Islam et le reste du monde se déroule autrement que par celle des ventres et de l’immigration : il n’en reste pas moins que la catastrophe est irréversible et que de la condition de dernier nous passerons peut-être à celle de survivants.

Considérez-vous qu’à titre individuel le "sentiment de la langue" puisse endiguer le déferlement du nihilisme ? Il faudrait restaurer la langue : ce qui voudrait dire renverser une nouvelles fois les valeurs, et que le peuple français réapprenne à s’aimer lui-même, si tant est qu’il existe encore. Le caractère sacré de la langue n’est plus sensible depuis longtemps, tué par les pédagogues imbéciles, les socialistes féministes et les publicitaires.

Finalement, n’est-ce pas une chance, pour une âme, de vivre en exil, là même où les dieux se sont retirés, abandonnant le monde à ses spectres ? Une chance ? Du moins est-ce une manière d’être confronté hic et nunc à l’essentiel : l’exil comme moment non dialectique, comme épreuve singulière, comme chance de salut.

Propos recueillis par Louis Montarnal - AF 2828

1 Message

Répondre à cet article