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Cahier de l’Herne : Maurras tel qu’en lui-même...

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

Les éditions de l’Herne consacrent un cahier à Charles Maurras. Politique, philosophie, histoire, littérature, poésie et religion sont autant de domaines abordés au fil des cinquante contributions.

Charles Maurras, près de soixante-dix ans après sa mort, continue d’intriguer, de séduire, parfois de révulser les esprits les plus curieux du mouvement des idées au XXe siècle. On peut dire qu’il ne laisse personne indifférent. C’est pourquoi, après de nombreuses études récentes sur la personne et l’œuvre colossale du bouillant Martégal, le cahier de l’Herne qui lui est consacré répond à une attente. Il s’agit d’un cahier, donc du résultat des recherches de multiples collaborateurs s’illustrant dans les disciplines les plus diverses (politique, philosophie, histoire, littérature, sans oublier la poésie et la religion) tant il est vrai que la pensée de maître de l’Action française s’articule à la jonction d’une foule de domaines. Il jetait en effet son œil acéré et impitoyable partout où il décelait une altération du vrai, du beau et du bien. Aussi ne se fit-il pas que des amis...

Un homme contrasté

Ce cahier, très bien illustré par des photos originales, est dirigé par ces deux spécialistes de notre maître que sont Stéphane Giocanti, l’auteur d’une magistrale biographie, et Axel Tisserand, l’excellent critique de la correspondance de Maurras avec l’abbé Penon. Ils ont rassemblé plus des cinquante contributions dans une totale liberté d’esprit, au risque de jugements très divers et parfois contradictoires reflétant les débats et controverses autour de la personnalité foisonnante de ce penseur qui fut un combattant. Comme le dit Gustave Thibon dans un texte de 1967, Maurras fut à la fois poète et soldat parce qu’il a beaucoup aimé, et sachant ces choses aimées si menacées, il se précipita au rempart pour sauver la civilisation dont elles sont lefruit, « beauté, raison, vertu, tous les honneurs de l’homme ». Cela valait tous les sacrifices, tous les mauvais coups à recevoir et à donner, toute l’infamie des jugements des hommes à subir.

Il est intéressant à ce sujet de retrouver ici ces lignes d’André Fontaine publiées dans Le Monde en 1952 au moment de la mort de Maurras, souhaitant que l’on tente d’être juste avec cet homme qui a honoré les lettres et le génie français. C’était au temps où les médias ne tenaient pas encore un discours convenu, ennuyeux et uniformément politiquement correct.... Passent dans ce cahier des con-temporains qui ont connu Maurras : Maurice Barrès, Paul Bourget, Anatole France, Léon Daudet, Marcel Proust, Daniel Halévy, Joseph Kessel, Michel Déon, Lucien Rebatet, George Steiner, Georges Valois, Robert Brasillach, Georges Bernanos, Paul Vandromme, Henry de Montherlant, André Malraux, Pierre Boutang ; tous s’expriment avec une grande liberté et même quand ils étaient en désaccord, ils restaient fiers de l’avoir rencontré à un moment ou à un autre de leur vie. Nous nous étonnons de ne pas rencontrer parmi eux le professeur Marcel De Corte car il est de ceux qui ont le mieux compris Maurras et il l’a évoqué magnifiquement dans les Cahiers Charles Maurras.

Le principal plutôt que l’accidentel

D’autres ont découvert plus récemment le "vieux maître", comme l’abbé Guillaume de Tanoüarn, ou Christophe Boutin, Jean-Marc Joubert, Rodolphe Lachat, Dominique Paoli, Gérard Leclerc, Remi Soulié, Antoine Foncin, Arnaud Teyssier, les professeurs Alain Lanavère, Bruno Pinchard, Jean-François Mattéi et Frédéric Rouvillois, mais tous parlent de lui avec compétence et admiration, même quand ils n’approuvent pas tel choix de Maurras en son temps. Il est possible que se soient glissés dans son si gigantesque travail quelques erreurs matérielles ou même quelques erreurs de jugement. Mais n’est-il pas temps de cesser de discuter tel comportement de notre maître et de préférer le principal à l’accidentel ? Par exemple, on ne peut indéfiniment disserter sur ce que Maurras a fait ou aurait dû faire en 1942. Ce que l’on sait c’est que son action ne fut jamais dictée par de bas calculs ou par l’opportunisme ou par l’intérêt, mais qu’il n’eut jamais d’autre ligne de conduite que l’amour absolu de la France. Il importe aujourd’hui de retrouver ce qui dans sa pensée touche à l’éternel, aux fondements de la cité, aux sources de la vraie civilisation. Pour aider le lecteur à atteindre ce Maurras-là, des très beaux textes connus et moins connus du maître de l’Action française ont été recueillis pieusement, notamment sur la langue provençale ou le célèbre Je suis romain je suis humain, qui à lui seul aide à comprendre la gravité de la crise de l’Église actuelle. Des poèmes aussi, dont la sublime Prière de la fin, et des lettres, notamment à Jean Paulhan. On va même de surprise en surprise en découvrant sous la plume de Sarah Vajda que Maurras, pourfendeur du romantisme féminin, pourrait être un précurseur des gender studies...

Tel qu’il est le livre n’est « ni un éloge rose bonbon ni un blâme tout noir », comme disent les auteurs, mais dans ces échanges contrastés, sur des questions fondamentales, sous donc des éclairages divers, ressort le vrai Maurras, son style, les sources méditerranéennes de son classsicisme, son goût très prononcé pour les libertés, dont il voulait que la France fût à nouveau hérissée sous la paternelle et ferme autorité d’un roi, être de chair et de cœur, qui assure d’âge en âge, de père en fils, la pérennité de la nation. C’est d’ailleurs cette volonté décentralisatrice qui fit de lui un royaliste acharné.

Influence internationale

L’influence internationale de cet antigermaniste fut également considérable comme en témoignent Jaume Vallcorba et Olivier Dard, puis l’on constate aussi que Maurras fut tout le contraire d’un doctrinaire froid et austère, mais qu’il eut une vie amoureuse et qu’il fut hanté par les femmes et par les songes comme sa belle-fille Nicole Maurras en apporte la preuve. À l’heure où notre monde se cherche, privé de repères, ne serait-il pas temps de présenter Maurras comme un modèle, ou plutôt un compagnon de route, lui qui dans le foisonnement intellectuel de sa jeunesse sut dompter ses tendances anarchiques et retrouver les grandes lois de l’ordre naturel et de la civilisation ? Ce cahier, n’en doutons pas, pourra aider à de telles retrouvailles.

À la fin du livre, on apprend, incidemment, par Jérôme Besnard que depuis la mort de Pierre Pujo, directeur de L’Action Française 2000, il n’existe plus de postérité maurrassienne de stricte observance. Certes ce deuil fut un coup dur mais nous avons réagi. Le journal que vous tenez entre les mains vous donne toute le mesure de cet odieux mensonge, qui ne saurait en rien souiller un si beau livre.

Michel Fromentoux - AF 2825

Stéphane Giocanti et Axel Tisserand, Maurras, Les Cahiers de l’Herne, 21 x 27,5 cm, 396 pages, avec iconographie, 39 euros ; Éditions de l’Herne, 22 rue Mazarine, 75006 Paris ; 01 46 33 03 00 ; lherne@lherne.com

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