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Bilan de la république

C’est au résultat que l’on juge un mode de gouvernement. C’est pour les résultats produits par la royauté (création, constitution, organisation millénaire de la patrie) que nous adhérons à la royauté. C’est pour les résultats moraux, territoriaux, nationaux qu’elle a produits depuis cent trente ans que nous abhorrons la démocratie. C’est pour la qualité particulièrement décadente et diviseuse de ses résultats de tout ordre que la troisième République nous semble proclamer sa propre déchéance.

Naître de la défaite ; se voir recommander et imposer par Bismarck et pour la commodité de Bismarck ; parler quinze ans de revanche et en un demi siècle ne savoir ni ne vouloir choisir l’heure de cette revanche ; ne pouvoir éviter cependant la guerre allemande ; ne l’avoir ni prévue ni préparée ; se la voir imposer ; en porter tout le poids ; y sacrifier toute la fleur de sa population ; ne savoir même pas travailler à l’abréger utilement ; mais la terminer avant l’heure ; en laisser le fruit à tous ses alliés ; manquer la paix après avoir manqué l’armistice ; perdre toute autorité sur la mer sans même avoir retrouvé, sur le continent, les frontières de 1814 ; se placer, dans l’ordre maritime comme dans l’ordre financier, à la merci des alliés anglo-saxons de façon d’autant plus complète qu’un immense empire colonial leur est offert, pour ainsi dire, comme un gage indéfiniment tentateur ; subir tous ces revers extérieurs en raison composée d’une abominable politique intérieure de divisions religieuses, morales, domestiques, fiscales et sociales qui a brisé net l’essor de la natalité et, par là même, la plupart des autres virtualités nationales ; vivre ou bien plutôt végéter sous une direction empirique et routinière qui livrait la continuité comme le progrès aux impulsions des éléments et des parties, quand ce n’était pas des partis, le tout sans vue d’ensemble ni plan général ; n’avoir ni chef constant ni ministres stables, ni règle arrêtée ; osciller perpétuellement d’une fièvre d’agitation stérile, faussement dite « avancée », à une inertie plus stérile encore, faussement qualifiée de « conservatrice » ; être, toutes choses égales d’ailleurs, moins nombreux, moins puissant, moins éclairé qu’en 1870, où l’on était moins nombreux, moins puissant et moins éclairé qu’en 1789. C’est tout ce dont cette troisième République peut essayer de se réjouir ou de s’enorgueillir !.....

Oui, telle est la fureur qui administre et gouverne ce pays depuis quarante ans. Nous avons dit les résultats. Ils ne sont pas pour étonner. L’étonnant, c’est plutôt la résistance du territoire, l’endurance de la population, le maintien de la nationalité, la survie de la France ; par quelle étrange et fière accumulation de vitalité tout cela n’est-il pas épuisé depuis de longs jours !...