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Grands textes

Inlassablement, les royalistes écrivent pour dénoncer les gros bobards de la démocratie et faire connaître aux français cette solution alternative et non régressive qui se nomme la monarchie. De tous les auteurs royalistes, Charles Maurras, qui convertit l’Action Française au royalisme, est le plus prolixe est le plus complet. Cette section « Grands Textes » n’est pour autant pas une simple bibliothèque Maurras. Pour ceux qui souhaiteraient se perfectionner dans la connaissance de la pensée du maître de Martigues l’excellent site Maurras.net est là pour cela.

Vous croiserez dans notre bibliothèque nombre d’auteurs royalistes mais aussi nombre d’auteurs qui ne le sont pas, tant il est vrai qu’en matière politique la curiosité est une vertu essentielle si on tente de s’approcher de la Vérité.

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La république : la machine à mal faire

En République, nous ne vivons pas dans le domaine des raisons délibérées et réfléchies, mais dans l’ordre des causes brutes.

Flux ou reflux d’opinion, routine des bureaux, agitations et parades officielles, convoitises coloniales, opérations de groupes parlementaires et financiers, ces impulsions discontinues ne font pas une politique.

Un électeur conservateur et patriote devrait faire le bilan de ce que lui coûte une pareille machine à mal faire. Sacrifices d’argent. Ils sont considérables au temps électoral. Sacrifices d’idées, de jugement, de conviction, parfois d’honneur : il se donne un mal fou pour quelqu’un qui ne représente ni sa pensée, ni même une pensée qui lui soit tolérable dans l’ordre religieux, social, économique, national. En dernière analyse, ce quelqu’un est battu, sans autre bénéfice que d’avoir dispersé, démoralisé et découragé un nombre toujours croissant de braves Français.

Il faudrait réfléchir que, si telle est la règle du jeu, et c’en est bien la règle, il n’y a rien de plus immoral ni de plus dissolvant que de nommer cette erreur loi et règle ce péché.

Sous le nom de l’égalité, ce qu’elle fait n’est pas de l’ordre c’est de l’anarchie inavouée, couverte, et l’on peut se demander si une anarchie nue et crue ne serait pas moins dangereuse que la pratique invétérée de cette règle et de cette loi.

La démocratie vénère obscurément l’anarchie, comme son expression franche, hardie et pure. Quand le malheur des temps l’oblige à la combattre, elle en subit secrètement la fascination, et c’est toujours de elle en subit secrètement la ce côté qu’elle tombera dès qu’une cause extérieure cessera de l’impressionner.

extrait de Mes Idées politiques

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Royauté et libertés renaîtront de concert

Quoi qu’on ait prétendu, cet espoir d’une renaissance française n’est point une chimère, car la vitalité du pays, si elle est menacée, ne parait pas très gravement atteinte. Moralement, physiquement et financièrement, nous sommes très riches encore ; mais on gaspille nos richesses et on les administre mal. Celui qui guérira les deux plaies politiques qui nous ont été faites depuis cent ans, panarchisme administratif, anarchisme d’État, l’État sans maître, l’Administration maîtresse de tout, guérira le principe de nos misères. Nous sommes royalistes parce que nous considérons que la royauté est seule capable d’opérer l’une et l’autre médication.

Un parlement, créé par l’élection, dépend aussi de l’élection. Un Parlement ne confère donc à l’État ni l’autorité ni l’indépendance. Mais un chef d’État plébiscité se trouve dans les mêmes conditions qu’un Parlement. Si on le nomme à temps, quelle prime on offre aux plus vastes agitations électorales ! Et quel trouble périodique dans l’État ! Le président des États Unis d’Amérique n’ose, même dans les conjonctures d’une très haute gravité, prendre une seule décision, trancher un débat important, donner un ordre précis, aussitôt qu’approche la date de l’élection présidentielle : le malheureux craint, en effet, en fournissant un avis quelconque, de s’aliéner un groupe quelconque d’électeurs . Si on nomme à vie ce président quelle prime on offre à l’assassinat et, en tout cas, quelles révolutions, quelle agitation, quels transports de fièvre malsaine on prépare pour l’instant de sa succession ! C’est le régime qui perdit la malheureuse Pologne ; car au lieu de réduire et de circonscrire la compétition gouvernementale à une classe, à une caste, à une famille, il l’étend au pays entier !

De plus, ce dictateur n’est responsable que pour un temps, au maximum le temps de sa vie complète. S’il évite les fautes et les imprudences d’un ordre trop direct et trop immédiat, rien ne l’empêche de compromettre, de grever et de sacrifier l’avenir du pays. Tel est le propre de la dictature personnelle. Voilà pourquoi nous demandons le pouvoir souverain non pour un homme, non pour un peuple, mais pour une famille représentante de ce peuple et elle même représentée par un homme.

Nous espérons qu’on ne nous répondra point de sornettes sur le hasard de la naissance. Comme si l’élection n’avait point ses hasards ! Comme si ces derniers hasards n’étaient point pires que les premiers ! On élève un Dauphin en vue du trône ; on ne fait pas l’éducation d’un candidat à la présidence de la République. Jamais d’ailleurs, ni en aucun pays, non point même chez les tribus les plus sauvages, le hasard naturel de l’hérédité n’éleva sur le trône une succession de médiocrités comparables à la série Carnot - Périer - Faure - Loubet. Ce quadruple néant fut cependant porté au fauteuil présidentiel par le choix de deux assemblées unies en Congrès solennel.

Le système de l’hérédité monarchique suppose, d’après un sentiment naturel de prévoyance domestique (qui peut manquer une fois mais qui se retrouve neuf fois sur dix), que le chef de l’État ne jouera point facilement l’avenir de sa dynastie et dans tous ses calculs appellera la prudence et la réflexion. Ces vertus vraiment paternelles, propres aux pères et aux chefs de famille, ont précisément distingué la Maison Capétienne dans son œuvre de constitution de la France. Ses princes se sont appliqués, d’un règne à l’autre, à ne point trop gagner dans une seule entreprise, de crainte de trop perdre ultérieurement comme il est arrivé à des Napoléon. Mais, à la différence de Napoléon 1er et de Napoléon III, qui tous deux laissèrent la France plus petite qu’ils ne l’avaient trouvée, les descendants d’Hugues Capet ont tous transmis leur héritage tel qu’ils l’avaient eu de leurs devanciers ou augmenté de quelque province.

Si donc, en vue de nous éviter les inutiles et périlleuses compétitions électorales, pour prévenir le retour périodique des agitations et enfin pour avoir la paix, si, disons nous, l’on convient de confier le pouvoir à une famille, il est évident que c’est à la plus digne, à la plus ancienne et à la plus illustre des familles françaises que doit revenir cet honneur. Ni la famille Bonaparte, quelque glorieux qu’ait été son rôle historique, ni aucune autre maison française, quelques services qui aient été rendus à la nation, n’offre de garanties comparables à celle de la race des Capétiens. Elle n’a même point d’aînée en Europe, et elle est à nous. Bien mieux que cela, elle est Nous. Son histoire est la nôtre. La figure de notre terre porte partout son nom et son souvenir. Comme Ivan le Grand fut surnommé le Rassembleur de la terre russe, cette dynastie peut être appelée Rassembleuse de la terre française . Sans elle, il n’y aurait point de France. Cela est d’une rigueur absolue.

Les souvenirs de Rome ont fait l’unité italienne. La réalité de la race et de la langue germanique, unie aux traditions de Charlemagne et du Saint Empire, a fait l’unité allemande. L’unité britannique est résultée de la condition insulaire. Mais l’unité française, œuvre de politique, de la plus souple, de la plus longue et de la plus ferme politique autoritaire, résulte et résulte exclusive¬ment de desseins continués pendant 1 000 ans par la Maison de France. Cette unité, si solide qu’elle semble aujourd’hui spontanée et naturelle, est l’œuvre unique de nos princes. La nature s’était contentée de rendre cette unité possible, non nécessaire, ni fatale : ces princes l’ont formée et façonnée comme un artisan donne un tour personnel à quelque matière choisie.

Dynastie véritablement terrienne et paysanne, puisqu’elle a arrondi sa terre et composé notre pays, mais dont on ne peut dire au juste si c’est l’audace ou la sagesse qui l’ont mieux caractérisée ! La politique des Hohenzollern, si fatale à la France, mais si avantageuse à tout le peuple allemand, n’est elle même qu’un bon décalque et un plagiat raisonné de la politique des Capétiens.

Bien que partie d’un certain point du pays, cette dynastie populaire et militaire s’est peu à peu étendue jusqu’aux confins de l’ancienne Gaule ; sa tradition s’est amalgamée à toutes les nôtres. Les libertés que nous font fait perdre cent ans de césarisme et d’anarchie sont celles que nos pères conquéraient autrefois sous le règne des Capétiens et que ceux ci reconnaissaient en de solennelles consécrations. La royauté et les libertés sont mortes ensemble. Tout annonce qu’elles devront renaître de concert.

Il est une France idéale, disent dans leur mauvais langage, les rhéteurs, d’origine anglaise, allemande, helvétique, qui président à l’Église républicaine. Nous sommes citoyens d’une France réelle. Par la France, nous entendons une réalité plus chère et plus belle que tout, et non une idée nuageuse. Pulcherrima rerum, comme disait de sa propre patrie le Romain : nous entendons le sol et ses variétés, le sang et ses riches nuances, les traditions, les intérêts, les sentiments. Nous songeons aux maisons, aux autels, aux tombeaux où dorment de saintes dépouilles. Cette France réelle, étant ce qu’elle est et ayant besoin de Monarchie, postule, par définition, ayant été ce qu’elle fut, la Monarchie du chef de la Maison de France. Celui ci, étant ce qu’il est, correspond à ces convenances et à ces nécessités. Le peuple est prêt à le sentir. Puissent les esprits cultivés reconnaître ce rapport naturel d’une grande nation et d’une longue souche de princes, en comprenant enfin la formule de notre avenir national ;

« Ce que nos ancêtres ont fait par coutume et par sentiment, le pour-suivre nous mêmes avec l’assurance et la netteté scientifiques, par raison et par volonté ».

extrait (conclusion) de Dictateur et roi

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Bilan de la république

C’est au résultat que l’on juge un mode de gouvernement. C’est pour les résultats produits par la royauté (création, constitution, organisation millénaire de la patrie) que nous adhérons à la royauté. C’est pour les résultats moraux, territoriaux, nationaux qu’elle a produits depuis cent trente ans que nous abhorrons la démocratie. C’est pour la qualité particulièrement décadente et diviseuse de ses résultats de tout ordre que la troisième République nous semble proclamer sa propre déchéance.

Naître de la défaite ; se voir recommander et imposer par Bismarck et pour la commodité de Bismarck ; parler quinze ans de revanche et en un demi siècle ne savoir ni ne vouloir choisir l’heure de cette revanche ; ne pouvoir éviter cependant la guerre allemande ; ne l’avoir ni prévue ni préparée ; se la voir imposer ; en porter tout le poids ; y sacrifier toute la fleur de sa population ; ne savoir même pas travailler à l’abréger utilement ; mais la terminer avant l’heure ; en laisser le fruit à tous ses alliés ; manquer la paix après avoir manqué l’armistice ; perdre toute autorité sur la mer sans même avoir retrouvé, sur le continent, les frontières de 1814 ; se placer, dans l’ordre maritime comme dans l’ordre financier, à la merci des alliés anglo-saxons de façon d’autant plus complète qu’un immense empire colonial leur est offert, pour ainsi dire, comme un gage indéfiniment tentateur ; subir tous ces revers extérieurs en raison composée d’une abominable politique intérieure de divisions religieuses, morales, domestiques, fiscales et sociales qui a brisé net l’essor de la natalité et, par là même, la plupart des autres virtualités nationales ; vivre ou bien plutôt végéter sous une direction empirique et routinière qui livrait la continuité comme le progrès aux impulsions des éléments et des parties, quand ce n’était pas des partis, le tout sans vue d’ensemble ni plan général ; n’avoir ni chef constant ni ministres stables, ni règle arrêtée ; osciller perpétuellement d’une fièvre d’agitation stérile, faussement dite « avancée », à une inertie plus stérile encore, faussement qualifiée de « conservatrice » ; être, toutes choses égales d’ailleurs, moins nombreux, moins puissant, moins éclairé qu’en 1870, où l’on était moins nombreux, moins puissant et moins éclairé qu’en 1789. C’est tout ce dont cette troisième République peut essayer de se réjouir ou de s’enorgueillir !.....

Oui, telle est la fureur qui administre et gouverne ce pays depuis quarante ans. Nous avons dit les résultats. Ils ne sont pas pour étonner. L’étonnant, c’est plutôt la résistance du territoire, l’endurance de la population, le maintien de la nationalité, la survie de la France ; par quelle étrange et fière accumulation de vitalité tout cela n’est-il pas épuisé depuis de longs jours !...

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Je suis Romain !

Je suis Romain, parce que Rome, dès le consul Marius et le divin Jules, jusqu’à Théodose, ébaucha la première configuration de ma France. Je suis Romain, parce que Rome, la Rome des prêtres et des papes, a donné la solidité éternelle du sentiment, des mœurs, de la langue, du culte, à l’œuvre politique des généraux, des administrateurs et des juges romains.

Je suis Romain, parce que si mes pères n’avaient pas été Romains comme je le suis, la première invasion barbare, entre le Ve et le Xe siècle, aurait fait aujourd’hui de moi une espèce d’Allemand ou de Norvégien.

Je suis Romain, parce que, n’était ma romanité tutélaire, la seconde invasion barbare, qui eut lieu au XVIe siècle, l’invasion protestante, aurait tiré de moi une espèce de Suisse.

Je suis Romain dès que j’abonde en mon être historique, intellectuel et moral. Je suis Romain parce que si je ne l’étais pas je n’aurais à peu près plus rien de français.

extrait de Le Dilemme de Marc Sangnier

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Effets du libéralisme

Au carrefour de l’histoire où elle est parvenue, la France incertaine et divisée doit choisir. Nous avons dépassé le terme de ce que l’on peut appeler l’ère heureuse de la décadence. Le laisser aller, l’improvisation, le désordre ont épuisé leur crédit sur les générations à venir ; les sursis accordés aux fautes des hommes par la lente justice de l’histoire sont venus à expiration. Ce sont les Français d’aujourd’hui, ceux qui sont parvenus, ceux qui parviennent à l’âge d’homme, qui paieront dans peu d’années ou de mois le prix des fautes commises, s’ils ne savent pas y parer. Quand la vie nationale est menacée dans ses sources mêmes, elle ne se sauve plus que par le sursaut qui s’attaque aux principes du mal. Dès maintenant, il n’est plus permis de choisir entre la facilité et l’effort, entre la mollesse insidieuse des déclins tranquilles et les dures reconstructions. Si nous ne choisissons pas de réagir et de renaître, il nous faut choisir de sombrer dans la guerre civile et dans l’invasion. La situation de l’Europe, la misère présente, la guerre possible, nous annoncent que l’abaissement de la France ne serait pas paisible. De telles menaces doivent nous remplir d’espérance et de courage : puisque l’époque de l’inaction et de la douceur de vivre est passée, faisons en sorte que la rudesse de ce temps soit féconde ; les efforts, les risques de la renaissance ne sont pas plus grands, ils sont plus beaux que ceux de l’agonie.

Nous ne sommes plus, du reste, au temps où la solidité des biens, la rareté des échanges, la spécialisation des activités mettaient une grande partie de la nation à l’abri des malheurs publics. Nous ne sommes plus au temps où une crise ne frappait qu’une industrie, où une défaite ne frappait que les armées, où les grandes catastrophes n’atteignaient la nation que dans telle de ses classes ou de ses provinces. Les formes nouvelles de l’économie et de la guerre rendent les intérêts particuliers plus solidaires que jamais de l’intérêt général. Ce qui menace la France menace d’abord chaque Français dans ses plus personnelles espérances et dans sa liberté la plus secrète, dans son indépendance et dans sa vie. Le monde où nous vivons ne nous fera pas grâce : nous devons ou le changer ou périr.

Il n’est plus possible de choisir l’État et l’individu, l’intérêt des particuliers et l’intérêt général. Sans doute, ils sont l’un à l’autre étrangers et antagonistes, et l’un contre l’autre il faut les défendre. Nous voyons aujourd’hui les féodalités économiques de la finance et des trusts imposer à l’individu la domination la plus despotique dans le même temps qu’elles dissocient l’État et l’affaiblissent. Ce qui affaiblit l’État ne libère point les individus, ce qui contraint les individus n’accroît pas la solidité et la grandeur de l’État. Les événements montrent aux défenseurs de l’ordre et aux défenseurs de la liberté, si longtemps opposés, que leur cause est commune. L’autorité doit lutter contre les tyrannies usurpatrices. La liberté a besoin d’ordre. Créons la nouvelle société qui saura les unir.

Le libéralisme démocratique abandonne la puissance aux ambitieux les plus habiles ou aux fonctions les plus nombreuses. Le libéralisme économique abandonne la puissance aux aventuriers d’affaires et aux financiers bien pourvus ; et les usurpateurs de la puissance économique, et les usurpateurs de la puissance politique échangent les subsides, les services et les protections. Ainsi une société qui devrait avoir pour loi suprême le bien commun de ses membres est soumise à tous les caprices de l’opinion et de la réussite, abandonnées au double hasard de la concurrence et de la compétition. Une société qui devrait avoir pour but de donner la paix aux hommes qui la composent n’est plus qu’un vaste champ de bataille, où les meilleurs ne triomphent presque jamais. Lutte des partis, lutte des classes : le jour viendra où il apparaîtra inconcevable qu’une société ait pu tolérer ces conflits abominables - que dis je ? Les tolérer : en vivre, et les justifier. Or, qu’on le remarque bien : que ces luttes restent indécises, ou que triomphe une des forces en présence, le désordre reste le même. La tyrannie n’est que la conclusion tirée de l’anarchie par les plus nombreux ou par les plus forts – et celle du nombre, et celle de l’argent sont de toutes les plus barbares. L’anarchie et la tyrannie ne sont que les fruits naturels d’une société qui trahit sa mission et laisse ses membres livrés à eux mêmes. L’état présent de notre pays et du monde vérifie durement les jugements de l’intelligence, et nous rappelle que, politiquement et socialement, l’anarchie et la tyrannie ne font qu’un.

Politiquement et socialement : là encore, y a-t-il deux problèmes ? Longtemps, on a pu le croire et l’on voit encore aujourd’hui de prétendus « défenseurs de l’ordre » en politique qui se font, en économie, les apologistes du désordre. Rien n’est plus ridicule que de voir les mêmes hommes affirmer qu’il est néfaste de laisser l’homme livré à lui-même politiquement, et qu’il est bon et salutaire de le laisser livré à lui-même dans son activité économique. Qu’on le veuille ou non, l’ordre politique, l’ordre économique et social sont solidaires. L’ordre économique sans l’ordre politique est impossible, puisque nulle force ne l’impose. L’ordre politique sans l’ordre économique et social est despotique, puisqu’il n’est que la force mise au service des privilèges et des abus. Assez de ces hypocrites défenseurs de l’ordre politique, qui plaident pour le désordre en économie, et ne voient dans l’ordre politique que le moyen de perturber une anarchie sociale qui fait leurs profits et leur puissance.

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Créer l'ordre sans détruire la liberté

Le problème de l’Etat et celui de l’individu, le problème de la liberté et le problème de l’ordre, le problème politique et le problème social doivent être résolus en même temps. Gardons nous de simplifier. La Russie soviétique a soulevé dans des millions d’hommes l’espoir d’une société harmonieuse et de la libération humaine. Mais en confisquant à l’homme le domaine autonome et sacré de son activité personnelle, elle ne fait que le livrer sans recours à la tyrannie collective, et rétablit, au profit d’une nouvelle caste de bureaucrates, de partisans et de techniciens élevée sur les débris des anciennes élites exterminées, le pouvoir sans contrôle et la vieille servitude humaine dont elle avait fait entrevoir la fin. D’autres nations croient venir à bout des divisions dont périt la société moderne en pliant l’activité de chacun au contrôle absolu de l’Etat autoritaire et en imposant à tous, patrons et ouvriers, riches et pauvres, le service de la communauté et la dictature de l’intérêt général. Est-ce cela que nous voulons ? Que les défenseurs de tels régimes prétendent avoir éliminé toute opposition n’est pas ce qui nous rassure. L’unanimité dont ils se réclament leur permet d’exclure de leur communauté, de condamner comme des criminels d’exception et de vouer à une véritable mort civile tous ceux qui ne leur apportent pas une adhésion active et un concours effectif. Nous ne voulons pas d’une France où les citoyens n’auraient d’autre garantie de vie et de liberté que leur conformité au sentiment de la masse. La domination du nombre organisé et militarisé n’en est pas moins la domination du nombre : la cohésion de la nation nouvelle, que nous voulons construire, ne doit pas être imposée, par la suggestion ou par la force ; elle sera dans l’équilibre, dans le respect des droits et des intérêts de chacun. Il est trop facile de créer l’ordre par la destruction de la liberté, l’autorité par un pouvoir unique et sans contrôle. Il est plus malaisé d’imaginer un pouvoir capable d’assurer l’ordre économique et l’ordre politique sans brimer l’indépendance et l’initiative de chacun. Tâche délicate, que seul peut remplir un régime délivré de la démocratie. Ou la démocratie est divisée, et son pouvoir est faible. Ou, pour être forte, elle est unanime, et cette unanimité ne peut être obtenue que par la violence ou le mythe. Ces difficultés sont dépassées du jour où l’on a compris que les citoyens ont besoin non de régir en maîtres - en maîtres bernés et dupés – l’activité publique, mais d’exercer dans la sécurité et la liberté leur activité privée non de souveraineté, mais d’indépendance ; non d’exercer le pouvoir, mais d’informer le pouvoir de leurs besoins, et d’être protégés contre ses abus.

Une des grandeurs de la monarchie est de ne point céder à la rage d’unification qui sévit dans tous les régimes autoritaires, d’opposer à l’absurde monisme social qui fait que tout émane de l’Etat ou tout des individus le sage dualisme qui sépare les individus et l’Etat dans leur rôle, et restitue chacun à ses justes fonctions. Le citoyen, pour être libre, n’a pas besoin de s’identifier à l’Etat ; l’Etat, pour être fort, n’a pas besoin d’anéantir les libertés civiles. L’ordre social véritable exige avec la même rigueur des individus prémunis contre l’incohérence et l’impéritie du suffrage. Seule, la monarchie, indépendante du suffrage, peut réaliser l’apparent miracle du citoyen libre dans l’Etat souverain.

Les Français […] comprendront-ils que l’autorité doit être placée assez haut pour que les tyrannies particulières ne puissent plus la duper, la maîtriser, et la corrompre ? Comprendront-ils que la liberté véritable, celle qui n’est point enfermée dans un bulletin abstrait et sans pouvoir, celle qui est dans l’activité sociale et personnelle quotidienne, dans la pensée, dans les foyers, dans la disposition intégrale des instruments et des produits du travail, celle qui est approuvée et vécue tous les jours, ne peut-être vraiment garantie et sauvée que par cette autorité-là ?

Le cruel déséquilibre d’aujourd’hui nous astreint à chercher dans une formule nouvelle le difficile accord des intérêts, de la dignité, de la liberté de chacun avec l’ordre et le bien publics. Songeons qu’il y a dans chaque homme une part que l’homme entend garder pour lui-même et qu’il refuse légitimement au dévouement collectif. Songeons qu’il y a dans le gouvernement de toute société humaine une part qui échappe, par la grandeur des intérêts, la subtilité des moyens, l’ampleur des prévisions, aux possibilités, aux capacités d’un homme privé. Saurons-nous renoncer, une fois pour toutes, à imposer à ce qui est de droit individuel les exigences collectives, à ce qui est collectif par nature l’égoïsme ou l’aveuglement, les contradictions des individus ? Une formule se propose d’elle même, semble-t-il, à l’esprit : celle d’un Etat assez personnel pour échapper à la foule sans prévision et sans mémoire, pour apporter à la gestion de l’intérêt public les vertus individuelles de responsabilité et de liberté ; celle d’un Chef, mais d’un Chef que son intérêt le plus haut, sa formation, sa fonction égalent à la collectivité elle-même au point que les deux destins se confondent. D’un chef dont l’intérêt personnel se perde assez exactement dans l’intérêt général pour qu’il puisse reprendre la formule du désintéressement politique suprême : l’Etat, c’est moi. Il faut que ce Chef ne puisse être un aventurier ambitieux, ou le favori d’une foule, ou le représentant d’une classe. A cette condition il pourra être […] comme l’exige la plénitude de son rôle, le Protecteur de son peuple et l’arbitre entre les forces qui s’y affrontent. Il faut que nul - parti politique ou féodalité financière - ne puisse lui poser la question des grands vassaux à la monarchie naissante : qui t’a fait roi ? Il faut qu’il soit assez indépendant de toutes les forces du pays ou de l’étranger pour ne devoir à aucune de ces forces reconnaissance ou obéissance. Il faut qu’il soit assez haut au-dessus de tous les intérêts pour n’en servir aucun. La véritable dignité, la véritable efficacité, la véritable humanité du pouvoir suprême ne sont que dans la monarchie.

Dans la monarchie seule se concilient, se fondent et sont pareillement utilisées au bien commun, les activités de l’individu, ailleurs tournés contre l’Etat, et les forces de la collectivité, ailleurs toutes portées à opprimer l’individu. Dans la monarchie seule, l’autonomie, l’ingéniosité, la responsabilité d’une action personnelle peuvent jouer naturellement dans l’intérêt de tous. Dans la monarchie seule, ce qu’il y a dans un être humain de plus intelligent, de plus souple, de plus libre coïncide avec ce qui a dans une collectivité humaine le plus de stabilité, de solidité, de permanence. Le Roi est rattaché à son peuple par la double chaîne de son ascendance et de sa descendance, également solidaires de tous les moments de la patrie et, tandis que ce peuple se soucie surtout de sa condition actuelle, le Roi se souvient et prévoit. Le miracle de la Monarchie est dans l’admirable coïncidence qu’elle établit non seulement entre l’Homme et l’Etat, mais entre l’Homme et l’Histoire, c’est-à-dire entre l’Homme et la réalité profonde et permanente de la nation. Ainsi, pour ceux que le mot de démocratie charme encore, le Roi se trouve être l’élu d’une sorte de Démocratie idéale, celle où le destin de la nation ne coïncide plus avec l’opinion momentanée d’une génération passagère, celle où le Souverain, porté comme à la pointe des siècles, en appelle du présent à l’avenir et au passé, et bénéficie à la fois du suffrage des Français à naître et du consentement des morts.

Admirable synthèse, - et sans doute la seule possible - du personnel et du collectif, de l’autorité et des libertés, de la tradition et du progrès nécessaire, la monarchie s’oppose ainsi aux divisions de notre temps non comme la domination d’une majorité ou d’une caste, mais comme la plus haute expression des intérêts communs de la nation et l’arbitre de ses intérêts antagonistes ; non comme le gouvernement d’une opinion ou d’une heure, mais comme le plus haut symbole d’une réalité nationale historique dans tous les moments de sa durée. Etant humaine, elle est comme toute institution imparfaite et faillible : en elle ne se trouvent pas moins réunies les dernières chances du peuple opprimé, de la liberté menacée et de la patrie en péril. C’est pour nous assez d’espérances.

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