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Camelots du Roi

Lorsque l’Action Française commença à paraître, en mars 1908, des jeunes gens décidèrent de le vendre à la criée. Un journaliste les appela par dérision "les camelots du Roi". Les jeunes militants d’AF relevèrent le défi et adoptèrent cette appellation.

La vente du journal à la criée, depuis lors, a toujours été la tâche essentielle des Camelots du Roi. Elle contribue à la diffusion des idées royalistes dans le grand public, mais elle est aussi l’école du militantisme. C’est en vendant le journal que le propagandiste apprend à affronter l’adversaire, à discuter avec le sympathisant, à s’astreindre à une discipline librement consentie.

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L'affaire Thalamas

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

Du 2 décembre 1908 au 17 février 1909, se développe "l’affaire Thalamas", du nom d’un professeur du lycée Charlemagne qui avait insulté la mémoire de Jeanne d’Arc devant ses élèves et qui a été chargé de donner une série de cours à la Sorbonne sur La pédagogie de l’Histoire. C’en est trop pour l’Action française qui chaque mercredi – jour où officie Thalamas – appelle à manifester contre le professeur indigne :

* lors du premier cours, le 2 décembre 1908, étudiants et camelots envahissent l’amphithéâtre Michelet et mènent un tapage d’enfer. Maxime Real del Sarte inflige à Thalamas une paire de gifles. Celui-ci s’enfuit ; les jeunes gens quittent la salle, se répandent sur le boulevard Saint-Michel, rompent les barrages de la police, franchissent la Seine, et arrivent à la statue de Jeanne d’Arc, où ils déposent une gerbe de fleurs

* Les 9 et 16 décembre, même manifestations

* Le 23, voulant réhabiliter Jeanne d’Arc, Maurice Pujo a entrepris de lui consacrer un cours libre en pleine Sorbonne, au sein de l’amphithéâtre Guizot et trace devant ses auditeurs un tableau historique. Il compare ainsi l’état de la France au XVe siècle avec celui de son temps

* Le 17 février, les camelots se sont enfermés dans la Sorbonne et, à l’heure du cours de Thalamas, ils pénètrent dans son amphithéâtre. Ils étendent l’insulteur de Jeanne d’Arc sur la chaire, relèvent sa redingote et lui administrent une fessée mémorable. Il n’y aura pas d’autre cours de "pédagogie de l’Histoire"...

Toutes ces actions, et bien d’autres, se soldent par de nombreuses arrestations et condamnations par des magistrats qui ne manifestent aucune mansuétude à l’égard des camelots.

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Les inondations de 1910

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

Lors des grandes inondations de 1910 l’imprévoyance gouvernemental était à son comble. Tandis que l’eau submergeait de nombreux quartiers parisiens et la banlieue de Javel, Grenelle, Clichy, Alfortville, Neuilly, Gennevilliers, Asnières, Levallois, Issy, Athis-Mons Mons ou encore Vigneux, les habitants de ces lieux se trouvaient désemparés et souvent sans le moindre secours.

C’est alors que la Fédération Nationale des Camelots du Roi, d’à peine deux ans d’existence, fit face avec ses humbles moyens. Sans attendre, les volontaires royalistes affluèrent pour se mettre à disposition et organiser les secours : ravitaillements en nourriture, charbon et autres, aides, consolations et soupes populaires, rondes en canot contre les pillards.

La jalousie républicaine frappa dans le dos, en agressant ces volontaires, en divers endroits comme à Grenelle et Yssy les Moulineaux. Ces actes scandaleux apportèrent le soutient des plus récalcitrants de la population envers ces royalistes, et rien n’arrêta leur détermination dans l’aide envers leurs concitoyens. A Grenelle et Javel, les Camelots pénétraient dans les réduits les plus escarpés pour apporter la subsistance aux ouvriers, tandis que les étudiants royalistes en médecine prodiguaient soins et consolation. Dans d’autres endroits comme l’ile de Jatte (Neuilly), les habitants dans la boue, étaient dans une misère épouvantable, seulement nourris de promesses gouvernementales. Les Camelots travaillèrent, sans répit pour y apporter le nécessaire. Rien qu’à Yssy les Moulineaux, la soupe populaire d’Action Française, apporta 1000 repas par jour et pendant 15 jours, apportant des subsistances régulières à 172 familles (822 personnes)...

Les quelques automobiles disponibles servaient au ravitaillement. Les radeaux étaient construits par le Camelot menuisier Lacour et plusieurs maisons sympathisantes apportaient leur aide. De tout part, les royalistes se mobilisaient pour les collectes de chaussures et vêtements. Les aides étaient délicatement apportés sans tapage politique.

Il suffit encore pour s’en convaincre de voir les lettres de remerciements, comme celle d’un ouvrier de Vigneux :"Ce qui nous a le plus touchés, c’est qu’ils (les camelots) n’ont pas voulu profiter de la situation : ils se sont tus"... Pour finir, les Camelots décidèrent de créer un bien durable et s’organisèrent pour reconstruire des logements au nord de Vigneux, sur une grande plaine à Villeneuve St Georges, à l’endroit où Clémenceau et Briand, avait fait verser le sang des ouvriers terrassiers grévistes en 1908, en envoyant les cuirassiers."Là où la République a versé le sang ouvrier, les royalistes reconstruiront les foyers...Ce symbole suffira" disaient les Camelots.

Plusieurs sociétés sympathisantes se mobilisèrent à l’appel des royalistes et le matériel arriva, des architectes fournirent l’aide gratuite et les Camelots la main d’œuvre de l’aube à la nuit. Le 17 février, on commençait les constructions et le 20 avril, 25 maisons étaient prêtes, d’autres furent réparés et certaines transportés vers des lieux plus propices, la boue étant partout. Les femmes royalistes veillèrent à ce que rien ne manqua aux foyers reconstruits, comme le mobilier et y apportèrent tous les soins nécessaires par des visites régulières. Une petite image de Jeanne d’Arc, déposé sur chaque maison, fut la seule signature des Camelots du Roi.

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La reconstitution après la guerre et les années 20

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

Les années de guerre virent les Camelots mobilisés ou engagés volontaires quand leur jeune âge les écartait de la mobilisation immédiate. Au front, ils firent preuve du même courage que dans les combats de la rue. Le lourd tribut payé par leurs vies en témoigne : 80% des Camelots du Roi tombent au champs d’honneur. Sur 15 secrétaires généraux des étudiants d’avant-guerre, 13 trouvent la mort.

Après la victoire, les rangs des Camelots, comme ceux de la Ligue, étaient clairsemés. Il fallait refaire une organisation recruter et reformer. Cela fut fait et la première grande manifestation d’après-guerre fut la fête de Jeanne d’Arc, le 19 mai 1919. Une colonne de trois kilomètres rassemblait vingt-cinq associations et la Préfecture de Police avait mis en place un important service d’ordre.

Le 8 mai 1921 est une date précieuse, marquée aux annales nationales : C’est la première fois, un demi-millénaire après avoir dû son Salut à Jeanne d’Arc, que la France la fêtait légalement et solennellement.

Dans les années 20, la république a les pieds dans le sang : le 24 novembre 1923, c’est Philippe Daudet (fils de Léon Daudet) qui est assassiné et le 24 décembre Germaine Berton est curieusement acquittée du meurtre de Marius Plateau. En 1925, des catholiques de Marseille et des jeunes patriotes, rue Damrémont, sont abbatus.

1925, c’est aussi l’année de la fameuse lettre de Charles Maurras à Abraham Shrameck, ministre de l’Intérieur, lettre qui fit, par sa menace précise, cesser pour un temps les assassinats de patriotes : deux ans de prison pour son auteur... Et puis, pour les Étudiants Camelots, c’est encore une année de bataille au quartier Latin, quand François-Albert, ministre de l’Instruction Publique, nomme Georges Scelle pour le cours de droit international public à la place du professeur Le Fur, régulièrement désigné.

Georges Calzant mène l’attaque contre Scelle, qui doit s’enfuir. Pendant des semaines, on assiste à la répétition des évènements Thalamas. Les étudiants d’AF sortent vainqueurs des batailles, manifestations et cortèges ; le 1er avril, ce sont 5 000 étudiants qui manifestent ; le 2 avril la grève générale des étudiants remporte un succès éclatant et 15 000 étudiants défilent. La grève s’étend à toutes les villes universitaires. Pour l’honneur de l’université, le Sénat et la Chambre mettent en minorité François-Albert. Le ministère est renversé ! Le 11 avril, Georges Scelle remettra enfin sa démission. Les étudiants d’AF et les Camelots ont une fois de plus gagné la partie.

En 1925, encore, la fête de Jeanne d’Arc est exemplaire : le Cartel des gauches prétendait interdire le cortège traditionnel des patriotes : le 29 avril on apprenait l’interdiction. Le soir même, Maurice Pujo profitant de la grande réunion d’AF à Luna Park, lit au milieu de 20 000 personnes une déclaration annonçant que le 10 mai, à 10 heures du matin, les patriotes formeraient malgré tout le cortège traditionnel. Les jours suivants, Abraham Schrameck maintient l’interdiction. Le 10 mai, Paris est en État de siège avec un formidable déploiement de police. La place Saint-Augustin, point de départ du cortège traditionnel est complètement entourée. Une colonne de 1200 étudiants et Camelots réussit à passer, au pas cadencé, dans un ordre impeccable. Le barrage du boulevard Malesherbes est enfoncé et, à 10h40, la colonne dépose ses couronnes place des pyramides. le défilé, immense se poursuit jusqu’à 13 heures : les chefs de la police ont abandonné !

L’année 1926 est celle des grandes réunions d’AF : Nantes le 8 mars avec des milliers de participants ; Strasbourg le 27 juin avec 10 000 personnes ; Nîmes le 11 juillet, 35 000 personnes ; le Mont des Alouettes, le 25 juillet, avec 60 000 participants.

Ces immenses rassemblements qui disaient la force de l’Action française, le dégoût des Français pour la république, n’avaient pu se tenir que grâce au service d’ordre discipliné et énergiques des Camelots qui mirent bon ordre aux contre-manifestations organisées chaque fois par la gauche et par... la Sûreté générale.

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L'esprit Camelot : la Poldévie

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

À Paris en mars 1929, des députés de gauche reçurent un appel leur demandant d’intervenir en faveur des malheureux Poldèves opprimés. La capitale du pays s’appelait Cherchella ; la lettre était signée : Lineczi Stantoff et Lamidaëff. Derrière ces patronymes pseudo-slaves on pouvait lire à voix haute : « l’inexistant » et « l’ami d’A. F. », l’instigateur de cette mystification étant Alain Mellet, journaliste et membre de L’Action française.

Le canular débuta le 18 mars 1929 par l’envoi d’une lettre ronéotypée dont voici le contenu :

« Honoré Monsieur le Député,

C’est un cri à votre pitié et à votre justice que nous faisons entendre en vous suppliant de laisser toute votre attention sur les choses qui suivent.

En plein XXe siècle de lumière et de Droit, près de cent milles infortunés poldèves, esclaves modernes, halètent sous le joug de quelques dizaines de grands propriétaires terriens.

Femmes, vieillards, enfants (parce que les hommes travaillent dans les usines et dans les entreprises agricoles d’autres pays) mènent une vie misérable de bête. Aucun secours pour eux si la délivrance ne vient pas de la conscience mondiale que nous venons chercher dans votre cœur !

Certainement, nous ne sommes pas les amis des républiques soviétiques, surtout l’Ukraine par qui nous avons eu trop de souffrances, mais un pareil état de vie ne serait pas possible chez eux depuis la révolution.

Donc, honoré Monsieur le député, nous venons vous dire : aidez-nous ! Nous ne demandons par le plus petit secours en argent, mais seulement votre éminent appui moral par une lettre pour notre dossier que nous voulons présenter le mois prochain à la troisième sous-commission de la commission des droits des minorités de la Société des Nations.

Dans ce commencement de XXe siècle qui a vu éclater grandiosement le triomphe de la paix perpétuelle et de la fraternité à toujours, il faut effacer les dernières tâches immondes. La France de 1793, qui avec son glaive flamboyant a piétiné les tyrans et les rois, peut nous arracher entre les griffes des grands propriétaires affamés de sang poldèves !

Oh ! Merci, Honoré Monsieur le Député, pour votre réponse qui ira à Genève avec celle des autres collègues du parlement de la grande France de la révolution !

Pour le Comité de Défense Poldèves :

Lyneczi Stantoff

Lamidaëff »

À ce premier courrier, seuls quatre députés répondirent.Alain Mellet et ses comparses décidèrent d’envoyer une seconde missive, plus émouvante encore :

« Honoré Monsieur le Député,

Quinze jours déjà nous avions cru permis de frapper à votre conscience pour protestation contre les infamies que souffre la nation Poldève. Hélas ! Les événements ont marché ! Marché ! La révolte se fait dans deux districts déjà. Alors, pour reprézailles, la bourse du travail de Tchercherlla a été incendiée par des sanguinaires comme les fascistes d’Italie. Un cent de nos pauvres frères esclaves ont vu la mort, transpercé par la soldatesque des grands bourreaux propriétaires terriens. Il y a des filles qui ont vu la violation. Et tout cela sans jugement ! Sans jugement ! En France, quelle est l’agence de nouvelle qui a dit ces choses ? La France du refuge des proscrits paraît sous le joug méchant du parti de réaction.

Notre peuple n’est pourtant pas un inconnu pour la grande France de jadis ! Rappelez-vous des lettres de Voltaire à Constance Nepuska... C’est sous la conscience élevée du grand penseur, toujours pour les petits contre les grands, que nous plaçons notre détresse. Ah ! Nous sommes vraiment abandonnés. L’Evêque poldève n’a rien fait du tout, on dirait qu’il n’existe pas ! Seuls les honorés collègues Planche, Boutet, Chouffet, et Cazals ont répondu à notre première lettre : qu’ils sont bons ! Et comme nous leur prouverons bientôt notre reconnaissance ! Mais quatre c’est trop peu pour enreyer le sang qui coule ! De grâce, aidez-nous ! Sauvez-nous !

De grâce ! Nous traînons vos pieds à notre malheur ! Nous ne demandons pas le plus petit secours en argent. Mais, vite envoyez-nous la protestation pour notre dossier pour la troisième sous-commission de la commission du droit des minorités de la Société des Nations !

Il faut tarir l’écoulement du sang poldève !

MERCI ! MERCI !

Pour le comité de défense poldève :

Lyneczi Stantoff

Lamidaëff

Adresser les réponses à L. Stantoff, etc. »

Cinq députés répondirent et d’autres demandèrent de la documentation...

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L'affaire Stavisky et le 6 février 34

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

À la fin de 1933, la France est en crise : crise économique venue d’outre-Atlantique, qui ronge le tissu social du pays, mais aussi crise politique, conséquence d’un système parlementaire facteur d’instabilité ministérielle ; crise morale révélée par les multiples scandales qui éclaboussent régulièrement la classe politique de la IIIe République.

C’est dans ce contexte lourd d’inquiétudes et de menaces que, le 24 décembre 1933, un article de presse évoque une affaire d’escroquerie découverte à Bayonne et l’arrestation du directeur du crédit municipal de cette même ville, coupable d’avoir émis de faux bons pour des sommes très importantes. Que cet article paraisse dans le quotidien monarchiste L’Action Française semble fort logique : après tout, ce journal n’a de cesse de dénoncer toutes les “affaires” de la république pour mieux la décrédibiliser aux yeux d’une opinion publique pas encore totalement blasée.

En quelques jours, « le scandale de Bayonne » prend des proportions inquiétantes pour le monde parlementaire. Chaque jour amène son lot de révélations, et la liste des escrocs et des corrompus s’allonge. C’est l’Action française qui reçoit de nouveaux documents compromettants pour quelques personnalités politiques, et se fait un devoir et un plaisir de les publier. Ainsi reproduit-elle les lettres d’un ministre, Dalimier, conseillant de se procurer les fameux bons du Crédit municipal de Bayonne, et met-elle en cause le magistrat Pressard, beau-frère du président du Conseil du moment, Camille Chautemps : les premiers numéros de l’A.F. du mois de janvier 1934 fourmillent d’accusations et d’explications sur la vaste escroquerie mise en place par un certain Alexandre Stavisky, en fuite depuis Noël.

Le gouvernement essaie de noyer l’affaire mais c’est sans compter l’AF et les Camelots. Dès le 9 janvier, la Chambre est assiégée par le peuple de Paris mené par les Camelots. Tous les jours, les manifestants sont plus nombreux que la veille et la police de plus en plus nerveuse n’arrive pas à avoir le dessus. Le 27 janvier, le ministère Chautemps s’effondre dans la boue et le sang. Daladier lui succède et présente son ministère le 6 février devant la Chambre. Les patriotes se massent place de la Concorde, aux Champs-Elysées, aux Invalides, au quartier Latin, à l’Hôtel de Ville. Les Camelots du Roi sont partout, il y a aussi les J.P, les Croix de Feu, la Solidarité française, les association d’anciens combattants.

La foule menace le pont de la Concorde. Les cavaliers de la Garde chargent mais doivent faire demi-tour ; la police à pied prend leur place, les manifestants qu’elle peut entraîner et arrêter sont frappés à coups de matraque, blessés et couverts de sang. La foule arrête un bus et le brûle ; les pompiers arrivent et dirigent leurs jets contre la foule qui s’empare des lances et les retourne alors contre eux. Le barrage du pont va être emporté ; alors sans aucune sommation, les fusils-mitrailleurs se mettent à crépiter, des hommes tombent, la foule continue à avancer. Une charge de cavalerie l’arrête, aucun coup de feu n’est parti des manifestants.

Jusqu’à une heure avancée de la nuit, les charges se succèdent, comme les coups de feu.

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L'affaire Delavault

mercredi 28 décembre 2016 , par Action Française

En 1989, en France, on commémore la révolution. "On commémore" signifie qu’on fait, à la mode française actuelle, assaut de niaiserie et qu’on donne de cette période historique pour le moins sanglante l’image d’un un conte pour enfant. Les camelots du roi, qui n’ont rien oublié des massacres de septembre ou du 10 août 1792, entendent rappeler certains artistes à plus de décence.

Vendredi 6 janvier au soir. Au théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, Jean-Noël Jeanneney, le patron du Bicentenaire, exulte. Sur scène, une diva rouge encore mal connue du grand public, Hélène Delavault, entonne l’immortelle Carmagnole. Brusquement un groupe d’inconnus débouche dans la salle. Certains d’entre-eux foncent vers la scène.

Les notes du chant révolutionnaire s’étranglent dans la gorge de la chanteuse, se muent en vocalise suraiguë. Le spectacle adopte une tournure surréaliste, pas déplaisante, dit-on. Certains des agresseurs déversent sur la tête de l’artiste de la colle et du bleu de méthylène, un colorant inoffensif. Des cris fusent : "Vive le Roi". Des gaz lacrymogènes font pleurer Margot et les sabots d’Hélène son crottés pour de bon. Les assaillants se retirent aussi promptement qu’ils sont arrivés. Pas un seul d’entre-eux n’a été pris.

Est-ce le succès de l’opération ? Ses liens d’amitié particuliers avec la chanteuse grand standing de la Révolution ? La présence de Jeanneney ? Le besoin de rehausser l’image de marque d’un Bicentenaire de plus en plus bidon ? Sans doute cela a-t-il joué dans la réaction de Pierre Joxe. De ce qui n’était qu’un chahut, aussi bien mené fût-il, le ministre de l’Intérieur, en décrétant sans peur du ridicule "la République en danger", allait faire une affaire. Avec d’ailleurs le soutien actif de François Mitterrand, toujours heureux de pouvoir s’ériger en garant de la moralité d’État.

Le jeudi 13, soit moins d’une semaine après les faits, une rafle géante frappait les royalistes. Près de 150 policiers, distraits de leurs tâches habituelles, participaient au coup de filet. Appartenant à la Brigade d Répression du Banditisme, à la Section Anti-Terroristes ou aux mœurs, les meilleurs limiers du régime ramenaient en fin de compte de leur chasse une trentaine de militants royalistes et nationalistes notoires, cueillis chez eux au petit matin. S’ensuivit une série d’interrogatoires menés à la va comme je te pousse, au petit bonheur la chance, lesdits limiers ignorant manifestement tout du mouvement royaliste.

Au bout de quarante-huit heures, on avait serré trois de nos militants. un de nos militants, vingt-deux ans, avait été isolé de ses camarades dès le début des interrogatoires. Soumis à une pression morale intense, il avoua avoir fait le guet au soir du 6 janvier. Philippe et Giovanni Castelluccio, vingt-sept ans, s’étaient vu promettre la liberté le soir-même s’ils admettaient leur participation à ce que les policiers feignaient eux-même de considérer comme chahut sans importance - ce qui était le cas, en effet. On les avait en outre menacés d’incarcérer leur mère pour faux témoignage, si l’envie leur prenait de résister aux sollicitations de leurs interlocuteurs.

Dûment inculpés de violences et de voies de fait avec préméditation (ils échappaient aux coups et blessures, la diva socialiste, soi-disant odieusement brutalisée, n’étant pas parvenue à obtenir des médecins le moindre jour d’arrêt de travail), nos trois amis furent incarcérés à Fresnes. Ils allaient y passer près de deux mois.

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