[Acte du colloque ] Le maurrassisme et la culture L’Action française Culture, société, politique (III)

18 juin 2010

Le maurrassisme et la culture L’Action française Culture, société, politique (III) Olivier Dard, Michel Leymarie, Neil McWilliam (éds) Collection : Histoire et civilisations (Editions du septentrion) 370 pages, format 16x24, 2010 ISBN : 978-2-7574-0147-7 Ref : 1216 Prix 26,00 € Présentation du livre L’Action française a de multiples facettes et le maurrassisme dépasse la personne [...]


Le maurrassisme et la culture

L’Action française Culture, société, politique (III)

Olivier Dard, Michel Leymarie, Neil McWilliam (éds)

Collection : Histoire et civilisations (Editions du septentrion)
370 pages, format 16x24, 2010
ISBN : 978-2-7574-0147-7
Ref : 1216

Prix 26,00 €
Présentation du livre

L’Action française a de multiples facettes et le maurrassisme dépasse la personne et l’œuvre propre de Charles Maurras. Après une première série d’études sur les héritages, les milieux sociaux ou religieux, les cas régionaux et les vecteurs de diffusion du mouvement (L’Action française. Culture, société, politique, Septentrion, 2008), une deuxième rencontre a explicité les relations du doctrinaire avec ses interlocuteurs étrangers ainsi que la réception et les usages du maurrassisme hors de France (Charles Maurras et l’étranger. L’étranger et Charles Maurras, Peter Lang, 2009).
Ce troisième ensemble est plus spécifiquement consacré au maurrassisme et à la culture, aux liens entre politique, philosophie et esthétique. En effet, à l’Action française, le projet culturel est central. Fondé sur un corpus d’idées puisées dans des registres variés et diffusées selon des modalités diverses, porté par des individus ou des acteurs collectifs, bénéficiant d’appuis et de relais, le maurrassisme est un objet pluriel qui relève d’une histoire à la fois politique, sociale et culturelle. Son étude requiert, comme c’est le cas ici, les analyses menées en commun par des spécialistes français et étrangers, venus de diverses disciplines.
Les succès indéniables que rencontre l’Action française dans le domaine culturel conduisent à s’interroger, en retour, sur l’originalité des thèmes avancés par les maurrassiens et sur les résultats obtenus par un mouvement fondé d’abord sur le primat du politique.

Programme du colloque

Actes du colloque Jacques Bainville 2009

22 février 2010

Issu d'un colloque organisé les 13 et 14 mai 2009 à l'université Paul Verlaine - Metz avec le soutien de la Maison des Sciences de l'Homme Lorraine ainsi que du Centre Régional Universitaire Lorrain d'Histoire et du Centre d'Etudes Germaniques Interculturelles de Lorraine, le présent volume consacré à Jacques Bainville (1879-1936) s'inscrit dans le cadre [...]

Issu d'un colloque organisé les 13 et 14 mai 2009 à l'université Paul Verlaine - Metz avec le soutien de la Maison des Sciences de l'Homme Lorraine ainsi que du Centre Régional Universitaire Lorrain d'Histoire et du Centre d'Etudes Germaniques Interculturelles de Lorraine, le présent volume consacré à Jacques Bainville (1879-1936) s'inscrit dans le cadre d'une série de publications relatives à l'Action française et à ses réceptions. Les 13 contributions de spécialistes français et étrangers qu'il regroupe ont pour objet d'analyser et de confronter les différents profils et les réceptions de cette figure de proue de l'Action française et de la Revue universelle dont différents ouvrages majeurs ont été récemment réédités. Sont ainsi examinées différentes facettes du personnage (l'historien, le journaliste économique, le géopoliticien) et différents temps forts de son activité et de son rayonnement en France (premier conflit mondial, hommage posthume). Le volume met aussi l'accent sur un aspect jusque-là largement ignoré des études bainvilliennes : sa réception à l'étranger. L'ouvrage envisage en particulier les cas allemand, américain, anglais, belge, portugais et roumain.

Contenu : Olivier Dard : Introduction - Guillaume Gros : Jacques Bainville : entre histoire et journalisme - Olivier Dard : Jacques Bainville et l'économie - Christophe Dickès : Jacques Bainville, une géopolitique française - Pierre Béhar : Bainville et la question d'Orient - Yaël Dagan : Jacques Bainville en Première Guerre mondiale - Michel Leymarie : L'Hommage de La Revue universelle à Jacques Bainville - Michel Grunewald : Jacques Bainville en Allemagne : entre réception et instrumentalisation (1930-1940) - Thomas Nicklas : Les Bavières de Jacques Bainville. L'art du possible et les possibilités de l'art en Allemagne du Sud - Jean El Gammal : Jacques Bainville et la Grande-Bretagne - William R. Keylor : « Réalisme » bainvillien et « Idéalisme » wilsonien en débat à la lumière de la politique étrangère américaine - Francis Balace : Prophète, mais en son seul pays. La réception de Jacques Bainville en Belgique - Matthieu Boisdron : Jacques Bainville et la Roumanie d'entre-deux-guerres : regards croisés - Ana Isabel Sardinha Desvignes : Jacques Bainville au temps de Salazar : traductions, lectures et usages - Michel Grunewald : Bainville en France et à l'étranger. Bilan.

Les responsables de la publication : Olivier Dard, Professeur d'histoire contemporaine à l'université Paul Verlaine - Metz et directeur du Centre Régional Universitaire Lorrain d'Histoire, auteur notamment d'ouvrages sur l'histoire des intellectuels (Jean Coutrot, relèves des années trente, Bertrand de Jouvenel, Maurras) et sur l'histoire des droites radicales (OAS, ligues, subversion, anti-subversion et contre-subversion).
Michel Grunewald, Professeur de civilisation allemande à l'université Paul Verlaine - Metz et directeur du Centre d'Etudes Germaniques Interculturelles de Lorraine, auteur notamment de publications sur la littérature allemande de l'exil, les relations franco-allemandes, les milieux intellectuels allemands, les germanistes français, Moeller van de Bruck et l'idéologie conservatrice et nationaliste.

Vous pouvez commander cet ouvrage ici

[Colloque] Conclusion des travaux

30 avril 2009

Suite à ce colloque, l'on comprend que la nécessité de réfléchir sur des oppositions apparemment faciles est compliquée car la facilité n'est ici qu'une image. Ce colloque a traité du maurrassisme en tant qu'objet historique ; celui-ci a donc été déconstruit, à propos notamment de la philosophie (il n'existerait pas de philosophie maurrassienne ?), de [...]

Suite à ce colloque, l'on comprend que la nécessité de réfléchir sur des oppositions apparemment faciles est compliquée car la facilité n'est ici qu'une image. Ce colloque a traité du maurrassisme en tant qu'objet historique ; celui-ci a donc été déconstruit, à propos notamment de la philosophie (il n'existerait pas de philosophie maurrassienne ?), de la littérature (qu'est-ce que l'artiste ?), de la métaphysique aussi. Nous nous sommes donc également demandé ce que le maurrassisme n'était pas, ainsi que les innovations de Maurras : en réalité, il n'y en a pas, car il a puisé dans le débat intellectuel de son temps.

Comment Maurras met donc en forme son projet ? Le contexte est vraiment primordial pour envisager ce personnage. Journaliste, il s'efforce de rassembler de nombreuses choses et il s'avère être très intéressant non pas tant dans ce qu'il dit que dans sa manière de le dire, mais aussi dans l'instant qu'il choisit pour parler ou écrire.

Le maurrassisme est un phénomène qui infléchit le domaine politico-intellectuel. Il y a des moments forts du maurrassisme (qui polarise, c'était alors le projet autour duquel on se déterminait) : son apogée est très certainement les années 1919-1920 dans l'hexagone. Pourtant, si l'on se déplace géographiquement, l'on remarque qu'il y a des différences fondamentales dans la temporalité des apogées. Son influence internationale a en tout cas été certaine.

La force du maurrassisme a d'abord été culturelle mais semble avoir été un échec sur le plan politique : il y a eu production d'élites qui ont eu à faire avec la culture sous différentes formes, pourtant l'Action française a peu produit de politiques et cela malgré sa volonté de « politique d'abord ». Implicitement, il y a plutôt eu un « culturel d'abord » qui semble avoir produit du politique plutôt que l'inverse. Ces deux notions sont en tout cas indissociables, et le maurrassisme semble bien être indispensable à la compréhension du domaine politico-culturel de la période qui nous a intéressée.

D'après Olivier Dard

Pour aller plus loin et obtenir un résumé d'interventions qui n'ont pas pu apparaître sur ce blog, lire le résumé écrit par Tony Kunter et disponible sur ce site internet : Maurras.net. À lire également les deux ouvrages qui sont sortis suite aux deux colloques précédents organisés sur Charles Maurras : L'Action française, culture, société, politique et Charles Maurras et l'étranger – l'Etranger et Charles Maurras (qui paraît prochainement, mais qui peut déjà être commandé). Un troisième ouvrage va paraître sur ce troisième colloque, et un quatrième colloque est en préparation pour continuer ces travaux.

[Colloque] Des maurrassiens aux prises avec le nationalisme intégral (1941-1948) : rupture résistante ou coexistence ?

29 avril 2009

Cette question a été maintes fois posée : Vichy était il un fruit de l'Action française ? Beaucoup de maurrassiens étaient certes du côté de Vichy, mais beaucoup étaient également dans la Résistance – comme De Gaulle. Beaucoup de Français pensaient ainsi que Pétain préparait la résistance et le contre-attaque ; voilà la grille de [...]

Cette question a été maintes fois posée : Vichy était il un fruit de l'Action française ? Beaucoup de maurrassiens étaient certes du côté de Vichy, mais beaucoup étaient également dans la Résistance – comme De Gaulle.

Beaucoup de Français pensaient ainsi que Pétain préparait la résistance et le contre-attaque ; voilà la grille de lecture adoptée par de nombreux maurrassiens pour considérer l'attitude de Maurras à cette époque. Si, en zone occupée, l'Action française était interdite, beaucoup d'ouvrages clandestins ont paru, dont le journal Entre nous, la France seule qui fait passer quelques articles de Charles Maurras. De plus, depuis juillet 1940, l'Action française appelle à la revanche et ne loue pas le régime bien qu'il appelle à le soutenir.

Toutefois, en 1942, le discours de Maurras apparaît pour ce qu'il est : des royalistes vont rompre avec celui-ci car ils savent que le maurrassisme est alors incompatible avec leur combat. Une Nouvelle Action française ayant pour devise « non possumus » sort alors : il y a volonté d'une complète unité, certains articles pouvant même être écrits par des communistes.

Maurras et Pujo, après la guerre, sont accusés d'intelligence avec l'ennemi et le journal est alors interdit après la Libération. Le 27 janvier 1945, la condamnation de Charles Maurras libère une nébuleuse maurrassienne soustraite à l'autorité du Maître : la période de l'épuration semble plus douloureue que celle de l'occupation. Néanmoins, une pensée rassure, c'est celle de savoir que « notre force est d'avoir raison ».

Georges Calzan, quant à lui, répète une thèse essentielle : De Gaulle est un usurpateur au véritable libérateur, Pétain. Des tracts prouvant l'innocence de l'Action française sont également distribués.

Après la guerre, l'Indépendance française est le premier journal maurrassien à reparaitre : il sera néanmoins très vite interdit malgré la défense de Jacques Isorni. On trouve dans tous les journaux maurrassiens de nombreux pseudonymes pour un cercle restreint de rédacteurs.

Le comte de Paris, quant à lui, a profité de l'éclipse maurrassienne pour reprendre une notoriété. Et si Gabriel Marcel proteste contre l'amalgame « royalistes/pétainistes », l'Indépendance française répond que le retour du roi passe par la défense de Pétain. Boutang, lui, s'occupe d'Aspects de la France et dit que les royalistes n'ont pas de problème avec le gaullisme sur les fins mais seulement sur les moyens ; il tentera une synthèse du maréchalisme avec la Résistance.

L'Action française ne se relèvera donc pas à cause des crimes de Vichy...le comte de Paris l'avait prévu et leur avait annoncé. La recomposition des droites a donc posé problème à la Libération : on passe en quelque sorte du maurrassisme au royalisme.

L'on a alors oublié Maurras pour défendre Pétain qui était, lui, connu des intellectuels anglo-saxons – à la différence de Maurras qui était méconnu par ceux-ci : sa réhabilitation sera en effet tardive.

La question s'est alors posée et se pose encore : peut-on remplacer Charles Maurras ? Boutang a essayé mais a échoué...le fait est qu'après la guerre il n'y avait plus grande monde de l'ancienne droite. Les années 1950 inauguraient donc l'arrivée d'une nouvelle génération. La lutte maurrassienne contre le comte de Paris a alors été vive (Boutang, quant à lui, n'y a pas pris part).

D'après Bénédicte Vergez-Chaignon

[Colloque] Thierry Maulnier

28 avril 2009

Dans les années 1930 l'on considérait Maulnier comme un successeur potentiel de Charles Maurras. Voilà donc une figure importante, qui en 1980 considérait son oeuvre comme un carrefour entre la philosophie et la politique. Dans sa jeunesse, Maulnier était en classe prépa littéraire et était attiré par le classicisme : c'est ce qui l'a mené [...]

Dans les années 1930 l'on considérait Maulnier comme un successeur potentiel de Charles Maurras. Voilà donc une figure importante, qui en 1980 considérait son oeuvre comme un carrefour entre la philosophie et la politique.

Dans sa jeunesse, Maulnier était en classe prépa littéraire et était attiré par le classicisme : c'est ce qui l'a mené plus aisément à l'Action française en 1930. Il a alors offert ses services à Maurras pour rédiger l'Etudiant français. Son premier article dans l'Action française a été sur le réalisme de Racine, et il a également collaboré jusqu'en 1944 à la Revue universelle.

Il fonde aussi la revue Combat, condensé de toutes les idées forces de la Jeune Droite. Il faut savoir que l'influence de la Jeune Droite est majeure dans les milieux littéraires, avec Maxence ou encore Brasillach ; Maulnier, quant à lui, est reconnu et obtient le Grand Prix de la Critique pour son essai sur Racine.

Il existe des différences entre Maurras et Maulnier en terme économique et social notamment. Mais l'esthétisme est entre eux un point de convergence. Chez Maulnier, il y a en effet sentiment de décadence de la civilisation (La crise est dans l'homme – 1932), surtout dans le domaine artistique avec l'exhibitionnisme des sentiments, le surréalisme, les artistes isolés du monde dans leur tour d'ivoire et ne parlant que de leur intimité. Il s'oppose ainsi au réalisme et à la littérature populaire, qui transmettent une vision inessentielle de l'homme. Il rejette également l'idéalisme.

Chez Maulnier, l'antinomie entre le syndrome romantique et la perfection classique est grande. Il est nécessaire de dominer la nature, grande tradition française, donc ne pas la sublimer comme le fait le romantisme. Il s'oppose également au langage romantique à travers Victor Hugo : le mot ne doit pas être cherché pour l'impression qu'il fait au lecteur, il doit être choisi pour lui-même.

Grand admirateur de Racine, il parle donc de son réalisme : non celui de la décadence et des passions, non le réalisme psychologique, mais celui qui vise l'essence de l'homme. Racine a trouvé une société presque parfaite et a usé de ce qu'il a reçu plutôt que de vouloir faire la révolution. Le classicisme se définit donc ainsi : l'harmonie de l'homme au sein du cosmos, de la civilisation, la synthèse de l'appolinien et du dyonisiaque (cf Nietzsche, La Naissance de la tragédie).

Il s'oppose aussi à l'Allemagne mystique et faustienne. La France, elle, a une vocation assimilatrice : il faut défendre la civilisation occidentale et Maulnier se veut donc humaniste.

Il y a pourtant rupture avec l'Action française après la Seconde Guerre mondiale. Il s'intéresse alors de plus en plus au théâtre et défend et met en scène le théatre classique. Il se détache néanmoins du monde pour s'ancrer dans une conception de l'homme idéal : c'est un théatre littéraire et classique, et non politique ou réaliste. Il défend en effet une littérature comme fin contre la littérature engagée. Il critique donc beaucoup Sartre et les existentialistes.

Il y a néanmoins persistance de la pensée maurrassienne chez Maulnier dans son analyse du déclin de l'Occident et de la crise des valeurs. Au lendemain de mai 1968, il participe donc à la fondation d'un Institut d'Occident.

Les anciens camarades de Maulnier l'ont beaucoup considéré comme libéral du fait de son humanisme. Il était pourtant pragmatique, considérant le nationalisme comme un moyen. Suite à son échec, il a donc voulu défendre autrement la civilisation. Cela s'est traduit par la défense de la CED.

D'après Ludovic Morel

[Colloque] Henri Massis

27 avril 2009

Henri Massis est important en ce qu'il représente la figure de la fidélité. S'il n'est pas une plume de l'Action française (il n'y a jamais écrit), il en est toutefois l'un des piliers. Ses premiers échanges avec Charles Maurras datent de 1912, puis il entre à l'Action française au lendemain de la Grande Guerre. Il [...]

Henri Massis est important en ce qu'il représente la figure de la fidélité. S'il n'est pas une plume de l'Action française (il n'y a jamais écrit), il en est toutefois l'un des piliers. Ses premiers échanges avec Charles Maurras datent de 1912, puis il entre à l'Action française au lendemain de la Grande Guerre. Il partagera alors énormément la vie de l'Action française et fut toujours fidèle à Charles Maurras.

Massis symbolise la pluralité des occupations de l'Action française : littérature, religion et politique principalement. Tout démarre au lycée Condorcet avec son professeur : Alain. Il aura ensuite comme maîtres Anatole France, Barrès ou encore Bergson. Il est surtout littéraire à ses débuts avec des ouvrages sur Zola ou Barrès.

Il possédait également une vocation religieuse. Il a été très influencé par Bergson qu'il pense comme un « contre-poison » qu'il faut éliminer à son tour (Bergson n'est donc qu'une étape qu'il faut ensuite surpasser).

Il existe intellectuellement avant sa rencontre avec l'Action française, et c'est d'ailleurs en se balladant un jour avec Barrès qu'il apperçoit le journal (ce qui sera un acte majeur pour Barrès). Alors Massis passera du barressisme au maurrassisme. En effet, Barrès n'a pas été convaincu par l'enquête sur la Sorbonne de Massis, ce qui creusera l'écart. Quant à Massis, il reproche beaucoup à Barrès de ne pas être thomiste et lorsque ce dernier meurt, Massis est déjà un pilier du maurrassisme.

Ni polémiste ni pamphlétaire (il cherche à convaincre rationnellement), Henri Massis a toutefois une plume très dure à travers ses excellentes critiques littéraires notamment : pour Pascal et Péguy, contre Romain Rolland ou Gide. Il fut néanmoins très politique également, publiant Défense de l'Occident en 1924 ; ses autres ouvrages seront des ajouts de ce premier, qui reste central.

Il est également portraitiste et mémorialiste de l'Action française. Il fait d'ailleurs un portrait élogieux du philosophe Frédéric Rauh, qui commente Pascal. Massis tend ainsi vers l'unité des trois disciplines (littérature, religion et politique) qui se traduit dans Défense de l'Occident. Cette défense est pour lui nécessaire et le mènera à s'opposer à l'Allemagne et à la Russie (communiste certes, mais aussi orthodoxe). Massis s'affirme donc comme un « intellectuel expert » : il aura de nombreuses références, typique du mouvement du XXème siècle.

Porte-parole également, il publie deux essais : L'Esprit de la nouvelle Sorbonne (sous le pseudonyme d'Agathon), ce qui lui permet de pénétrer très jeune un milieu très académique. Il y tient alors la place de porte-parole de la jeunesse et il y apprend beaucoup : il devient entrepreneur dans l'entre-deux guerre et sera la cheville ouvrière de la Revue universelle. Il va attirer des auteurs, dans l'orbite maurrassienne, qui n'y seraient autrement jamais allés. Il est homme d'interface mais aussi éveilleur !

Maxence, Maulnier ou Brasillach...les jeunes de la Nouvelle Droite font ainsi l'éloge de Massis – en tant que guide plutôt que maître : éveil religieux pour Maxence, littéraire pour Brasillach et Maulnier.

Henri Massis peut donc être considéré comme la sentinelle de l'Action française. Pour lui, s'il n'y a pas d'Action française, c'est la dissolution ou la mort. Il a traversé tous les temps durs, et publie Maurras et notre temps ce qui permet à l'Action française de remonter dans les milieurs étudiants. Tandis qu'on reprochait à Maurras d'utiliser les méthodes des démocraties populaires, il publie La peur des gens d'esprit et défend par la suite Maurras suite à son procès affirmant qu'il est la victime et non le coupable.

Enfin, il fut ambassadeur : c'est en effet l'un des maurrassiens les plus connus à l'étranger et grâce à lui de nombreux ouvrages maurrassiens seront diffusés dans le monde ibérique, mais aussi dans le monde anglo-saxon. Sa vie et son oeuvre peuvent se traduire ainsi : unicité et continuité à construire (son itinéraire ne varie jamais).

Toujours fidèle à Maurras, il reste à Vichy en 1940-1944. Néanmoins en retrait, il échappe ainsi à l'épuration. Son modèle politique fut le régime de Salazar au Portugal et il était également très lié à l'Algérie, mais se place à l'écart du fascisme et des débats qu'il suscite. Massis rencontrera ensuite De Gaulle et dit de lui que sa politique prenait beaucoup d'idées de Maurras.

D'après Olivier Dard

[Colloque] Louis Dimier, l'Action française et la question de l'art national

26 avril 2009

Louis Dimier (1865-1943) est un critique d'art connu notamment parce qu'il a écrit une thèse majeure pour l'art du XVIème siècle sur Le Primatice. Critiquant la deuxième moitié du XIXème siècle, il dénonce cette « manie moderne de rabaisser l'Italie », de déplacer l'origine géographique de la Renaissance : la France et non plus l'Italie, [...]

Louis Dimier (1865-1943) est un critique d'art connu notamment parce qu'il a écrit une thèse majeure pour l'art du XVIème siècle sur Le Primatice. Critiquant la deuxième moitié du XIXème siècle, il dénonce cette « manie moderne de rabaisser l'Italie », de déplacer l'origine géographique de la Renaissance : la France et non plus l'Italie, le réalisme et non plus l'imitation de l'Antiquité.

En 1903, du fait de sa croyance chrétienne, il sera écarte du milieu universitaire et c'est la religion qui le mènera à l'Action Française. Plus tard, il s'excluera définitivement des milieux universitaires, musées, expositions, etc...il y a souvent eu conflit entre l'Action française et l'université (mais pas avec les académies), démontrant ainsi l'illégitimité des historiens dans leur domaine.

Des expressions comme « art national », « génie national », etc...ne sont jamais utilisées par Louis Dimier alors que ses contemporaines les utilisent abondamment. Pourtant, Dimier suit les idées de l'Action française et critique la Révolution. Il s'agit néanmoins pour lui de défendre la Renaissance, menée à mal par la Révolution et le romantisme : la figure de cette décadence sera pour lui Lenoir. Il rejette en effet l'art du XIXème siècle et du début du XXème siècle : pour lui, en art, il faut une tradition, mais surtout un contrôle de l'art comme sous l'Ancien Régime et non pas une anarchie artistique. Il faut donc une autorité.

En 1920, Louis Dimier quitte l'Action française. S'il a eu la direction du journal pendant la guerre, il voulut néanmoins y introduire une discipline qui n'était pas conforme aux idées de Charles Maurras. Le conflit a donc précédé la séparation : cette dissidence est considérée comme une gande déception. Il se disait en effet être le seul, avec Maurras, à s'intéresser à l'ensemble de l'Action française (Bainville ne s'intéressant qu'aux articles, Daudet qu'aux espions et la plupart à rien du tout...).

Il fut un esprit libre, pratiquant un « maurrassisme limité » : il s'oppose à l'exposition des primitifs français et se pose ainsi contre le nationalisme. Il a d'ailleurs écrit Le nationalisme littéraire et ses méfaits chez les Français et rejette le positivisme que défendait Maurras. Suite à la rupture, il s'attachera à Valois qui éditera ses Souvenirs.

D'après Michela Passini

[Colloque] Les germanistes français et le maurrassisme : le cas Louis Reynaud

25 avril 2009

Louis Reynaud, cité de nombreuses fois par Charles Maurras, était isolé parmi ses collègues mais il est représentatif de la doxa germaniste de l'époque. Il fut l'auteur de douze ouvrages, les deux derniers étant Français et Allemands (1930) et L'Âme allemande (1933). La proximité des vues de l'Action française avec les germanistes de l'époque est [...]

Louis Reynaud, cité de nombreuses fois par Charles Maurras, était isolé parmi ses collègues mais il est représentatif de la doxa germaniste de l'époque. Il fut l'auteur de douze ouvrages, les deux derniers étant Français et Allemands (1930) et L'Âme allemande (1933).

La proximité des vues de l'Action française avec les germanistes de l'époque est intéressante. Jusqu'en 1950, ces derniers avaient en effet une manière particulière d'être par rapport aux Français. Louis Reynaud, par exemple, était un anti-romantique forcené et pensait comme l'Action française que l'Allemagne était l'opposé de la civilisation latine. Charles Maurras disait en effet qu'il y avait décadence en Allemagne depuis Martin Luther, du fait de l'apparition de l'individualisme. De même, pour Reynaud, les Allemands n'ont aucun sens social, ils sont soumis au subconscient et restent principalement subjectifs. En effet, avec Fichte et Hegel, il y a subjectivisme absolu et absence de raison organisatrice. Cette vision de l'Allemagne traduit bien les rapports de l'époque entre les deux pays.

Maurras va ainsi à l'encontre de l'idéalisme et Reynaud le soutient en démontrant qu'elle n'est que théorique et qu'elle ne conforme pas les actes et la pensée. De plus, selon lui, le subjectivisme pervertit le sentiment national et donne ainsi naissance au racisme par le biais du « darwinisme social ».

Comme Maurras, Reynaud pense que les Germains n'existent pas par eux-mêmes mais avec l'aide des autres civilisations, notamment la gallo-France. Pour lui, une relation franco-allemande équilibrée ne peut exister : quand l'Allemagne a de l'influence, la France perd sa souveraineté. Reynaud pense donc un nationalisme défensif : la France est nécessaire à l'équilibre de l'Europe et du monde.

Lorsque l'Angleterre a influencé l'Allemagne à travers Denis Diderot et Jean-Jacques Rousseau, cela a mené à un déséquilibre européen. De plus, Diderot et Rousseau ont importé la littérature allemande en France et il y a eut trahisons sous Napoléon, notamment de Madame de Staël qui prônait le protestantisme. Tous ces évènements ont mené à une série de capitulations et d'abandons face à l'Allemagne, et à une germanolatrie que Reynaud condamne.

Ainsi, encore une fois comme Maurras, Reynaud pense que l'échec de 1870 met fin à la domination intellectuelle de la France (comme l'a montré Ernest Renan). Les intellectuels ont donc trahi pour lui, à l'exception de Maurras, Barrès et Rouget.

Il critique également les décisions de la France après la Grande Guerre car l'influence de l'Angleterre a mené au désarmement, et il souhaite que la France préserve une importance diplomatique majeure. En 1939, il affirme également que la France a eu tort de refuser les offres de 1936 et de ne pas avoir empêché l'alliance entre Rome et Berlin : le dialogue est alors devenu impossible entre France et Allemagne.

D'après Michel Grunewald

[Colloque] Maurras et la notion de race

24 avril 2009

Il est important de replacer la pensée maurrassienne dans son époque, de la contextualiser, notamment à travers l'étude d'une science qui était alors nouvelle au XIXème siècle : l'anthropologie raciale. Cette école est dominante lorsque la pensée de Maurras commence à se former, pourtant celui-ci ne s'y attache pas et rejette ses principales figures : [...]

Il est important de replacer la pensée maurrassienne dans son époque, de la contextualiser, notamment à travers l'étude d'une science qui était alors nouvelle au XIXème siècle : l'anthropologie raciale. Cette école est dominante lorsque la pensée de Maurras commence à se former, pourtant celui-ci ne s'y attache pas et rejette ses principales figures : le républicain et matérialiste Broca et ses disciples. Charles Maurras, quant à lui, préfère s'attacher à Le Play – et reste en dehors de la fascination pour les sciences naturelles de l'époque : son intérêt se porte plutôt à la littérature.

Gobineau, au milieu du XIXème siècle, va séduire un court instant l'Action française, notamment Jacques Bainville (avec Georges Vacher de Lapouge qui renouvelle Gobineau à la fin du siècle). Il sera toutefois très vite mis à l'écart du fait de sa pensée matérialiste, athée et darwiniste – Lapouge n'a en effet collaboré qu'une fois à l'AF et Maurras a toujours mis en garde Bainville contre l'existence d'une « race pure ».

Une question passionne alors l'époque : comment la nation française s'est-elle formée ? Tandis que les intellectuels font l'apologie des Celtes et des Gaulois, Maurras, lui, fait l'apologie des Romains. En effet, les Celtes sont alors considérés comme proches des Germains : il leur accorde donc une place minime. Trois couches existent pour lui au sein de la nation française des origines : des indigènes, des Celtes et des Romains. De ces trois couches est né le gallo-romain : la sensibilité généreuse des Gaulois avec l'esprit organisateur du Romain. Maurras ne peut dénigrer l'apport Germain mais refuse de voir une descendance pure des Germains.

Il refuse également la célèbre thèse des « deux France », des « frères diviseurs » (dixit Maurras) comme le soutenait Michelet. Elle est née, pour lui, de l'antagonisme de classes : elle est donc dangereuse, source de haines et de divisions. Il n'existe donc pas d'un côté les nobles féodaux et de l'autre les esclaves.

Maurras s'affirme comme défenseur radical des races latines à une époque où l'anglo-saxon domine pour faire l'éloge des races nordiques. S'il pense une race française, il ne s'intéresse pas comme Taine à la biologie raciale si ce n'est dans quelques réflexions sur la forme et le rôle du cerveau. Il dénonce à cet égard le « mal de l'Allemagne éternelle », cette « sauvagerie innée » qui est dans leur sang.

Charles Maurras est donc un penseur véritablement modéré pour son époque sur ce sujet : il pense d'ailleurs que l'on peut intégrer avec une naturalisation pour des cas particuliers. Il se refuse à donner une trop grande importance à la race, et affirme que c'est là un facteur qui n'est pas central et qu'il n'existe aucun déterminisme – sa germanophobie le pousse d'ailleurs à se démarquer de l'idée biologique des races. Ses textes des années 1930 contre l'Allemagne hitlérienne le prouvent. Il différencie ainsi l'antisémitisme allemand (biologique) et l'antisémitisme français.

Quant à la colonisation, il pense que les européens ne peuvent et ne doivent pas influencer les autres races car il refuse, dit-il, « l'uniformisation du monde ».

D'après Carole Reynaud Paligot

[Colloque] Gide, un "anti-Maurras" ?

23 avril 2009

André Gide, à la fin de sa vie, affirme qu'il ne connait pas ou peu Maurras. L'on sait pourtant qu'il a été très influencé par lui, certes non par les écrits, mais par l'image que renvoyait Maurras (l'icône qu'il représentait) : il était souvent contraint de définir sa position vis-à-vis de Maurras, sur un plan [...]

André Gide, à la fin de sa vie, affirme qu'il ne connait pas ou peu Maurras. L'on sait pourtant qu'il a été très influencé par lui, certes non par les écrits, mais par l'image que renvoyait Maurras (l'icône qu'il représentait) : il était souvent contraint de définir sa position vis-à-vis de Maurras, sur un plan philosophique, idéologique mais aussi littéraire. Ce dernier a d'ailleurs fait tout d'abord l'éloge d'André Gide, avant d'écrire un article qui fera querelle et qui opposera vivement les deux hommes.

Tout se joue, entre eux, entre 1903 et 1925. En 1903 Charles Maurras publie la Querelle des peupliers et Gide lui adresse une réponse. La question est celle de l'enracinement et a pour mobile un roman publié par Barrès en 1897 : Les Déracinés. Il y a alors polémique. Gide fait en effet l'éloge du mélange et Maurras tend à le mettre en question – la polémique est donc vive et de nombreuses références à la botanique y paraissent, d'où le titre de la querelle.

Maurras reproche à Gide d'être un corps étranger à la nation (« de nation protestante ») et il affirme que Gide représente la décadence contemporaine. Plus tard, avec brio, Gide parviendra à renverser cette conception et se présentera comme non pas décadent mais sain, et classique.

De plus, en 1908-1909, on peut constater que Gide se rapproche idéologique de l'Action française. En janvier 1910 il assiste donc à un meeting de l'Action française et y verse même une souscription. Il continue néanmoins d'affirmer s'abstenir de toute lecture du journal, « par crainte de devenir républicain ». Comme le disait donc Henri Massis, les différences opposant les deux hommes étaient bien plus des différences esthétiques que des différences de fond, malgré le protestantisme et l'homosexualité de Gide qui répugnait à Maurras.

La proximité idéologique n'est également pas totale : Gide se démarque un peu par la promotion de l'individualisme et du classicisme – tentative de réconciliation de l'individu et de la race. La principale opposition existante avec Maurras sera celle du rôle de l'écrivain : pour Gide, celui-ci ne se doit pas d'avoir une responsabilité morale, au contraire de Maurras (avec Barrès d'ailleurs) qui pense les rapports de la littérature et de la politique.

C'est pendant la Grande Guerre que la réunion de ces deux hommes est à son apogée. Gide estime alors qu'il est nécessaire de se rapproche de Maurras (telle une « union sacrée ») et qu'il faut se fédérer autour de l'Action française auquel il va d'ailleurs s'abonner. Il salue ainsi les articles de Maurras : « L'Action française, seul rempart contre la décadence ».

Mais l'année 1920 les sépart finalement radicalement : non pas une opposition idéologique, mais une opposition dans le but de briser le magister de Maurras sur les idées notamment littéraires. Il veut briser « l'écrivain responsable » et pense que le classicisme doit être une idée d'intégration. Il finit par gagner contre Maurras et affirme ainsi une autre idée du classicisme.

Les idées littéraires s'entrechoquent donc à cette époque. Dans Les faux monnayeurs (1925), Gide place la question de la pureté comme élément essentiel : qu'est-ce qu'un roman pur ? Quelle est la place des éléments dans l'ensemble ? C'est une quesiton idéologique, à laquelle il va répondre par le classicisme d'intégration (tous les personnages du roman sont homosexuels ou protestants). Il affirme donc qu'il ne faut pas couper les « branches malades ». L'opposition entre les deux hommes sur le plan littéraire sera donc totale, et Gide affirme que pour apprécier la poésie de Maurras il faut être « atteint de daltonisme littéraire ».

Un « anti-Barrès », c'est ainsi qu'Henri Massis définissait André Gide – car aux yeux de ce dernier, Maurras est comme soluble dans Barrès. Ce serait donc bien ce dernier le véritable adversaire.

D'après Jean-Michel Wittman