La Colombie scandalisée par la demande d'Ingrid Betancourt

12 juillet 2010 | 1 commentaire


Les autorités colombiennes ont vivement réagi, vendredi, aux poursuites engagées par Ingrid Betancourt. L'ancienne otage réclame 6,6 millions de dollars (5,25 millions d'euros) de dommages-intérêts à l'Etat colombien à titre de compensation pour les effets traumatiques et les pertes de revenus liés à sa captivité dans la jungle.

"Le ministère de la défense est surpris et contrarié par cette demande, d'autant plus que les forces publiques ont fait preuve de zèle en préparant et en exécutant l'opération de secours", souligne un communiqué ministériel. "Des hommes et des femmes des forces armées ont risqué leur vie en cherchant à rendre leur liberté aux otages au cours d'une opération qu'Ingrid Betancourt elle-même a qualifiée de 'parfaite'", ajoute-t-il.

Le ministère déclare en outre que l'ex-otage a passé outre les recommandations des forces de l'ordre qui, avec "insistance", avaient tenté de la dissuader de se rendre à San Vicente del Caguan (département de Caqueta), voyage terrestre durant lequel elle a été enlevée. Il estime enfin que la requête, sans précédent en Colombie, n'a pas de fondement "objectif", laissant ainsi entendre qu'il n'y fera pas droit.

Selon Radio Caracol, l'ex-otage considère que les membres des forces de l'ordre en charge de sa sécurité dans le département de Caqueta (sud-est), où elle a été enlevée, sont responsables de son enlèvement. Selon elle, plusieurs militaires en charge de sa sécurité lui avaient garanti, le 23 février, jour de son enlèvement, qu'elle ne courait pas de risque sur la route empruntée.

La demande a soulevé dans le pays un vent de critiques provenant de tous les secteurs de la société. Le vice-président Francisco Santos a ainsi évoqué un "coup de poignard", tandis que le sénateur Gustavo Petro (Pôle démocratique alternatif, gauche), ex-candidat à la présidentielle, jugeait qu'elle était "injuste" car les FARC étaient les véritables responsables de l'enlèvement. Santos, prochain président du pays, lui a décerné un "premier prix mondial de l'ingratitude et du cynisme". L'archevêque de Bogota a également estimé que cette demande "n'était ni juste, ni correcte", expliquant que la responsabilité de la prise d'otage "n'était pas celle de l'Etat ou de l'armée, mais bien de la guérilla", rapporte El Tiempo.

Ingrid Betancourt, qui publiera en septembre un livre sur son enlèvement, "Même le silence a une fin", ne s'est pour sa part pas exprimée. Mais la presse colombienne se montre sans concession avec l'ancienne otage. Sur la plupart des sites d'informations, des centaines de commentaires ont critiqué l'attitude de l'ancienne candidate à la présidentielle. Deux arguments reviennent en boucle, note El Universal. D'abord, l'absence de responsabilité de l'Etat colombien dans son enlèvement. Et surtout, l'ingratitude d'Ingrid Betancourt à l'égard de l'armée colombienne. L'éditoral du quotidien conclut : "La rage d'Ingrid n'est pas dans son cœur, mais dans son portefeuille".

Dans les colonnes d'El Colombiano, l'ancien Haut commissaire pour la paix, Camilo Gomez, estime que cette demande "est une manière pour Ingrid et sa famille d'exprimer leur douleur, mais ce n'est pas la plus appropriée, cela ne leur rendra pas les années perdues". Selon les juristes interrogés par El Tiempo, la demande de l'ex-otage a 50 % de chances d'être recevable, "mais le processus sera très compliqué", note l'un d'eux.

Le Monde.fr

L'ancienne otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Ingrid Betancourt, a assuré en larmes dimanche soir 11 juillet qu'elle regrettait la demande d'indemnisation de 6,9 millions de dollars (5,5 millions d'euros) présentée à l'Etat colombien pour son enlèvement, précisant qu'elle n'irait pas au-delà d'une démarche de "conciliation". Dès le départ, "nous avons décidé [avec mes avocats] que nous ne porterions pas plainte contre l'Etat colombien", a-t-elle déclaré à la télévision colombienne Caracol, en expliquant que dans le cas où la conciliation extrajudiciaire en cours ne fonctionnerait pas, elle n'irait pas au-delà.

Ingrid Betancourt s'exprimait de New York, un entretien très attendu deux jours après l'annonce de la requête présentée à l'Etat colombien dans laquelle elle estimait que celui-ci devrait lui verser, ainsi qu'à sa famille, plus de 13 milliards de pesos (soit environ 5,5 millions d'euros), pour les dommages moraux et financiers entraînés par ses six ans de captivité aux mains des FARC.

INDEMNITÉ CONTROVERSÉE

Parlant d'une somme "symbolique", Ingrid Betancourt a insisté sur la responsabilité des pouvoirs publics colombiens dans les événements qui ont abouti à sa capture par les Forces armées révolutionnaires de Colombie. "Ils m'ont privée de mes gardes du corps et m'ont laissée poursuivre par la route. Ils n'ont pas fait face à la responsabilité qui était la leur de me protéger en ma qualité de candidate à l'élection présidentielle."

Cette requête a déclenché une vague d'indignation en Colombie, alors que l'otage a été libérée lors d'une opération militaire risquée, le 2 juillet 2008. Le vice-président Francisco Santos l'a notamment qualifiée de "prix mondial de l'ingratitude". Or, selon,Ingrid Betancourt, l'objectif véritable de sa plainte était d'ouvrir un dialogue entre le pouvoir colombien et les victimes de la guerre civile.

"Jamais, jamais nous n'avons pensé à attaquer ceux qui m'ont libérée", a dit Ingrid Betancourt dimanche soir en réprimant un sanglot après un long entretien avec la star de la télévision colombienne, Dario Arizmendi. A la question "vous regrettez ?" l'ex-otage a répondu par l'affirmative, assurant qu'elle adorait sa "patrie".

"OUVRIR UN CHEMIN"

Auparavant, l'ancienne otage avait longuement tenté d'expliquer les raisons de son geste. "Je ne vais pas poursuivre l'Etat. Je veux uniquement raconter les faits et que ce qui m'est arrivé ne se reproduise pas", a-t-elle déclaré, ajoutant qu'elle avait ainsi espéré "ouvrir un chemin" pour l'indemnisation d'autres otages qui, selon elle, auraient également présenté des requêtes semblables.
"Mes compagnons [de captivité] m'ont appelée pour me dire que la date" limite pour déposer cette requête allait être dépassée, a-t-elle dit.

La candidate à la présidentielle de 2002 a ensuite expliqué pourquoi elle estimait que les forces de l'ordre avaient négligé sa sécurité. "On m'a enlevé mes gardes du corps. Si l'Etat considérait que c'était si dangereux ils auraient dû me les laisser (...) et s'ils considéraient que c'était vraiment dangereux, on aurait dû me bloquer au poste de contrôle et ne pas me laisser y aller", a-t-elle dit en référence à la route du département de Caqueta où la guérilla l'attendait. Interrogée sur un document qu'elle aurait signé ce jour-là où elle reconnaissait qu'elle s'engageait sur ce chemin à ses risques et périls, elle a d'abord dit ne pas s'en souvenir, avant d'assurer qu'elle avait seulement signé un texte en rapport avec l'assurance de la voiture qui la transportait, qui appartenait à l'Etat

Le Monde.fr du 12/07/2010

Un commentaire pour "La Colombie scandalisée par la demande d'Ingrid Betancourt"

  1. LEPAGE.

    Le 12 juillet 2010 à 14:52

    elle est cinglée! je lui enverrai la facture, pourquoi continuer de colporter les propos d'une perturbée assoiffée de fric?