L’Identité Française ou plaidoyer en faveur du duel
2 mars 2010 | 1 commentaire
Cet article rédigé par un jeune sympathisant lyonnais propose une relecture critique de la devise républicaine à la lumière des principes du duel. Retourner contre l'adversaire ses propres armes n'est-il pas le propre d'un bon escrimeur ?
Il y a une contradiction entre les deux premiers articles de la Déclaration des Droits de l’homme de 1789. Le premier affirme que les hommes “naissent et demeurent libres et égaux en droits”. Le second que la “liberté” constitue un “droit naturel et imprescriptible de l’homme”. Je ne veux pas entrer trop avant dans la discussion philosophique de ces concepts de Liberté et d’Egalité (qui, au passage, forment les deux tiers de la devise nationale). Ces deux termes posent une double question. La première concerne leurs sens respectifs.
Le principe de l’Egalité se fonde dans le regard que l’autre porte sur moi. Il ne m’appartient pas d’être considéré comme un égal. (En Afrique du Sud, comme disait Desproges, “chacun se voulait plus égal que les autres, à part Ted”). Donc de deux choses l’une: soit l’égalité s’accorde de bonne grâce, dans le cadre de la politesse (qui consiste à reconnaitre dans l’autre, momentanément, une grandeur qui lui donne la préséance: “mais passez, Madame”); soit l’égalité se conquiert. Pour que celui qui me méprise me considère comme un égal, c’est simple, il doit m’en rendre raison : je dois lui prouver que je peux le vaincre. Voilà une première légitimation du duel.
La “Liberté”. C’est amusant qu’elle soit considérée comme un « Droit naturel et imprescriptible ». C’est supposer qu’il puisse y avoir une Liberté théorique, qui ne repose pas sur l’exercice de cette liberté. Mais peut-on vraiment dire “je suis un homme libre non pratiquant”? Je crains que non. Tant que je n’exerce pas ma liberté en opposant à l’ordre mon indiscipline, à la foule ma conscience, et à l’idéologie mon refus, je ne suis qu’un animal mort flottant au fil du courant, qui feint a posteriori d’être l’auteur de sa trajectoire.
J’ai toujours regretté que la liberté ne s’appelle pas “libérescence”. Le concept en serait plus clair, doté du suffixe latin “esco” qui marque, “l’en-train-de”, l’arrachement progressif, dans l’effort. L’incandescent étant ce qui se consume par la flamme. C’est pourquoi la liberté considérée en elle-même ne peut se comprendre, donc s’exercer, si on lui retranche sa dimension d’effort, de combat. Or le duel est la forme primitive de tout combat; a condition de ne pas oublier que “notre pire ennemi est dans notre coeur”(Publius Syrus).
Venons en à notre problème. La Liberté bien comprise et l’Egalité bien comprise ne s’articulent pas facilement. Soljenitsyne le souligna a plusieurs reprise avant d’être entendu par notre Occident décadent: Liberté et Egalité sont des concepts « mutuellement exclusifs » (Discours d’Harvard, 8 Juin 1878). L’Egalité dissout la liberté. La liberté rompt l’égalité. Si dans une société égalitaire, le génie est inacceptable, le talent est déjà insolent. De même, les sociologues l’ont remarqué, la politesse ne peut fleurir que dans des sociétés où règnent les tensions de la hiérarchie. L’idéologie de l’égalité, nous le voyons bien aujourd’hui, nous amène à vivre comme des bêtes : bien au chaud en meute, mais aussi vulnérable qu’irresponsable quand on est solitaire. Bref, une tension irréductible rend le slogan républicain un peu dissonant. “Liberté ou égalité. Quid de la Fraternité?”
Le duel n’est plus dans les mœurs. On le croit interdit? Que non pas! D’ailleurs, aucun texte positif ne pourrait quoi que ce soit contre cette tradition qui, de toutes manières, s’est toujours tenu à l’écart de la justice de robe. (et oui, il existe bien une justice d’épée).. D’un autre Occident nous est venu le prophète de notre propre honte. Soljenitsyne, dans ce discours déjà cité, attribue le déclin de l’Occident à une cause peu reluisante. “Pour l’observateur extérieur, le déclin du courage est le trait le plus saillant de l’Occident aujourd’hui”.
La contradiction, fut-elle seulement conceptuelle, ne choque pas un esprit docile, c’est à dire peu exigeant avec lui-même. Nous ne nous étonnons de rien, rien ne nous choque. Par conséquent, rien ne nous autorise à l’exigence envers les autres. Marcel Proust fut soupçonné d’homosexualité par Jean Lorrain? Duel avec Lorrain. Arthur Meyer fut caricaturé comme le ‘type juif même” par Edouard Drumont? Duel avec Drumont.
Et si je me sens profondément insulté à l’idée qu’un troupeau de chevaliers de la Jaquette vienne se sucer la luette devant Notre-Dame? Il faudra probablement que j’en essorille un pour que le président de la HALDE m’envoie ses témoins. Qui choisit les armes?
Voilà pourquoi l’on ne se bat plus, ou l’on se bat comme des laquais à s’abimer sottement le poing sur le premier imbécile venu. Le duel joint la réflexion au combat, c’est un combat d’homme parce que c’est un combat de sang-froid. Mais voilà, cela suppose l’existence d’un terrain d’entente, d’une certitude partagée : L’autre est mon égal, et comme tel il m’a offensé. Problème : pour être offensé, il faut préalablement avoir un minimum d’honneur, et je crains que ce ne soit un luxe que les moissonneuses-batteuses idéologiques ne peuvent pas se payer. Il n’y a de libre que des individus. Il n’y a d’honorable que des personnes. Il n’y a d’égalité que dans le face-à-face.
Liberté et Egalité se contredise, disions-nous. Mais elles se réconcilient dans le duel. Dans un duel, l’offenseur et l’offensé réparent une situation d’humiliation, donc d’inégalité: une insulte. Après s’être exposés à la blessure – ou à la mort – et sûrs de leur courage, ils se quittent, plus égal l’un que l’autre, dirait-on. L’Egalité se construit donc à deux, dans la reconnaissance mutuelle du courage, épreuve de la liberté.
Car je ne suis pas l’égal de mon prochain dans tous les domaines. Sous certains aspects, je vaux bien plus que lui ; sous d’autres encore, je ne lui arrive pas à la cheville. En revanche, l’égalité se reconnaît sur le seul point de commensurabilité entre les hommes: la Liberté.. Un homme admirera toujours la liberté d’un autre homme, ainsi que toutes les valeurs qui s’en déduisent. La magnanimité, la force d’âme, le courage, l’honneur. Un officier respecte son adversaire courageux. Le tortionnaire ne peut s’empêcher d’admirer l’homme qui ne parle pas sous la torture. A l’inverse, l’espion “retourné”, trahissant sa patrie sera méprisé par ses nouveaux employeurs. La liberté est donc le seul terrain sur lequel nous puissions construire l’égalité.
Le duel, nous le voyons, parce qu’il organise la rencontre de deux libertés implique la reconnaissance réciproque de l’humanité de l’autre. Les duellistes sont égaux, ils sont frères dans la liberté. Je ne suis pas très attaché à la Gueuse, et cela pour toutes sortes de raisons. Mais il faut reconnaître la beauté de son slogan, qui ne saurait se fonder que sur la tradition française de l’honneur et, partant, du duel. Liberté, Egalité, Fraternité? Oui, mais il faut le mériter. Courage !
Bouteville



Un commentaire pour "L’Identité Française ou plaidoyer en faveur du duel"
L’IDENTITÉ FRANÇAISE OU PLAIDOYER EN FAVEUR DU DUEL | L'AGORA DES DROITES
Le 4 mars 2010 à 1:13
[...] Tribune de l’Action Française [...]