Une fabrique d'idiot ?
4 février 2010 | 2 commentaires
Le recteur Olivier Dugrip ne veut plus que les élèves redoublent. La raison principale citée, est que le redoublement ne sert à rien d'un point de vu pédagogique. La pédagogie est pourtant le fait de rappeler sans cesse les mêmes choses, car on retient mieux lorsque l'on répète plusieurs fois…. Mais l'école ne doit pas non plus être le lieu où l'on héberge ad vitam aeternam des jeunes qui ne progressent pas ou plus. Le problème n'est pas de refuser le redoublement mais d'avoir des filières qui peuvent être en adéquation avec l'élève, la société et le marché du travail. Il faut donc avoir une meilleure orientation des élèves. Nous avons déjà parlé du collège unique dans un article précédent et c'est bien là que le bas blesse.
En effet, si le collège unique n'existait pas, on pourrait avoir des filières pour les élèves en difficulté, qui n'ont pas forcément les qualités pour suivre des cours d'éducation classique. Comme le montre Bourdieu, l'école est fait par la catégorie sociale dominante, avec la volonté d'imposer leurs cultures et leurs valeurs, laissant donc de côté l'intelligence manuelle, alors que certains seront plus attirés par ces types de métiers et ce dès les premières années du collège. Au nom de quoi va-t-on leur imposer de suivre un cursus dit « normal », alors qu'ils préféreraient recevoir une formation technique, pour arriver plus rapidement sur le marché du travail.
Certes, il y a la possibilité des stages de remise à niveau, mais là encore, dans un pays où le culte de l'enfant-roi est devenu un dogme en soi, comment va-t-on leur faire comprendre qu'ils en ont besoin pour progresser ? L'éducation est primordiale dans les couches plus ou moins « aisées » de la société, pour amener son enfant dans un milieu aussi favorisé, voir plus favorisé que le sien, mais surtout éviter le déclassement social. Les plus pauvres n'ont qu'un but pour leur enfant, c'est qu'il trouve un travail rémunérateur, peu importe son rôle dans la société ; ce qui justifie le peu d'attirance pour le milieu éducatif, voire une sorte de rejet de ce milieu ; si bien que l'on prend fait et cause pour son enfant contre ce monde si peu connu. Tout en sachant que le redoublement sera toujours possible, selon la volonté des parents et donc de l'enfant, ce qui pourrait conduire à une extinction généralisé du redoublement.
Vouloir absolument éviter le redoublement dans un système qui n'a qu'une voie d'accès est totalement démagogique. C'est aller vers une fabrique d'idiots qui seront exclus du système le premier examen venu, généralement au brevet qui est appelé à reprendre une place de plus en plus importante chez nos jeunes têtes blondes. Le fait de supprimer le redoublement, qui selon certains enseignants et syndicats, ne sert à rien (l'absence de redoublement a-t-il déjà été testé ? Alors comment peuvent-ils le montré ?), va engendrer une fabrique d'illettrés qui ne seront plus obligés d'apprendre pour passer dans la classe supérieure, si bien que l'échec et la sortie du système scolaire à 16 ans vont se multiplier, favorisant ceux qui ont le bagage culturel, au détriment des catégories sociales défavorisées. En appliquant cela à l'ensemble du territoire national, il est certain que l'accès aux grandes écoles des catégories sociales défavorisées sera encore plus rare, car c'est l'école qui permet de donner un savoir, mais c'est par l'application personnelle que l'on peut évoluer et apprendre. S'il n'y a plus ni bâton, ni carotte, beaucoup ne vont se désintéresser des études. On aura une reproduction sociale plus importante et un peuple de veaux encore plus facile à gouverner...
Blioberis - AFE Toulouse



2 commentaires pour "Une fabrique d'idiot ?"
lepage
Le 4 février 2010 à 10:37
Nous pouvons déjà constater que le redoublement est rare. En effet, beaucoup de parents trouvent déshonorant de voir leur enfant redoubler, aussi font - ils appel, ce qui est accepté et le gamin passe au niveau supérieur sans en avoir les moyens.
Teddy
Le 4 février 2010 à 18:27
Bravo d'avoir paraphrasé "La fabrique du crétin" de Brighelli. Comme d'habitude, le Ministère fait des effets de manches sans s'attaquer aux racines du mal : le collège unique et ses élèves à 4 ou 5 vitesses par classe.