Le sauvetage et le ravitaillement
28 janvier 2010

Depuis quelques jours, le désastre grandissant jetait l’alarme dans Paris et sa banlieue où les eaux, d’heure en heure, envahissaient de nouveaux quartiers, submergeaient de nouvelles localités. Le gouvernement, dont la coupable imprévoyance avait partout ouvert les voies au fléau, se trouvait désemparé devant lui. Il faut avoir visité, comme nous le fîmes le soir du 28 janvier, les abords d’Alfortville, et le lendemain, dans Paris même, le quartier de Javel, pour se faire une idée de l’abandon sinistre dans lequel se trouvèrent à ce moment les populations sinistrées. Sans doute, les mariniers et les soldats employés au sauvetage étaient pleins de dévouement et de zèle, mais le matériel, les barques, les logements, les vivres manquaient partout. Et lorsque les maigres secours officiels arrivèrent, il fallut, avant qu’ils parvinssent aux nécessiteux, que notre belle administration centralisée eût terminé la longue série de ses « rapports ». De longues files de pauvres gens affamés ou sans abri assiégeaient les mairies et les commissariats où l’on se contentait souvent de prendre « bonne note » de leurs demandes, où on leur remettait parfois, après de longues attentes, des bons de pain insuffisants. C’est surtout en parant immédiatement aux besoins urgents, c’est en allant porter des vivres aux malheureux dans leurs maisons cernées par les eaux, que les Camelots du Roi rendirent un service capital.
Dans sa séance hebdomadaire du mercredi 26 janvier, le Comité-directeur des Camelots du Roi décida d’intervenir. Le soir même, nous nous présentions à la Préfecture de police pour proposer le concours des Camelots du Roi. Bien reçus par un haut fonctionnaire, nous vîmes ce concours accepté et l’on nous remit les laissez-passer qui nous permettaient de participer aux opérations de sauvetage.
Le lendemain, les Camelots du Roi, à qui nous avions fait appel, se présentaient nombreux à la permanence générale, qui fut installée d’abord au local de l’Institut d’Action française, puis, lorsque la rue Saint-André-des- Arts fut envahie par les eaux, aux bureaux du journal, Chaussée d’Antin. Des équipes furent constituées. À Alfortville, où la première arriva le jeudi soir 27 janvier, elle fit des débuts particulièrement dangereux. Pendant que Poirier, Saint-Martin et quelques autres s’installaient à la mairie pour quelques jours, embauchés dans le service de M. Vivier, directeur des Ambulances françaises et vieux ligueur d’A. F., Dorange, Lucien Martin, etc., s’engageaient comme rameurs sur les barques chargées de chasser les maraudeurs, au milieu d’une nuit profonde, sur l’immense plaine d’eau, semée d’écueils cachés et de courants violents, qui recouvrait Alfortville.
Au Gros-Caillou. — Le vendredi 28 janvier, les Camelots du Roi furent les premiers à organiser les secours dans le quartier du Gros-Caillou où l’inondation venait d’apparaître. Sous la direction de Me Joseph Ménard, le sympathique conseiller municipal, et avec le concours de Mme la comtesse de Béarn, qui leur offrait son hôtel comme permanence, Maurice Tissier, Me Couprie, Lucien Martin, Edmond de Rigaud, Georges Morizot, Pierre de Lange, etc., aidèrent à établir la passerelle de planches et l’appontement au coin de la rue Saint-Dominique et de l’avenue Bosquet, puis se servant tantôt d’un tombereau, tantôt d’une barque, commencèrent le transbordement et le ravitaillement à domicile des sinistrés, lequel ne s’opérait pas sans difficultés. Pendant quinze jours, les Camelots du Roi se relayèrent à ce poste : Pierre d’Autremont, Henri Ménard, Dorange, Morizot, Lucien Lacour, les frères Récamier, Fageau, Roger de Vasselot, Joseph Jalade, etc., avec quelques personnes secourables comme nos amis le vicomte d’Arjuzon et le comte Louis de Savigny de Montcorps, ou comme ces deux jeunes gens : G. et T., venus de Saint-Denis, dirent-ils, « pour aider les Camelots du Roi », assurèrent le ravitaillement en pain, viande, lait, charbon, vêtements, etc., des sinistrés de ce quartier...../.....
Extrait de « Les Camelots du Roi au secours des sinistrés » de Maurice Pujo - 1911


