Les anti-lumières : entre politique et religion (2)

27 janvier 2010

Le principal représentant de la tradition contre révolutionnaire, Joseph De Maistre, oppose au rationalisme du XVIIIe le sens commun, la foi, les lois non écrites. L’individu est une réalité seconde par rapport à la société et l’autorité. La société n’est pas une somme. Ainsi une société ne peut se constituer par contrat social (Maistre s’oppose ici à Rousseau), car les individus sont, par nature incapables de fonder une société : le pouvoir fonde les individus, non l’inverse. « L’homme » en tant qu’entité abstraite n’existe pas : tout homme appartient avant tout à la société, et il ne peut être séparé que virtuellement de l’autorité et de la tradition qui fondent l’unité de la société. La révolution française est une maladie, car on ne sait plus qui commande dans le corps politique. La Providence, pour punir les hommes, les entraîne dans une rébellion contre l’autorité. Les hommes, se croyant maîtres de leur destin, deviennent leur propre bourreau. La révolution passée, le corps politique est débarrassé des éléments qui l’affaiblissent : plus le pouvoir est fort, plus la société est unifiée, car l’on obéit qu’a ce qui nous dépasse. Maistre prône un régime théocratique, car la religion unifie à l’aide de l’autorité et du pouvoir, tandis que l’individu divise. La monarchie est le régime le mieux adapté, car il respecte la hiérarchie de la société, garantie de l’ordre. Le pouvoir temporel doit se conformer à la Providence, d’où le pouvoir temporel du Pape, et non simplement spirituel.

Louis de Bonald recommande une société où Dieu est souverain. Il préfère l’homme social à l’homme individuel : les individus ne sont pas les acteurs de la société, ils n’ont aucun pouvoir sur elle : la société est antérieure à l’individu, et l’autorité ne peut donc venir de ce dernier. Bonald affirme ainsi : « L’homme n’existe que pour la société, et la société ne le forme que pour elle ». Croire que les hommes peuvent vivre libres et souverains est contraire à ce que l’histoire a montré : il y a toujours un pouvoir (Dieu, le roi, le père), les ministres (le sacerdoce, la noblesse, la mère) et des sujets (les fidèles, les vassaux, les enfants). Il critique la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le droit est une notion dangereuse : si chacun peut réclamer son droit, on finira par oublier ses devoirs et l’anarchie sera à son comble. La liberté individuelle est destructrice de l’ordre social, politique, et hiérarchique. L’homme n’a aucune influence sur l’histoire, et chaque fois qu’il a tenté de modifier l’ordre établi, il a déréglé la société, comme dans le cas de la réforme protestante. Sa doctrine du conservatisme social repose sur une théorie du langage : « l’homme pense sa parole avant de parler sa pensée ». L’homme ne peut exprimer sa pensée s’il n’a pas les mots pour le faire. La pensée vient donc après le langage, et l’homme ne peut l’avoir inventé. C’est Dieu lui-même qui a fait don de la parole en même temps que les vérités sur la religion, la morale et les fondements de l’ordre social. Le langage est donc la clé de voûte de toute organisation sociale.

Les anti-lumières, ou contre-révolutionnaires, avaient conscience des problèmes de la société de leur temps. Certains, comme Louis de Bonald comprenait pourquoi il y avait eu une révolte. Le pays subissait une famine et le roi a trop tardé à réagir. Un ras-le-bol s'est exprimé de manière brutale. Mais cela ne doit pas nous tromper. La révolution de 1789 n'est pas une révolution du peuple, mais une révolution des bourgeois pour s'emparer du pouvoir. La défense des idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité n'était que du théâtre. Désireuse de dominer, la classe bourgeoise a voulu faire éclater la société traditionnelle qui la plaçait en situation inférieure. C'est pour cela que nos dirigeants, encore aujourd'hui, s'auto-flagellent en repentance et ont pour eux-mêmes un sentiment autodestructeur qui les fait haïr toute idée de tradition. Certes la société traditionnelle était inégalitaire. Mais cette inégalité n'était que la reconnaissance de l'inégalité naturelle qui porte chacun de nous à s'unir en société. La tradition, c'était la transmission du beau et du vrai, d'une foi qui nous unissait depuis des siècles. Aujourd'hui nos élites cherchent à réduire l'identité française à ses institutions, aux valeurs du citoyen. Mais chacun sait qu'il ne s'agit là que d'abstractions. Les valeurs des Lumières peuvent sembler fondamentales, mais elles ne sont que des concepts artificiels quand elles se posent comme l'alpha et l'oméga, quand elles perdent de vue les réalités du monde d'aujourd'hui.

Clovis Toulouse - AFE Toulouse

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