La voie de l’avenir pour Haïti

22 janvier 2010

Le monde entier a été a juste titre ému par la catastrophe qui a touché au cœur l'île d'Haïti, et ce d'autant plus qu'en plus du drame humain et des importantes destructions, l'État haïtien lui même semble avoir été démantelé et mis à genoux, incapable de se réorganiser et de se mettre au service de sa population accablée. Nous ne pouvons que nous réjouir de l'immense solidarité suscitée par le malheur de cette perle de la francophonie qu'est Haïti, par contre, il faut condamner sans réserve les guerres médiatiques, les conflits d'intérêts et d'influence auxquels cette catastrophe donne lieu. L'exemple de l'île est en outre particulièrement riche en ce temps d'interrogation sur l'identité française et sa place auprès des territoires d'outre-mer et les actions des gouvernants français, non dans ces temps de crise et d'urgence, mais à l'heure de la reconstruction déjà ( et il faut le saluer malgré nos réserves sur sa politique étrangère ) annoncée par Nicolas Sarkozy.

Il est tout à fait désolant de voir comme plusieurs gouvernements instrumentalisent cette catastrophe. De nombreuses voix se font déjà entendre pour critiquer la main mise rapidement orchestrée des États-Unis dans cette crise, ayant pris le contrôle de l'aéroport de port-au-prince, les responsables américains en place ont en effet arbitrairement décidé de qui pouvait ou non atterrir, et plusieurs vols d'ONG françaises, transportant cependant des éléments essentiels ( hôpitaux gonflables en particulier ) ont été déroutés sur l'autre côté de l'île. En outre on peut s'interroger sur la stratégie du gouvernement de Mr Obama dans cette crise, l'impact médiatique de cette catastrophe sur la population américaine est énorme, la proximité historique de Haïti avec les États-Unis est presque aussi importante qu'avec la France, et la distance est bien moindre, ce qui a amené une forte communauté Haïtienne sur le sol américain, mais s'il y a des chiffres qui sonnent dans les médias, et surtout des hommes ( plus d'une dizaine de milliers de réservistes ) la mission de cette force n'est pas bien claire surtout que le maintien de l'ordre en soutien de la police Haïtienne, ne semble pas être son objectif. Plus symbolique et peut être plus grave, une délégation Chinoise a été envoyée en Haïti en urgence, première arrivée, elle n'a depuis pas fait grand chose de plus que planter un drapeau sur l'aéroport, et est même accusée de gêner par sa désorganisation, le travail des autres équipes. Dans ce cas, il ne s'agissait que d'être sur la photo, cela ne fait aucun mystère, après avoir fait main mise sur l'Afrique en bâtissant une « coopération » sauvage, pillage des ressources naturelles affiché, et méprisante du développement des nations du continent noir, la Chine souhaite renforcer son implantation dans le pacifique pour défier le Japon et les USA, cette tête de pont en Haïti n'avait pas d'autres but.

Pour dépasser cet interventionnisme teinté d'arrières pensées, il faut dès maintenant afficher une volonté de reconstruction, le gouvernement, il faut le reconnaître, l'a bien compris, et la France a été la première voix réclamant une conférence sur la reconstruction pour ne pas laisser l'ile a son marasme dès que l'impact médiatique sera passé. C'est sur la stratégie que l'action de Nicolas Sarkozy est étrange, il se repose en effet sur l'Europe, qui n'a pas grand chose à faire du sort d'Haïti, et si d'autres pays comme les pays bas ont affiché une volonté ferme, ce n'est largement pas le cas ni de l'Union Européenne, toujours inexistante sur le plan international, et condamnée à le rester, ni de la majorité des États qui la composent, noyant ainsi la voix de la France dans un silence assourdissant. La France a oublié qu'elle est par trois de ses territoires une puissance américaine, et si une liaison militaire, au ministère de la défense, organise la coopération entre les forces françaises et américaines sur l'ile, on se demande ce qu'attend Nicolas Sarkozy pour contacter en personne son homologue américain pour établir une résolution commune des deux pays les plus présents sur le terrain et au cœur des Haïtien. Au lieu de cela, c'est avec le Canada et le Brésil qu'Obama a annoncé vouloir planifier la reconstruction des institutions haïtiennes sur le long terme. C'est une catastrophe pour la diplomatie Française au point de donner à penser qu'une réelle inimitié oppose Mr Obama – pourtant ami de la France et personnellement, quand il était en poste, de Jacques Chirac – à Nicolas Sarkozy après que ce dernier ait voulu instrumentaliser sa visite en France et faire du président des États-Unis en toutes occasions qui les ait vus réunis, un faire valoir médiatique. On regrettera également le peu d'effort mis pour contacter et réorganiser les vestiges du gouvernement Haïtien.

Il y a pourtant fort à faire pour cultiver en cette occasion l'amitié profonde entre la France et cette ile. La rupture entre nos deux nations c'est faite dans la douleur, la responsabilité en incombant à l'assemblée constituante qui ( nouvelle preuve de superficialité des idéaux de la révolution ) firent de l'esclavage un artefact constitutionnel. L'attachement des Haïtiens à la France est cependant une constante, en particulier à travers la culture francophone, qui a résisté à toutes les influences et représente l'une des plus grandes fiertés de l'ile. Haïti pour son grand malheur est également une icône des désastres qui ont suivi sa décolonisation, et qui ont été reproduits dans toutes les autres malgré son exemple, avec un siècle d'avance sur l'Afrique, elle a été cependant incapable d'accrocher le train de la modernité, et la plus florissante des colonies françaises, est devenu l'un des pays les plus pauvres, et les plus instables politiquement, de la surface du globe. Il n'y a aucun intérêt à relever encore les discours ridicules déclamant la responsabilité devant l'histoire de l'ancien colonisateur dans les malheurs d'une île laissée à ses habitants, il y a bien une responsabilité de la France dans le destin d'Haïti, mais il n'est lié au passé colonial que par la culture et l'amitié qui nous unit, par le trésor de la francophonie et celui de la foi catholique qui est aujourd'hui le premier soutien du peuple Haïtien. Et puisque la France est au cœur des Haïtiens le premier soutien international, il faut en assumer avec joie le statut, et piloter ( au côté si nécessaire, des États-Unis ) la reconstruction sur le plus long terme possible, à l'heure ou certains Haïtiens, accablés de la destruction de leurs institutions, introuvables aujourd'hui, demandent un véritable protectorat franco-américain.

En outre, à quelques jours d'un référendum imbécile voulant séparer contre l'avis de leurs habitants, certains de nos territoires d'outre mer du corps de la nation, au sujet duquel les médias américains en particulier ont fait gorge chaude de pouvoir dire quel anachronisme étaient ces possessions françaises, que le déclin de la France n'en faisait plus une puissance méritant son statut maritime qu'apportent ces territoires, on notera avec satisfaction que les Antilles et la Guadeloupe se sont trouvées fort bien venues pour établir un pont aérien, transporter des blessés, et acheminer matériel et personnels français, les haïtiens ne s'y trompent pas et les français d'outre mer non plus, même si la république et l'Amérique en doutent, la France a toute sa place, et toute son identité, dans ses territoires du continent américain.

Vincent Chalmel - Son Blog

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