L'avortement, au coeur d'une définition de l'homme
10 août 2009 | 1 commentaire
Le conflit règne et perdure entre les défenseurs de l'avortement et ceux qui le condamnent avec vigueur. Au centre de cette bataille demeure une question qui revient sans cesse, dont on ne peut faire l'économie dans un tel débat : quelle est la nature de l'homme, quel est son essence, comment le définir ? La réponse à cette question mène assurément quelques uns à justifier l'existence de l'avortement tandis que d'autres s'en servent pour le condamner. Un consensus majoritaire apparaît ainsi suite à cette problématique : les deux camps se refusent à tuer l'être humain, et ce sont des différentes manières de définir l'être humain que naissent les oppositions.
Deux définitions de l'homme semblent ainsi pouvoir se dégager pour mettre en scène ce conflit, deux définitions différentes en de nombreux points. Et pourtant, c'est de nouveau un consensus qui est bien souvent à la base des deux argumentations : l'homme est un être doué de pensée et d'une conscience de sa propre pensée ; c'est ici la tradition cartésienne qui s'exprime à travers la célèbre expression philosophique : « cogito ergo sum ».
Mais qu'est-ce qui oppose donc les uns aux autres si le consensus semble être la norme ? C'est la temporalité. Quand apparaît la conscience, la pensée, l'intellect, l'âme ? Sont-ils présents chez le fœtus ? À partir de quel mois ? Le débat fait alors rage à grand renfort de théories ou de preuves scientifiques. En réalité, ce sont bien plutôt des différences culturelles qui s'expriment ici plutôt que scientifiques : le délai légal d'avortement est prescrit par des lois qui varient selon les pays (12 semaines en France, 16 en Suède, 22 aux Pays-Bas...). Face à cet échec de la science, les arguments s'orientent bien souvent dans le domaine de l'émotif pour s'exclure de toute rationalité.
Deux définitions se présentent donc, dans le domaine de la temporalité. La première est la conception qui semble dominer aujourd'hui et qui a cours (du moins politiquement) dans l'ensemble des pays qui ont légiférés favorablement au sujet de l'avortement. Cette première définition propose un homme individué qui n'existe que dans la temporalité présente. C'est la définition que nous nommerons postmoderne : le « No future ! » des Punks est la norme ; il n'y a plus ni référence au passé, ni projection dans l'avenir : l'homme, ou plutôt devrait-on dire l'individu, est coupé de ses racines aussi bien culturelles qu'humaines : il est seul. Détaché de tout ensemble, l'on peut alors aisément définir l'apparition en lui d'une pensée et ainsi légiférer en conséquence. Quand devient-il responsable, humain, adulte, quand peut-on dire qu'un individu est ? Une réponse, aussi arbitraire soit-elle, conviendra.
La deuxième définition proposée est celle d'un individu lié. À son passé, à son avenir, à sa famille, à sa région, à son pays...tous attributs de son identité. L'être humain fait alors fonctionner l'ensemble des temporalités pour se définir, pour avancer, et son identité ne repose plus sur son unique individualité. L'on échappe ainsi au danger solipsiste de la définition précédente et aux quelques questions sans réponse qui pourraient se présenter à nous : si l'homme n'est homme que dans la pensée, dans la conscience de l'activité psychique qui le régit, qu'en est-il de la période du sommeil, du coma, ou d'autres états dans lesquels nous n'avons pas nécessairement conscience de notre pensée et qui mèneraient ainsi à la perte de notre identité humaine ? Impasse semblable à la philosophie de la conscience d'un Maine de Biran qui posait le problème de la permanence du moi. Cette deuxième définition, celle d'un homme lié, propose ainsi un complément indispensable à la première : si l'homme est un être doué d'une conscience, et notamment de la conscience de sa propre pensée, il est surtout un être qui porte en lui la possibilité d'une conscience et d'une pensée.
La conclusion de cette réflexion est décisive : l'homme n'existe pas seulement en acte, mais également en puissance. C'est peut-être là que réside sa plus grande différence d'avec l'animal. Lié, il existe au sein de sa famille, dans l'ensemble des évènements qui vont le constituer. Enlevez-lui sa famille, l'être sera dénué et aura perdu une partie de soi-même. Enlevez-lui son Histoire, vous allez le tuer. L'on retrouve ici “l'inégalité protectrice” dont parlait Maurras, la mise en avant d'une hérédité et d'une transmission nécessaire à l'être même de l'homme : au contraire du petit poussin, “bien avant de courir, le petit homme a besoin d’être tiré de sa mère, lavé, couvert, nourri. Avant que d’être instruit des premiers pas, des premiers mots, il doit être gardé des risques mortels. [...] Il n’est pas promis à la solitude. Il ne la supporterait pas.”* Il ne saurait donc être question de définir temporellement la présence de la vie en l'homme. Cette pensée même n'est ainsi qu'un raccourci bien absurde pour éviter quelques difficultés. L'homme est, c'est un fait, il n'y a pas à en discuter, mais notre société contemporaine ne semble pas décidée à laisser l'homme s'évader de son unique individualité, de son unique temporalité.
Mais cette question de la filiation, de la transmission, de la natalité, ne semble plus revêtir aucune importance pour nos hommes politiques. Et pourtant cette dernière devrait être au centre de nos préoccupations : ce sujet est par définition au cœur de la politique, c'est ce qui commande la naissance et la disparition des nations. Qu'est-ce qu'un pays qui voit sa population décroître ? Un pays mort, assurément. Le dogme libéral l'a bien compris et s'en sert afin de prôner l'immigration massive, ô solution miracle à tous nos problèmes, pauvre ersatz qui déstructure la France. Le même dogme qui mène à la politique familiale désastreuse que nous connaissons. Pourtant, “l'avenir de la famille est radicalement inséparable de celui de la société”**. Il faut donc remettre à l'honneur la famille, lui rendre ses responsabilités et son rôle, rémunérer les mères de famille qui se consacrent à leurs enfants, aider les filles mères et les accompagner à travers un développement des cellules d'accueil et d'écoute, en somme relancer une véritable politique familiale ainsi qu'une rééducation morale à travers notamment “une humanisation de la sexualité, c’est à dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l’un envers l’autre”***.
*Charles Maurras, Mes idées politiques.
**Jean de France, duc de Vendôme, Une urgence vitale : relancer la politique familiale.
***Benoît XVI interrogé par Philippe Visseyrias, lors de la conférence de presse du 17 mars 2009.
Dimitri Julien



Un commentaire pour "L'avortement, au coeur d'une définition de l'homme"
LEPAGE
Le 10 août 2009 à 14:32
Je ne puis qu'approuver votre opinion, malheureusement,les ravages et de l'école et de ce quiest convenu d'appeler l'information, font que lee niveau moen de réflexion n'est que matérialiste, untilitariste et très court terme; l'immédiat;
quant aux animaux, s'ils ne parlentpas, ils s'expriment. encore faut il avoir la volonté, la patience, l'amour suffisant pour les "entendre".