Droit de réponse: « le royalisme d’extrême-droite »
30 juillet 2009 | 2 commentaires
J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de m’exprimer en commentaires concis sur le blog de la Charte de Frontevrault, lorsque je jugeais pouvoir apporter ma part de développements à des réflexions déjà fructueuses. C’est pour m’en donner le temps que je le fais aujourd’hui dans ces colonnes, à propos d’une reprise par lui d’un article-pamphlet, assez symptomatique des réflexes qui sont ceux du royalisme contemporain. Puisque le beau nom de l’Action Française s’y trouve si allégrement mêlé aux sobriquets de « l’extrême-droite », du « fascisme » et que sais-je encore, je ne pouvais pas ne pas réagir et nourrir en l’éclairant ce vieux débat.

Ici comme ailleurs, les questions historiques ont tant été débattues, sont tellement insignifiantes devant ce qui nous intéresse vraiment que l’on ne regrettera pas de les expédier promptement en « post-scriptum » , comme de vulgaires notes de bas de page. Ce qui frappe tout le monde, c’est la manière dont des esprits a priori proches les uns des autres sont capables de se disputer sur ce qui apparaîtra toujours à chacun comme l’évidence-même, même après de longues explications répétitives de part et d’autre. Ce ne peut être là que le fruit d’un vocabulaire captieux fait pour diviser et pour embrouiller les esprits. Au point où sont les choses, je ne prétends pas nous réconcilier tous par ma seule science; du moins vais-je tenter d’élever un peu la dispute
D’abord, il y a un risque éminent à reprendre la terminologie « gauche-droite », d’autant plus grand qu’on y joint des « extrême », et je ne le fais moi-même jamais qu’avec des pincettes. Or, nos différents jouteurs s’en réclament bien volontiers, arguant de sa praticité, mais à cause de cela ne que tomber en désaccord. C’est d’ailleurs l’effet depuis toujours recherché avec ces termes que de poser des lignes des fractures dans le champ politique, lignes de moins en moins pertinentes de l’avis général. A plus forte raison pour les royalistes ! Il ne sert ici qu’à nous diviser, à l’un qu’à jeter l’opprobre sur l’autre pour n’être pas accusé à son tour, à l’autre qu’à se rattacher à des nationaux-républicains dans un même assemblage pas forcément cohérent.
Soyons-en d’autant plus convaincus que les différences pratiques que chacun souhaite faire valoir ne tiennent, pour ainsi dire, à rien. Chacun voit bien par exemple qu’il faut reprendre le contrôle de l’immigration (et pas seulement pour pressurer les salaires), même si l’un se doit d’ajouter que « la Défense du Territoire n’est pas incompatible avec une certaine dose (…) d’immigration. » Cela ne résulte en fin de compte que d’une erreur d’appréciation marginale, et nous-mêmes pourrions en convenir: pourquoi pas après tout une certaine dose, quand nous aurons réussi l’inversion migratoire, restauré un semblant de cohérence nationale, pacifié des réseaux urbains par ailleurs restructurés autour de leurs communautés ?
Plus grave est à mon sens la source dont découlent pareilles erreurs: les droits de l’homme. Il faudrait presque être progressiste pour pouvoir promouvoir « l’ouverture aux autres » ! En réalité, nous savons qu’il n’en est rien, que l’universalisme chrétien de nos rois n’a rien de commun avec l’universalisme révolutionnaire, lequel sert surtout à justifier d’inavouables intérêts (« les hommes doivent être égaux parce qu’il me flatte d’être leur égal ») alors que celui-là est porteur de valeurs à proprement parler « humaines » : l’égalité spirituelle (devant Dieu), par exemple, d‘où dérive une charité incompatible avec l’égalité matérielle, d’ailleurs impossible quoique les marxistes la considèrent toujours comme la seule réponse adéquate aux injustices sociales issues de l’égalité des droits. Et s’il déclare des droits « naturels », c’est en admettant qu’ils sont garantis à l’homme par les communautés qui l'entourent, tandis que l’universalisme lumineux n’a pas ce genre de soucis « bassement matériels ». Aussi est-ce à un Etat centralisateur et tyrannique qu’il revient d’assumer les droits que l’on aura fait miroiter vainement, et c’est là le germe du totalitarisme ! Non plus que les hommes, les valeurs ne sont égales, et c’est d’abord parce qu’il fut français dans un monde où la France était digne héritière de la Civilisation que tel Roi fut grand.
Pas plus que les droits-de-l’homme dont elle est la conséquence politique, la démocratie ne saurait être élevée au rang d’absolu. Son seul « mérite » historique aura été de mettre une hypothèque sur l’Etat en le laissant à la dérive de l’opinion, en le soumettant à la vacance du pouvoir. Nous n’avons rien gagné à vivre en démocratie internationale plutôt qu’en monarchie communautaire - car là est l’alternative. Qu’on la puisse trouver en monarchie ne montre qu’une chose: que la monarchie est altérée dans sa conception même, que les principes qui la sous-tendent ne sont plus ceux d’hier. Les « monarchiens » d’aujourd’hui devraient s’étonner de ce que la France ait pu vivre si longtemps sans démocratie; en vérité c’est ce qui lui a permis de traverser l’Histoire
Quant à la véhémence et la rapidité avec laquelle sont jugées nos méthodes comme nos idées, notre stratégie et nos options, je dis que ceux qui n’ont de cesse de vouloir s’en démarquer ne font pas mieux, et n’acceptent de soumettre à l’avis éclairé des princes, ou plutôt des conseillers des princes dans la dialectique qui est la leur, que quand cet avis rejoint le leur… Il s’agit donc d’une fidélité bien pointilleuse, que met à nu une unique sentence (le public nous excuse la légèreté de la citation) : « Que ferez vous si vous tombez sur un roi d'extrême droite, pauvre couillon ? ». Et tout en gardant à l’esprit le peu de cas que nous faisons de ce vocable, nous ne saurions éluder l’hypothèse d’un roi qui, à défaut d’être « d’extrême-droite » et pour tout dire « vraiment très méchant », n’en serait pas moins porté par une saine volonté d’exercer les prérogatives qui de tout temps lui reviennent et sans lesquelles il ne peut, par définition, exercer dans la continuité et l’indépendance son rôle d’arbitre. Cela est possible, mais plus encore: cela est souhaitable.
Reinelde Maes
... Et comme promis, la sempiternelle remise au point historique, qu'il ne nous faut pas moins répéter inlassablement pour avoir une chance d'être entendus: d'abord, que nous suivîmes le vainqueur de Verdun dans les circonstances tragiques de la débâcle ne signifie en aucun cas que nous approuvâmes en tout point la politique qui fut celle de Vichy. Le Maréchal et nous n’avions d’ailleurs pas renoncé à toute revanche, bien au contraire, et le renfort propice des Africains du Général Weygand dans le cadre de la Libération de la France nous donnera raison - Weygand qui, comme Maurras, s’attirera par son action l’inimitié allemande. Par cette autre Union Sacrée, nous ne visions jamais que la grandeur de la France, et Maurras le prouva en se tournant vers le Général Leclerc dès la chute du régime. D’autre part, si l’AF a effectivement été la cible d’assassinats nombreux, aussi bien de la part des anarchistes que du régime, elle ne s’est jamais permis cette option dans le cadre du combat qui était et qui demeure le sien. L’éventuelle versatilité des militants, leur départ individuel et pour tout dire isolé pour l’aventure terroriste ne saurait donner le change: l’AF n’est pas la Cagoule. Nous n’avons pas un mort à nous reprocher.



2 commentaires pour "Droit de réponse: « le royalisme d’extrême-droite »"
Titou
Le 31 juillet 2009 à 16:08
Désolé mais il prouva surtout qu'il faut condamné comme les autres collaborateurs et qu'il ne doit sa survie que par une grâce alors entendre :''en se tournant vers le Général Leclerc dès la chute du régime'' ça fait quand même sourire.
Et même si maintenant c'est trés facile à dire mais force est de dire que si vous avez suivi Pétain et bien vous avez suivi la voix de l'abandon, de la résignation et plus tard de la honte nationale et historique.
J'ignorais ce passé pas glorieux faute de culture personelle (comme quoi on paie souvent son ignorance)
Reinelde Maes
Le 1 août 2009 à 9:35
Très facile en effet, d'autant plus que vous biaisez: signer un armistice quand le pays est envahi est la procédure normale pour qui est défait militairement et veut se donner le temps de réorganiser ses forces... plus honteux est à mon sens l'abandon algérien dans la mesure où nous gagnions sur le terrain !