Ancilla Ploutocratiae
24 juillet 2009 | 1 commentaire
Le titre de cet article reprend celui d'une partie de l'Avenir de l'Intelligence du Martégal qui ne sera, j'en suis persuadé, nullement offusqué de cet emprunt ; quant à son objet, il est une réaction à l'entretien que nous avons eu le déplaisir d'entendre ce matin sur France Info, entre Philippe Vandel et Christophe Dechavanne. Le premier interrogeait le second sur son combat en faveur du "préservatif à 20 centimes" (soit 1.31 francs, mais comme l'indiquait l'intellectuel de Fortune à qui l'on a confié la roue dernièrement, il vise la distribution de boîtes de 15 vendues à 2 euros, soit 0.87 centimes de francs l'hostie libertaire, ce qui permet d'inclure l'action dans la durée comme le prolongement de la "capote à 1 franc" d'il y a 10 ans)... Cela méritait-il un article? En l'état, non, absolument pas. C'est la réponse logique à apporter si l'on s'en tient, comme de coutume, à la position des personnes dont on ne saurait attendre plus. Mais parce que d'après le lieu commun, "L'Enfer est pavé de bonnes intentions", c'est toujours faire oeuvre de salut que venir chaque instant déloger le pavé dans l'intention de contrecarrer un édifice que l'on redoute par-dessus tout.
Ce n'est pas bien méchant, en effet, que de vouloir prémunir les gens contre le virus du SIDA. Il doit bien y avoir l'ombre d'une réflexion dans le fait de croire que le prix de la protection peut provoquer, dans une certaine mesure, un certain frein à l'adoption inconditionnelle de la protection efficace contre tel fléau. Dechavanne y croit dur comme trique, d'où l'objet de son combat. En faveur de tous - les gens de son âge étant, il en convient, les plus durs à convaincre -, mais surtout en faveur des jeunes qui, qu'on ne se voile pas la face, forniquent de plus en plus tôt. Ce n'est pas dit explicitement, mais c'est encore la vaine morale qui est encore ici responsable; non seulement on doit diminuer les coûts, mais il faut s'assurer en outre que des distributeurs soient installés ailleurs que dans les pharmacies, car nos jeunes craignent le regard des grands.
Ces jeunes dont "on" nous donne un exemple: une fillette de 14 ans avoue un jour à son père: je suis enceinte... Le père de demander: tu sais de qui? La fille de répondre: je ne sais pas, j'ai vu trois mecs cette semaine. Tutti va bene. Pour Dechavanne, la solution est là : préservatifs moins chers et plus accessibles. À peine ose-t-il exiger qu'on le leur fourre de force et gratuitement dans les poches. Il me semble qu'il est temps d'organiser un festival pour décerner la palme des plus grandes actions sociales inconséquentes. À ce niveau-là, les noms d'animaux ne suffisent plus : ce n'est pas un veau, ni même un âne... Il faut revenir aux bonnes fondamentales de notre espèce et déplorer la forme la plus franche d'imbécillité qu'il a été donné d'entendre depuis... À vrai dire, peu de temps, mais celle-ci m'a démangé la plume.
C'est peut-être affaire de revanche, me souvenant de ces semaines infernales précédant le SIDACTION ; j'avais manqué de finir reclus en haut d'une montagne, tant mes plus proches connaissances avaient intégré le concert inaudible des mollusques acéphales, éructant l'atrabilaire crachat de leur conscience brumeuse sur l'aube blanche du Pape qui rappelait, en deux temps-une phrase, qu'on ne sauverait pas l'Afrique du virus à l'aide seule du capuchon mais, qu'en outre, à ne retenir que cette "solution", on risquait même d'aggraver les choses. Que n'ai-je entendu alors comme objections (j'ai peut-être mal choisi le préfixe; l'"ab", souvent, sied mieux que l'"ob") désolantes et perfides! Qu'on le redise ici: la réflexion de Benoît XVI est absolument recevable, discutable tant qu'on le souhaite, mais recevable (et d'ailleurs, parfaitement reçue dans tout pays où la presse et la population ne dépendent pas trop, ou seulement des loges). Je n'en ai jamais voulu à ceux qui remettaient en cause sa vision des choses; mais à ceux qui le jugeaient comme homicide, sans étude ni de l'homme, ni des hommes; sans connaître un peu l'Afrique; sans la moindre réflexion sur la place du sexe en politique... Ceux-là ne demeurent pas même dans la géhène de ma conscience. C'est trop de souffrance que de vouloir aimer, et être aimé des sots.
Tel est le non-sens - et donc, l'irrecevabilité théorique -, de certaines positions (qu'on me pardonne l'expression) sur le sujet. On veut faire de la politique sans faire de morale, on veut faire de la morale sans faire de politique. On dit de faire les choses, on veut que les choses soient faites sans avoir besoin de penser plus en amont que le péril immédiat. J'ai sur le préservatif l'opinion de l'Eglise: je ne fustige pas, j'en fais affaire de casuistique... Que Dechavanne ne comprenne pas cette subtilité, cela m'affecte autant que l'incompréhension qu'en peut avoir tata Huguette ou Michel Lambda. Mais que Dechavanne soit mis au devant de la scène comme un Abbé Pierre, cela me gêne un peu. Qu'au cas de la jeune fille qui, à quatorze ans, on apprenne que le problème n'est pas d'offrir son sexe à qui mieux-mieux, tant qu'elle se protège, cela me gêne beaucoup. Et enfin, qu'on réduise la question du sexe -au moins dans celui qui requiert deux personnes, je parlerai de l'onanisme une autre fois si Dieu veut - à la volonté individuelle, c'est là un ratio qui me dépasse, non point moralement mais du seul point de vue de la logique la plus élémentaire.
Jusqu'où le scepticisme des fils de Locke ira-t-il pour entraver cette réalité très simple, à savoir qu'il y a dans la question du sexe autre chose que celle de l'orgasme et du bien-être? Et que toute problématique sociale qui s'y rapporte et vise l'interdit dans certaines conditions, à certains âges, n'est pas nécéssairement l'apanage du fanatisme religieux et de l'irrationalisme frustré du bigot? Que Dechavanne s'y trompe, je l'ai déjà dit: peu me chaut... Mais que le journalisme institutionnel ne vienne jamais tenter de faire le rapport complet de la situation, par-delà le prêchi-precha consensuel de la sociopathie galopante des démagos coprophiles, qui croient "protéger l'amour" en normalisant, sous prétexte prophylactique, des tendances qui nuisent autant au corps qu'à la tête quand on les sort du mode casuistique qui les détermine en tant que possible vertu ; que le journalisme institutionnel ne soit plus capable de se rendre compte qu'il n'y a pas seulement ici une campagne sanitaire, mais bel et bien idéologique; que ce journalisme-là soit à ce point endormi me fait dire que, dans le fond, il n'est qu'un cadavre de plus dont il faut s'éloigner si on veut de l'air frais.
Quant au vain espoir du pauvre Dechavanne, je lui soumets cet élément de comparaison: si on mettait à sa disposition un distributeur de baillons afin de lui éviter de dire des conneries, même à 20 centimes, en prendrait-il un? C'est le même problème avec ceux qui ne se protègent pas mais qui font cela souvent: ils n'ont pas conscience de leur faiblesse quand ils font la chose. Dans l'ordre social, c'est-à-dire dans le cadre général de pensée qu'on impose aux gens, on sera bien forcé de revenir un jour sur une vision de la sexualité plus élevée que celle des gourous "psychistes" de magazine ou des politicards obséquieux. Il y a, certes, l'hygiène sexuelle ; il y a, on en convient, un échange de fluides dans l'acte qui transmet, d'un corps à un autre, des entités étrangères. Mais on ne se construit, on échange rien si à cet acte, on associe rien qui émane de la pudeur et du respect. Le préservatif n'empêche ni l'un ni l'autre: sa promotion, son automatisation, elles, sont propres à le faire. Qu'on ne mette pas la charrue avant les boeufs et qu'on apprenne aux gens la caresse et le baiser.
CASUISTIQUE, c'est-à-dire selon le cas; le préservatif n'est pas une cause sociale. On ne doit pas en faire une promotion générale: dans le cadre de sa mission prophylactique, il doit être évoqué là où il sert. Mais il sert partout... Voilà qui est faux, assurément. Il y a des cas, il y a des groupes "endogames" où la proportion de personnes contaminées est supérieure à celle des gens sains; d'un point de vue général, par-delà les cas, il y a les moeurs (du latin "mora", coutume, habitude) qui génèrent, outre l'acte sexuel en soi, un danger que les maladies ne se répandent. L'exemple benoîtement cité par Dechavane de la gamine de 14 ans illustre bien ce que je tente de mettre ici en évidence: la capote ne résoudra aucun problème en ce cas.
Cet article n'est pas une fin, il y en aura d'autres pour arrondir les bords d'une réflexion attenant aux rapports du sexe et de la société. Mais on dira ici, en reprenant une trame célèbre et en l'arrangeant un peu, que le sexe est une affaire trop sérieuse pour qu'on la confie aux mains des hygiénistes... Quant à celles des animateurs télé, je n'en parle pas.
Nils Leroy



Un commentaire pour "Ancilla Ploutocratiae"
Fiodor Soloviev
Le 28 juillet 2009 à 20:08
Bravo.
Camarades, l'immonde propagande continue à se déverser. Dans les rues aussi bien que dans les universités, attaquons nous à ces affiches omniprésentes, à cet Etat qui, s'il le pouvait, installerait des caméras jusque sous nos couvertures.
"L'acte sexuel comme objet de consommation au même titre que n'importe quel autre." Politiquement comme moralement, ce constat est irrecevable. Et encore moins la volonté de l'Etat de nous l'imposer. Il est encore des hommes attachés aux libertés en ce pays. La fausse éthique hygiéniste témoigne d'une gangrène sans commune mesure, excellemment analysée dans cet article.
Aucune accusation de romantisme ne tiendra contre nous.
Notre démarche est politique, et bien sûr, insurrectionnelle.