Lire Zemmour : Le Premier Sexe
2 juillet 2009
Le féminisme occidental a eu raison de l’homme viril. En digne héritier de la Révolution, il a perverti le message chrétien et pacifique d’égalité pour mener sa guerre et assoir la domination hégémonique des femmes dans une société jadis équilibrée. Porté naguère par le capitalisme pour doubler le nombre de producteurs-consommateurs salariés en l’étendant aux femmes, il lui sert aujourd’hui, à la faveur de la mode gay, d’alibi branché dans la maximisation de la consommation d’hommes appelés à prendre soin de leur corps et à se faire belles. Dans ce travail de sape idéologique de nos fondements anthropologiques, les média et le terrorisme intellectuel dont ils sont garants occupent une place privilégiée: « Le publicitaire n’est pas un prophète; c’est le bras armé de l’idéologie dominante. (…) Les publicitaires n‘annoncent pas la société qui vient; ils sont chargés de l‘imposer à grands coups de propagande. Ils sont grassement payés pour cela. Ils ont jugé que, homosexuels ou hétérosexuels, tous les hommes devaient adopter les valeurs ludiques et festives des « gays » (…). » (p.26) Mais cela ne se fait pas sans mal. Dans les banlieues, d’abord, où les bandes de jeunes allogènes qui font leurs la barbarie consumériste continuent de rejeter violemment la déchéance féministe, et s’en prennent pour cela aux petits Blancs qui en sont les flagrants dépositaires. Aux Juifs aussi, qui délaissent alors leur statut d’éternelles victimes pour les mâles accents de la cause sioniste et du Général Sharon, et forment leurs propres milices communautaires. Aux flics enfin, qu’ils se flattent d’affronter parce que sans l’avouer, ils voient en eux les derniers hommes dignes de ce nom. Dans ce cadre-là, islam s’impose en France comme le seul rempart face aux doctrines traditionnelles, jugées trop compassionnelles. Enfin, en politique, où les femmes, quoiqu’elles refusent encore les poste-clé du pouvoir, n’y distillent pas moins une sensiblerie et une guimauverie propres, bien incompatibles avec « l’instinct de mort » pourtant si nécessaire dans ce domaine-là, et qui de « régences » en « gouvernances » semblent paralyser toute éventualité de réforme. Laissant du même coup le pouvoir réel aux secteurs si masculins de l’industrie et de la finance. Les nouvelles générations s’annoncent encore plus pleines de souffrances que les précédentes: « Et les mères qui dorment avec leurs enfants, et les maris qui se replient sur le canapé. Les consultations de psys (psychanalystes et psychiatres) encombrées de gamines anorexiques, parce qu’elles refusent avec une rare violence (contre elles-mêmes) leur famille où les pères ne sont plus des pères mais un autre enfant de leur mère toute-puissante, et les bureaux des juges envahis de garçons de plus en plus violents, sans repères ni limites. On commence même à voir des filles violentes et des garçons anorexiques. « L’hyperactivité » des enfants devient un lieu commun des conversations. Des enfants qui n’obéissent pas, qui ne se concentrent pas, des enfants qui se déscolarisent, se désocialisent. Des enfants violents, des enfants tyrans. » Tout cela suite à l‘effacement des pères. « Leur rôle (…) était ingrat: ils devaient séparer la mère de son fils, le sortir de la fusion originelle, l’ouvrir au monde. Ils devaient subir la fureur du fils et de la mère. Être le salaud. Longtemps ils l’ont fait, tenant leur rôle stoïquement. Les femmes les ont libérés de ce rôle de méchant » (p.93). Rôle qu’ils se doivent de reprendre, même s’ils n’en ont pas forcément envie.
Cependant, malgré tout le bien que nous pensons d’elle, de son rôle éminent comme son entrée symptomatique dans la comédie républicaine, nous ne ferons pas de Ségolène Royal « la synthèse du vieux puritanisme catholique de son enfance et du farouche égalitarisme féministe » qui la rendrait « à la confluence de deux mouvements historiques qui se confondent aujourd’hui » (p.33). En effet, les suffragettes du début du XIXème siècle n’avaient que faire des revendications lubriques de leurs « continuatrices » des années 60, de la même façon que tout change chez les socialo-communistes, avec la mort de Georges Marchais, dans l’appréhension des questions migratoires. Dans les deux cas, il y a un retournement complet de perspectives, un largage de l’héritage pseudo-catholique et du compromis péguyste que rend seule possibles la faiblesse et la corruption d’une doctrine vouée à la déchéance. Ainsi, le fait qu’il y ait eu dès l’origine des féministes « trash » et qu’il reste des féministes « classiques », ou bien que le mouvement tend à s’inverser, comme il tend peut-être à s’inverser du point de vue de l’immigration avec le phénomène Soral, ne doit pas donner le change. Cela ne doit surtout pas nous laisser penser que la pornographie est la renaissance inéluctable des bordels sous une autre forme, comme le suggère l’auteur, que « le couple est la valeur féminine par excellence » (p.35), ou encore que « le seul roi de France qui n’eut pas de maîtresse fut aussi le seul qui finira guillotiné », comme si la révolution était née sous le règne de Louis XVI. En vérité, comme l’a montré Jules Barbey d’Aurevilly, on ne saurait imputer au dernier des Bourbons prérévolutionnaires l’origine de la chute, celle-ci n’a pas pu se produire en un si court délai. Au contraire, pour l'écrivain catholique, « la faute est là, incarnée par l'institution des bâtards de Henri IV et de Louis XIV, et par Louis XV, qui éleva l'adultère à la Fonction, dans la personne de Mme de Pompadour et de Mme Du Barry. (…) Nous ne craignons pas de le dire, c'est là le grand crime des bourbons, la tache indélébile qu'on ne lavera pas dans toute leur gloire. L'adultère public de ces rois très-chrétiens, dont l'exemple frappait au cœur la famille et la pourrissait, explique plus, selon nous, que toutes les fautes de la politique, les malheurs de cette race brillante et infortunée. »
Croire qu’il n’y a pas de satisfaction durable possible dans un ménage à deux, ça n’est pas simplement contraire à tout l’enseignement de l’Eglise, c’est inconciliable avec toute idée de vertu et d’héroïsme, c’est sous prétexte de restaurer un patriarcat fondé sur l’argent et le mariage arrangé, qui n’a rien de chrétien et que nous qualifierons de bourgeois, nous mener à des défaites connues de l’Histoire. Quant à dire que le « divorce de masse [n’est pas] la manifestation de l’individualisme régnant » sous prétexte que « la plupart des divorcés se remettent très vite en ménage » (p.91), c’est tout-à-fait propre à occulter ce fait que le « couple » dont on parle ici correspond à une dénaturation du noyau traditionnel, décomposable et recomposable à merci, c’est-à-dire au propre « recentré sur les individus ». Le produit d’une société de droits sans devoirs.
Reinelde Maes


