Burkamania

25 juin 2009

Avec l’été renaît la vielle polémique qui avait si méchamment enflé il y a cinq ans à propos du voile « islamique » et qui avait fini par une loi du niveau de celle de 1901: on bannissait sans se poser plus de questions le foulard incriminé des lieux publics, et pour faire bonne figure tous autres « signes ostentatoires » des différentes religions qui, s’ils ne posaient a priori aucun problème, demeuraient susceptibles de heurter les préjugés consuméristes de ce monde-ci et ses vecteurs de propagande laïcs. Les femmes portant la burka fréquentant peu jusqu’ici les lieux publics, les rangs de celles susceptibles d’en porter ayant eux-mêmes beaucoup grossi en quelques années seulement, le problème a davantage tardé à se faire sentir. N’oublions pas non plus l’influence déterminante de la belle saison: les gens sortent; ces dames aussi, enfilant leur plus bel habit et, flanquées de leur barbu, s’en vont profiter du beau temps; de même, les politicards enfermés depuis des mois dans leur bureau, occupés qu’ils sont à répondre aux sollicitations de leurs administrés et à œuvrer au bien de la Nation, voyant les beaux jours arriver, se laissent prendre à flâner dans les rues. A moins que la rencontre-choc avec les électeurs ait eu lieu dès la campagne. Quoi qu’il en soit, les voilà confrontés avec stupeur à l’islamisation de la France.

Mais est-ce au juste la burka le problème, ou est-ce la confrontation sur notre sol de mœurs étrangères, et plus souvent étrangères que barbares, avec la barbarie libérale-libertaire ? Car nombre de ceux qui crient au scandale aujourd’hui ont combattu et continuent de combattre l’influence chrétienne, croyant naïvement pouvoir assimiler les peuples du monde à une nation d’autant mieux que celle-ci serait « laïque », comprenez: sans foi ni repères. Mais l’on ne s’assimile pas à « rien ». Nos hôtes l’ont bien compris, qui ne se sont pour beaucoup pas laissés prendre à ce jeu de dupes, et la vacuité républicaine ne les a pas déçus en laissant la sous-culture yankee dominer en lieu et place des traditions de ce pays. Celles-ci ont été consciencieusement sapées au nom d’un idéal économique. Que dire aux déracinés qui préfèrent encore les kébabs aux Mac Do, les mosquées aux grandes surfaces et les burka aux strings ? Et ce n’est pourtant pas le moindre des avilissements qu’ont promu les tenants d’une liberté de la femme-objet qui nous vaut le mépris des peuples, autant qu’elle répugne au bon sens et à la paix civile. La modernité ne porte-t-elle pas plus sûrement atteinte à la dignité de la femme qu’elle prétend défendre que toutes les vieilles coutumes que l’on agite comme autant de drapeaux rouges ? Les Françaises n’ont-elles pas longtemps porté quelque couvre-chef pudique, pendant l’office ou dans la rue, ne poursuivent-elles pas pour certaines cet usage prôné par Saint Paul ? Enfin, la laïcité telle qu’on l’entend républicainement n'est-elle pas une religion comme les autres? « Théologie diminuée mais théologie, et d'autant plus ardente, fanatique, féroce, qu'elle évite de prononcer le nom de Dieu ou qu'elle y ajoute un cortège de qualificatifs belliqueux. La querelle n'est pas entre la religion d'une part et la science de l'autre, mais entre une religion et une autre religion » (Charles Maurras, La Gazette de France, 8 sept. 1904). Son beau dogme de liberté semble bien ébranlé au demeurant: la voit-on comme ce qui ne nuit pas à autrui? La burqa ne devrait blesser personne; celle de faire les choses sans contrainte? Ce sont alors les frères et maris le problème, qu’il faudra interroger au plus profond de leur âme. Des inquisiteurs laïcs en sont venus à cette conclusion, qui si elle a le mérite d’être cohérente, n’en laisse pas moins songeur par son impraticabilité totalitaire: on violera sans vergogne l’intimité des familles pour que l’Etat-Léviathan y garde un œil toujours plus vigilant. Sans compter que cela ne résoudra en rien le problème. Les femmes s’assimilant le plus souvent à la cause de cette culture qui est la leur, le taux de burqa ne devrait baisser que marginalement si une telle situation de libre-choix était possible. Comme ça n’est évidemment pas le cas, c’est la sous-culture de masse qui s’imposera à elles, et elles se croiront libres d’avoir largué leur habit pour d’autres, jugés plus occidentaux comme plus valorisants. Toutes ces préciosités n’empêcheront donc pas nos traditions nationales de souffrir d’une concurrence exogène. Mais cela pourrait au moins avoir le mérite de faire taire notre République, et la discréditer pour de bon lorsqu’elle s’essaye à condamner les uns et les autres au nom du Droit de la Femme et de l'Unité de la France.

Reinelde Maes

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