La sécession contre les gentilles postures euro-compatibles

26 avril 2009

La sécession d‘avec le monstre confédéral et tyrannique, qu’il soit européen ou yankee, ça n’est pas qu’une image vieillie d’un temps lointain, contrairement à ce que pense notre collègue de Royal-Artillerie* qui semble surpris et même déçu de découvrir la présente campagne ces jours derniers en même temps que le commun des mortels; mais que [...]

La sécession d‘avec le monstre confédéral et tyrannique, qu’il soit européen ou yankee, ça n’est pas qu’une image vieillie d’un temps lointain, contrairement à ce que pense notre collègue de Royal-Artillerie* qui semble surpris et même déçu de découvrir la présente campagne ces jours derniers en même temps que le commun des mortels; mais que n’a-t-il assisté au dernier CMRDS, que n’a-t-il suivi nos compte-rendus réguliers sous forme de quotidien électronique: les mystères qui entourent selon lui nos savants travaux doctrinaux et militants se seraient alors évanouis sans plus de formalité.

Quand on veut résoudre une question, il convient d’abord d’en examiner le fond et de ne pas se laisser aller à des conclusions simplistes sous prétexte de facilité: une solution complète et susceptible de réussite se révèlera peut-être longue ou délicate à mettre en œuvre mais une réponse au contraire non-appropriée ou trop faible ne sera que pure perte, puisqu’elle nous placera dans l’agitation sans résoudre durablement la question. Plus grave et plus dangereux que l’utopie dont on gratifie nos propositions, il y a l’aveuglement sur les conditions d’une réussite véritable.

Au prétexte que la tâche s’annonce rude, on nous propose de cesser tout combat et de nous rendre à l’évidence de la réalité imposée par de mauvais conventionnels internationaux. Suivez bien le raisonnement: l’Union nous a dépouillés d’une monnaie et d’un droit indépendants en en comblant les lacunes (chose par ailleurs douteuse), de sorte que nous voilà à sa merci et forcés de rester en son sein… Est-ce que tout cela est bien raisonnable ? Et serions-nous de toute façon royalistes si nous n’étions pas convaincus de la nécessité d’une réforme juridique globale, foncièrement contre-révolutionnaire, non-individualiste et antilibérale ? Sans jeter en bloc l’ensemble d’une tradition hétéroclite qui puise ses sources jusque chez nos rois, mais en en purgeant la large part de ce qui sera considéré à raison comme parfaitement inconciliable avec la monarchie pacificatrice dont ce droit nouveau sera l’instrument. Le chapitre du droit communautaire apparaît alors comme une simple difficulté de plus, qu’il convient justement d’entraver avant qu’elle ne prenne plus d’ampleur, une ampleur cette fois vraiment irréversible.

Car si nos amis attendaient de nous le simple constat des libertés perdues, nous devons confesser ici une terrible méprise sur nos intentions: nous n’avions en vérité pas en tête de nous mouler dans des solutions préconçues et préétablies comme on nous le propose avec cette nouvelle compromission. Nous savons bien que l’Union existe (c’est même cela le problème) mais il s’agit pour nous d’amorcer le début d’un changement nécessaire. La parade légaliste qui consiste à prendre acte des faits pour s’y conformer au mieux et éviter trop de chamboulement nous ferait bien rire si elle ne poussait allègrement le pays à sa perte.

De plus, il n’est pas dit que les circonstances présentes ne pourraient pas bien vite venir appuyer ce combat, outre un deuxième non irlandais il est vrai plus qu’hypothétique et un conflit généralisé sur fond de ruée vers l‘or: comment ne pas penser, comme le signale Pierre Carvin dans un récent commentaire, que la crise économique qui affecte nos voisins « les obligera un peu à reconsidérer les bienfaits de la zone euro » ? Comment en effet n’y verrait-pas une douloureuse limite à la puissance mystique de la divinité Europe ? Et les taxes bruxelloises qui ne feront qu’augmenter dans le même temps, probablement de plus en plus au grand jour ! Comment cela n'attirerait-t-il pas l'attention de nos compatriotes que plus rien d'autre ne touche que le portefeuille ?

Et si cela devait être dur malgré tout, est-ce que notre rôle n’est pas là, justement, dans la tentative d’inverser le cours inéluctable des choses, ce « sens de l’histoire » européiste que toute la social-démocratie technocratique désire nous faire avaler ?

Nier encore le besoin de sécession parce que ça n’intéresserait pas le public, outre les remarques qui viennent d’être faites, soulève une lourde interrogation quant au sens de ce qui doit « intéresser le public » : tout le monde n’est-il pas intéressé à recouvrer un marché mesuré, une monnaie contrôlée, des frontières protectrices ? C’est cela qui doit être martelé derrière l’idée de sécession, qui n’est en somme qu’un moyen au service de la politique royale, pierre angulaire de notre combat et composante inséparable de la présente campagne. Celle-ci ne se heurte qu’à la faiblesse de nos moyens de communication, à la division des royalistes et nationaux sur la question pour des vues autant stratégiques qu’électoralistes, et à l’abaissement moral des Français, que vient contrebalancer le caractère intégral de cette réponse dans des proportions que nous espérons les plus élevées possibles.

Nous faire accroire que la France doit se résigner à son sort, que des catastrophes terribles s’abattront sur la France rebelle aux prises avec le lois universelles de l’économie libérale (contre lesquelles le politique ne peut rien), voilà bien le genre de propos irresponsables qui furent déjà ceux des oui-ouistes il y a 4 ans. On voit ce qu’il en fut, ou plutôt ce qu’il n’en fut pas: une trahison de plus a certes balayé nos espérances, les suspendant à de nouveaux miracles électoraux en Irlande, mais nulle guerre civile, nulle crise économique n’est venu frapper la France… du moins pas à cause de cela…

En fait, ce qu’il faudrait c’est tromper les futurs « cotisants » au sein du mouvement en leur faisant miroiter des demi-mesures socio-démocratico-euro-compatibles tout-en-conservant-la-part-de-souveraineté-qu’il-nous-faut pour mener à bien la politique capétienne… Seulement, pour nous qui savons bien que la souveraineté n’est pas divisible, qu’elle n’existe vraiment que dans les mains d’un homme et que c’est d’ailleurs la raison de sa « fuite » progressive des mains de nos élites traîtresses à celles des apatrides bruxellois; que ces derniers sont engagés dans un dynamique antifrançaise et que c’est en réalité la seule issue où pourrons jamais nous mener les projets dont l’essence même est de nier le Politique circonscrit aux cadres nationaux; hé bien nous savons qu’il n’est plus de compromission possible d’aucune sorte avec des institutions vouées à nous perdre.

Ceux qui finalement ne voient pas de problème dans les votes à majorité simple ou qualifiée, ne s’inquiètent pas de la prise de poids de nos partenaires dans ce qui relève de notre domaine décisionnel propre mais sophistiquent à l’envi sur « notre capacité à obtenir leur soutien sur tel ou tel dossier, ou à passer outre leur avis si l’on juge bénéfique la rupture du contrat », ceux-là ne semblent pas comprendre que ces procédés entravent justement d'une manière aussi globale qu'irréversible l’action du roi qui vient - chose qu’il convient également de rappeler puisque ces bonnes âmes s’évertuent à imaginer les meilleures solutions dans le strict cadre républicain (avec tout au plus un changement de personnel politique, autre « que celui que nous subissons actuellement du fait du système électoral de "recrutement" »)… Or l’idée de sécession se place dans la continuité du combat monarchique en ce qu’il ne doit conserver la souveraineté dans les mains de Français que dans la mesure où elle n'en sera que plus facilement rendue au roi; si toutefois ce n'est pas le roi lui-même qui, rétabli à la tête du pays, aura sitôt repris sa nécessaire liberté d'action dans la foulée... il n'y aura de toute façon que lui pour la préserver !

Qu’il soit dit enfin que nous ne ferons pas dépendre notre salut du bon-vouloir de l’Etranger, aussi bienveillant soit-il, ni ne soumettrons les conditions de ce même salut à une vision historiciste, légaliste et pusillanime de la place de la France dans l’Europe: la France sera libre quand elle sera royale, et la France sera royale quand elle sera libre !

*Voir l'article ici.

Reinelde Maes

[Colloque] Louis Dimier, l'Action française et la question de l'art national

26 avril 2009

Louis Dimier (1865-1943) est un critique d'art connu notamment parce qu'il a écrit une thèse majeure pour l'art du XVIème siècle sur Le Primatice. Critiquant la deuxième moitié du XIXème siècle, il dénonce cette « manie moderne de rabaisser l'Italie », de déplacer l'origine géographique de la Renaissance : la France et non plus l'Italie, [...]

Louis Dimier (1865-1943) est un critique d'art connu notamment parce qu'il a écrit une thèse majeure pour l'art du XVIème siècle sur Le Primatice. Critiquant la deuxième moitié du XIXème siècle, il dénonce cette « manie moderne de rabaisser l'Italie », de déplacer l'origine géographique de la Renaissance : la France et non plus l'Italie, le réalisme et non plus l'imitation de l'Antiquité.

En 1903, du fait de sa croyance chrétienne, il sera écarte du milieu universitaire et c'est la religion qui le mènera à l'Action Française. Plus tard, il s'excluera définitivement des milieux universitaires, musées, expositions, etc...il y a souvent eu conflit entre l'Action française et l'université (mais pas avec les académies), démontrant ainsi l'illégitimité des historiens dans leur domaine.

Des expressions comme « art national », « génie national », etc...ne sont jamais utilisées par Louis Dimier alors que ses contemporaines les utilisent abondamment. Pourtant, Dimier suit les idées de l'Action française et critique la Révolution. Il s'agit néanmoins pour lui de défendre la Renaissance, menée à mal par la Révolution et le romantisme : la figure de cette décadence sera pour lui Lenoir. Il rejette en effet l'art du XIXème siècle et du début du XXème siècle : pour lui, en art, il faut une tradition, mais surtout un contrôle de l'art comme sous l'Ancien Régime et non pas une anarchie artistique. Il faut donc une autorité.

En 1920, Louis Dimier quitte l'Action française. S'il a eu la direction du journal pendant la guerre, il voulut néanmoins y introduire une discipline qui n'était pas conforme aux idées de Charles Maurras. Le conflit a donc précédé la séparation : cette dissidence est considérée comme une gande déception. Il se disait en effet être le seul, avec Maurras, à s'intéresser à l'ensemble de l'Action française (Bainville ne s'intéressant qu'aux articles, Daudet qu'aux espions et la plupart à rien du tout...).

Il fut un esprit libre, pratiquant un « maurrassisme limité » : il s'oppose à l'exposition des primitifs français et se pose ainsi contre le nationalisme. Il a d'ailleurs écrit Le nationalisme littéraire et ses méfaits chez les Français et rejette le positivisme que défendait Maurras. Suite à la rupture, il s'attachera à Valois qui éditera ses Souvenirs.

D'après Michela Passini

[Colloque] Les germanistes français et le maurrassisme : le cas Louis Reynaud

25 avril 2009

Louis Reynaud, cité de nombreuses fois par Charles Maurras, était isolé parmi ses collègues mais il est représentatif de la doxa germaniste de l'époque. Il fut l'auteur de douze ouvrages, les deux derniers étant Français et Allemands (1930) et L'Âme allemande (1933). La proximité des vues de l'Action française avec les germanistes de l'époque est [...]

Louis Reynaud, cité de nombreuses fois par Charles Maurras, était isolé parmi ses collègues mais il est représentatif de la doxa germaniste de l'époque. Il fut l'auteur de douze ouvrages, les deux derniers étant Français et Allemands (1930) et L'Âme allemande (1933).

La proximité des vues de l'Action française avec les germanistes de l'époque est intéressante. Jusqu'en 1950, ces derniers avaient en effet une manière particulière d'être par rapport aux Français. Louis Reynaud, par exemple, était un anti-romantique forcené et pensait comme l'Action française que l'Allemagne était l'opposé de la civilisation latine. Charles Maurras disait en effet qu'il y avait décadence en Allemagne depuis Martin Luther, du fait de l'apparition de l'individualisme. De même, pour Reynaud, les Allemands n'ont aucun sens social, ils sont soumis au subconscient et restent principalement subjectifs. En effet, avec Fichte et Hegel, il y a subjectivisme absolu et absence de raison organisatrice. Cette vision de l'Allemagne traduit bien les rapports de l'époque entre les deux pays.

Maurras va ainsi à l'encontre de l'idéalisme et Reynaud le soutient en démontrant qu'elle n'est que théorique et qu'elle ne conforme pas les actes et la pensée. De plus, selon lui, le subjectivisme pervertit le sentiment national et donne ainsi naissance au racisme par le biais du « darwinisme social ».

Comme Maurras, Reynaud pense que les Germains n'existent pas par eux-mêmes mais avec l'aide des autres civilisations, notamment la gallo-France. Pour lui, une relation franco-allemande équilibrée ne peut exister : quand l'Allemagne a de l'influence, la France perd sa souveraineté. Reynaud pense donc un nationalisme défensif : la France est nécessaire à l'équilibre de l'Europe et du monde.

Lorsque l'Angleterre a influencé l'Allemagne à travers Denis Diderot et Jean-Jacques Rousseau, cela a mené à un déséquilibre européen. De plus, Diderot et Rousseau ont importé la littérature allemande en France et il y a eut trahisons sous Napoléon, notamment de Madame de Staël qui prônait le protestantisme. Tous ces évènements ont mené à une série de capitulations et d'abandons face à l'Allemagne, et à une germanolatrie que Reynaud condamne.

Ainsi, encore une fois comme Maurras, Reynaud pense que l'échec de 1870 met fin à la domination intellectuelle de la France (comme l'a montré Ernest Renan). Les intellectuels ont donc trahi pour lui, à l'exception de Maurras, Barrès et Rouget.

Il critique également les décisions de la France après la Grande Guerre car l'influence de l'Angleterre a mené au désarmement, et il souhaite que la France préserve une importance diplomatique majeure. En 1939, il affirme également que la France a eu tort de refuser les offres de 1936 et de ne pas avoir empêché l'alliance entre Rome et Berlin : le dialogue est alors devenu impossible entre France et Allemagne.

D'après Michel Grunewald

[Réagissez] Entrevue avec Marcel Gauchet

24 avril 2009

Dans votre dernier livre, "Conditions de l'éducation", vous mettiez l'accent sur la crise de la connaissance. Le mouvement actuel dans l'enseignement supérieur n'en est-il pas une illustration ? L'économie a, d'une certaine manière, dévoré la connaissance. Elle lui a imposé un modèle qui en fait une machine à produire des résultats dans l'indifférence à la [...]

Dans votre dernier livre, "Conditions de l'éducation", vous mettiez l'accent sur la crise de la connaissance. Le mouvement actuel dans l'enseignement supérieur n'en est-il pas une illustration ?

L'économie a, d'une certaine manière, dévoré la connaissance. Elle lui a imposé un modèle qui en fait une machine à produire des résultats dans l'indifférence à la compréhension et à l'intelligibilité des phénomènes. Or, même si c'est une de ses fonctions, la connaissance ne peut pas servir uniquement à créer de la richesse. Nous avons besoin d'elle pour nous aider à comprendre notre monde. Si l'université n'est plus du tout en position de proposer un savoir de cet ordre, elle aura échoué. Or, les savoirs de ce type ne se laissent ni commander par des comités de pilotage, ni évaluer par des méthodes quantitatives.

N'est-ce pas pour cela que la question de l'évaluation des savoirs occupe une place centrale dans la crise ?

Alors que les questions posées par les modalités de l'évaluation sont très complexes, puisqu'elles sont inséparables d'une certaine idée de la connaissance, elles ont été réglées de manière expéditive par l'utilisation d'un modèle émanant des sciences dures. Ces grilles d'évaluation sont contestées jusque dans le milieu des sciences dures pour leur caractère très étroit et leurs effets pervers. Mais, hormis ce fait, ce choix soulève une question d'épistémologie fondamentale : toutes les disciplines de l'université entrent-elles dans ce modèle ? Il y a des raisons d'en douter.

Ce n'est pas un hasard si les sciences humaines ont été en pointe dans le mouvement. Il s'agit pour elles de se défendre contre des manières de les juger gravement inadéquates. L'exemple le plus saillant est la place privilégiée accordée aux articles dans des revues à comité de lecture qui dévalue totalement la publication de livres. Or pour les chercheurs des disciplines humanistes, l'objectif principal et le débouché naturel de leur travail est le livre. On est en pleine impasse épistémologique.

Toutefois, la source du malaise est bien en amont des textes de réforme qui cristallisent aujourd'hui les oppositions.

L'université souffre au premier chef de sa mutation démographique. Elle a mal vécu une massification qui s'est faite sous le signe de la compression des coûts et qui s'est traduite par une paupérisation. Il faut bien voir que nous sommes confrontés ici à un mouvement profond, qui relève de l'évolution des âges de la vie, et qui étire la période de formation jusqu'à 25 ans. L'afflux vers l'enseignement supérieur est donc naturel, indépendamment du contenu offert. Etant donné la culture politique française, dans l'imaginaire collectif, l'université devient le prolongement naturel de l'école républicaine gratuite et presque socialement obligatoire. Je ne crois pas plausible de maintenir le modèle de cette école républicaine jusqu'à 25 ans mais je comprends pourquoi les gens y croient. C'est même constitutif de notre pays. Mais cette spécificité en rencontre une autre, qui joue en sens inverse, à savoir l'existence d'un système à part pour la formation des élites, celui des grandes écoles. Il s'ensuit que nos dirigeants, issus en général de ce circuit d'élite, sont peu intéressés par l'université, quand ils ne la méprisent pas.

Notre université paie donc le prix d'une spécificité hexagonale ?

Ce partage universités/grandes écoles pèse très lourd. Partout ailleurs, le problème de l'université est vital puisqu'il y va de la formation des élites. Mais pas chez nous, la bourgeoisie française disposant d'un système ultrasélectif de grande qualité pour la formation de ses rejetons, qui a de surcroît l'avantage unique d'être gratuit. Mieux : on peut même y être payé pour apprendre - voir Polytechnique ou Normale Sup. L'université de masse, en regard, tend à être traitée comme un problème social. Nos gouvernants viennent de découvrir qu'elle était aussi un problème économique. Mais leur regard reste conditionné par le passé : ils veulent des résultats pour pas cher.

C'est sur un terrain déjà bien miné qu'arrive le mot nouveau d'"autonomie" ?

Ce mot admirable que personne ne peut récuser n'est qu'un mot. Il est illusoire de croire que parce qu'on a le mot, on a la chose. Demandons-nous ce qui se cache derrière ses promesses apparentes. Pour avoir une autonomie véritable, il faut disposer de ressources indépendantes. Or, en France, c'est exclu, puisque le bailleur de fonds reste l'Etat. On peut certes développer des sources de financement autres. Elles font peur à un certain nombre de mes collègues, mais je les rassure tout de suite, ça n'ira jamais très loin : le patronat français ne va pas par miracle se mettre à découvrir les beautés d'un financement qu'il n'a jamais pratiqué. Notre autonomie à la française ne sera donc qu'une autonomie de gestion à l'intérieur de la dépendance financière et du contrôle politique final qui va avec. Le changement est moins spectaculaire que le mot ne le suggère.

D'autres modèles étaient possibles ?

Certains pays de l'Est comme la Pologne ont pris un parti radical dans les années 1990. L'Etat a opéré une dotation des universités en capital et elles sont devenues des établissements indépendants. A elles de faire fructifier leurs moyens et de définir leur politique. Si un tel changement était exclu chez nous, ce n'est pas seulement en raison du "conservatisme" français. C'est aussi et surtout que notre système n'est pas si mauvais et que tout le monde le sait, peu ou prou. A côté de ses défauts manifestes, il possède des vertus cachées.

On pourrait même soutenir, de manière provocatrice, qu'il est l'un des plus compétitifs du monde, dans la mesure où il est l'un de ceux qui font le mieux avec le moins d'argent. C'est bien la définition de la compétitivité, non ? Dans beaucoup de disciplines, nous sommes loin d'être ridicules par rapport à nos collègues américains, avec des moyens dix fois moindres.

Et vous pensez que le grand public en a une vision déformée ?

Comment le connaîtrait-il ? L'image romantique du chercheur dissimule une réalité très différente. La recherche est probablement le secteur le plus compétitif, le plus concurrentiel, le plus soumis à la pression de tous les secteurs de la vie sociale. C'est d'ailleurs l'un des motifs de la désaffection pour les sciences. Il faut une vocation solidement chevillée au corps pour endurer cette vie de moine-soldat, où vous avez à vous battre tous les jours pour rester dans le coup, obtenir des moyens, faire valider vos résultats, le tout pour un salaire sans aucun rapport avec ceux des cadres de l'économie. Il y a quelque chose de fou dans le besoin d'en rajouter une couche et de resserrer encore le contrôle, comme si les chercheurs n'étaient pas capables de détecter seuls les sujets porteurs, comme s'ils étaient assez stupides pour aller s'embourber dans des domaines qui n'ont aucun intérêt pour personne.

Le pire à mes yeux pour l'avenir est dans cette prétention à programmer la recherche. Comme s'il pouvait exister des méta-chercheurs en position de piloter le travail des autres ! La situation normale est celle du chercheur qui soumet un projet à des instances qui le jugent réaliste, ou prioritaire, compte tenu des moyens disponibles, exactement comme un banquier prend un risque en prêtant de l'argent à une entreprise. Mais l'idée ne peut venir que du chercheur ! Autrement, le conformisme est garanti. C'est une machine à tuer l'originalité dans l'oeuf qui se met en place.

Quelles conséquences l'autonomie aura-t-elle sur la vie professionnelle des enseignants-chercheurs ?

L'autonomie entraîne le passage des enseignants-chercheurs sous la coupe de l'université où ils travaillent. L'établissement, à l'instar de n'importe quelle autre organisation ou entreprise, se voit doté d'une gestion de ses ressources humaines, avec des capacités de définition des carrières et, dans une certaine mesure, des rémunérations. C'est un changement fondamental, puisque d'un statut qui faisait de lui un agent indépendant du progrès de la connaissance, recruté par des procédures rigoureuses et évalué par ses pairs, il passe à celui d'employé de cet établissement.

Jusqu'où va ce "changement fondamental" ?

C'est un changement complet de métier. Il est visible que la mesure de cette transformation n'a pas été prise. L'autonomie des universités veut dire en pratique la mise au pas des universitaires. Toute la philosophie de la loi se ramène à la seule idée de la droite en matière d'éducation, qui est de créer des patrons de PME à tous les niveaux, de la maternelle à l'université. Il paraît que c'est le secret de l'efficacité. On peut juger que le statut antérieur était archaïque et n'était plus tenable à l'époque d'une université de masse, mais encore fallait-il expliciter les termes de cette mutation et clarifier les conséquences à en tirer.

Ce statut était un concentré de l'idée du service public à la française, avec ses équilibres subtils entre la méritocratie, l'émulation et l'égalité. Toutes les universités ne sont pas égales, personne ne l'ignore, mais tout le monde est traité de la même façon. Il n'y a rien de sacro-saint là-dedans, mais on ne peut toucher à tels produits de l'histoire qu'en pleine connaissance de cause et en mettant toutes les données sur la table.

C'est donc tout le fonctionnement de notre société qui est interrogé là ?

Le problème universitaire est un bon exemple du problème général posé à la société française, celui d'assurer l'adéquation à la marche du monde de notre modèle hérité de l'histoire et organisé autour de l'idée de République. Toute la difficulté est de faire évoluer ce modèle sans brader notre héritage dit républicain. Nous ne verserons pas d'un seul coup dans un modèle compétitif et privé qui n'a jamais été dans notre histoire. Comment intégrer davantage de décentralisation et d'initiative, tout en maintenant un Etat garant de l'intérêt général et de l'égalité des services ? C'est ce point d'équilibre entre les mutations nécessaires et la persistance de son identité historique que le pays recherche. Il n'est pas conservateur : il est réactif. Mais pour conduire ce genre d'évolutions, il faut procéder à découvert, oser le débat public.

Ce qui a été absolument évité...

Le gouvernement a fait le choix d'une offensive éclair, sur la base d'une grande méconnaissance du terrain universitaire. Probablement, ce sentiment d'urgence a-t-il été multiplié par le choc du classement mondial des universités fait par l'université de Shanghaï, qui a secoué nos élites dirigeantes, sans leur inspirer, hélas, le souci de se mettre au courant. Si vous ajoutez à cela une image d'Epinal de ce qu'est le système universitaire américain, aussi typique du sarkozysme que largement fausse, plus l'idée que n'importe quelle stratégie de communication bien menée vient à bout de tous les problèmes, vous avez les principaux ingrédients de la crise actuelle.

Quelle sortie de crise imaginez-vous ?

Quelle que soit l'issue du mouvement, le problème de l'université ne sera pas réglé. Le pourrissement est (...) fatal, mais la question restera béante et resurgira. Si le gouvernement croit que parce qu'il a gagné une bataille, il a gagné la guerre, il se trompe. La conséquence la plus grave sera sans doute une détérioration supplémentaire de l'image de l'université, ce qui entraînera la fuite des étudiants qui ont le choix vers d'autres formes d'enseignement supérieur et ne laissera plus à l'université que les étudiants non sélectionnés ailleurs. De quoi rendre le problème encore un peu plus difficile.

Propos recueillis par Maryline Baumard et Marc Dupuis, dans Le Monde du 23 avril 2009.

[Colloque] Maurras et la notion de race

24 avril 2009

Il est important de replacer la pensée maurrassienne dans son époque, de la contextualiser, notamment à travers l'étude d'une science qui était alors nouvelle au XIXème siècle : l'anthropologie raciale. Cette école est dominante lorsque la pensée de Maurras commence à se former, pourtant celui-ci ne s'y attache pas et rejette ses principales figures : [...]

Il est important de replacer la pensée maurrassienne dans son époque, de la contextualiser, notamment à travers l'étude d'une science qui était alors nouvelle au XIXème siècle : l'anthropologie raciale. Cette école est dominante lorsque la pensée de Maurras commence à se former, pourtant celui-ci ne s'y attache pas et rejette ses principales figures : le républicain et matérialiste Broca et ses disciples. Charles Maurras, quant à lui, préfère s'attacher à Le Play – et reste en dehors de la fascination pour les sciences naturelles de l'époque : son intérêt se porte plutôt à la littérature.

Gobineau, au milieu du XIXème siècle, va séduire un court instant l'Action française, notamment Jacques Bainville (avec Georges Vacher de Lapouge qui renouvelle Gobineau à la fin du siècle). Il sera toutefois très vite mis à l'écart du fait de sa pensée matérialiste, athée et darwiniste – Lapouge n'a en effet collaboré qu'une fois à l'AF et Maurras a toujours mis en garde Bainville contre l'existence d'une « race pure ».

Une question passionne alors l'époque : comment la nation française s'est-elle formée ? Tandis que les intellectuels font l'apologie des Celtes et des Gaulois, Maurras, lui, fait l'apologie des Romains. En effet, les Celtes sont alors considérés comme proches des Germains : il leur accorde donc une place minime. Trois couches existent pour lui au sein de la nation française des origines : des indigènes, des Celtes et des Romains. De ces trois couches est né le gallo-romain : la sensibilité généreuse des Gaulois avec l'esprit organisateur du Romain. Maurras ne peut dénigrer l'apport Germain mais refuse de voir une descendance pure des Germains.

Il refuse également la célèbre thèse des « deux France », des « frères diviseurs » (dixit Maurras) comme le soutenait Michelet. Elle est née, pour lui, de l'antagonisme de classes : elle est donc dangereuse, source de haines et de divisions. Il n'existe donc pas d'un côté les nobles féodaux et de l'autre les esclaves.

Maurras s'affirme comme défenseur radical des races latines à une époque où l'anglo-saxon domine pour faire l'éloge des races nordiques. S'il pense une race française, il ne s'intéresse pas comme Taine à la biologie raciale si ce n'est dans quelques réflexions sur la forme et le rôle du cerveau. Il dénonce à cet égard le « mal de l'Allemagne éternelle », cette « sauvagerie innée » qui est dans leur sang.

Charles Maurras est donc un penseur véritablement modéré pour son époque sur ce sujet : il pense d'ailleurs que l'on peut intégrer avec une naturalisation pour des cas particuliers. Il se refuse à donner une trop grande importance à la race, et affirme que c'est là un facteur qui n'est pas central et qu'il n'existe aucun déterminisme – sa germanophobie le pousse d'ailleurs à se démarquer de l'idée biologique des races. Ses textes des années 1930 contre l'Allemagne hitlérienne le prouvent. Il différencie ainsi l'antisémitisme allemand (biologique) et l'antisémitisme français.

Quant à la colonisation, il pense que les européens ne peuvent et ne doivent pas influencer les autres races car il refuse, dit-il, « l'uniformisation du monde ».

D'après Carole Reynaud Paligot

Campagne ambigüe pour le FN

24 avril 2009

À la veille des élections européennes, les stratégies électoralistes du Front National portent la marque de la déshérence de son électorat ; il y a de quoi s'interroger sur la captation des figures de Jean Jaurès et Roger Salengro par Louis Aliot dans le Sud et Marine le Pen dans le Nord. L'idée sur laquelle [...]

http://politique66.midiblogs.com/media/00/00/2122179845.jpg À la veille des élections européennes, les stratégies électoralistes du Front National portent la marque de la déshérence de son électorat ; il y a de quoi s'interroger sur la captation des figures de Jean Jaurès et Roger Salengro par Louis Aliot dans le Sud et Marine le Pen dans le Nord.

L'idée sur laquelle se fonde cette campagne est exacte : ces personnalités de gauche ont défendu en leur temps des thèmes qui sont aujourd'hui au cœur des propositions du Front National, en particulier la préférence nationale à l'embauche. Il est également indéniable que l'idéologie du nationalisme républicain dont se réclame aujourd'hui le Front National, tout partiel et biaisé qu'il est, a été largement portée par la gauche dans les années 1930.

Il faut pourtant replacer tout cela dans les bons contextes. En construisant une campagne sur des têtes, et des citations diverses, le Front National montre plus son désir de chasser un nouvel électorat que de fonder une réelle réflexion politique. Ce nationalisme « de gauche » qui est tangible au FN depuis déjà longtemps, procédait dans les idées du Front Populaire d'un constat, celui de l'échec de l'internationalisme, incarné dans la première guerre mondiale, et qui conduisit les idéologues de gauche à se recycler dans les fascismes européens. Une telle démarche est profondément ancrée dans le système que nous avons toujours combattu; ce nationalisme ne saurait être le nôtre, et il est nécessaire de mettre fermement le FN en face de ses contradictions.

Ces contradictions, ce sont déjà celles de la gauche des années 30. N'oublions pas que ces deux figures en particulier étaient au cœur du processus qui aboutit à l'interdiction de l'Action Française, d'une inconséquence politique qui poussa la république au bain de sang du 6 mai 1934.

On ne saurait se contenter d'un nationalisme de façade, d'un nationalisme qui par les mesures de préférence nationale par exemple, a opposé à l'intérieur le Français et l'étranger, tandis que la république continuait à l'extérieur à déshonorer la nation.

L'héritage de ces méthodes d'opportunisme électoral, ce fut, lors des vagues migratoires des années 60-80, à l'intérieur la considération de tout travailleur étranger comme temporaire et jetable, l'empêchant de trouver sa place et d'apprendre à aimer la nation qui l'accueillait; chose rendue par ailleurs impossible par le caractère massif desdites vagues, pour le plus grand bénéfice des profiteurs électoraux qui vivent de ce genre d'oppositions indépassables - construisant une génération après l'autre le communautarisme et le rejet viscéral de tout ce qui est français par ces populations. Ces mêmes personnages aujourd'hui brandis par le Front National, brisaient dans le même temps, à la veille de la guerre, comme après celle-ci, par leur incompétence et leur tiédeur, l'influence française, et se montrant complaisants face à ceux qui s'annonçaient comme les futurs ennemis de la deuxième guerre mondiale, ils refusaient à la France une diplomatie et une défense à sa hauteur.

Jaurès et Salengro auraient-il-été nationalistes aujourd'hui ? Certainement pas ! L'intérêt n'y est plus. L'électorat et l'enrichissement, ils l'auraient trouvés comme leurs héritier dans les rangs des européistes. Si l'on pouvait les créditer d'une quelconque espèce de sincérité politique, les utopies mondialistes alors largement rejetées par eux ont depuis pris pour notre plus grand malheur un début de forme concrète, qui leur permettrait de considérer comme à leurs héritiers socialistes d'aujourd'hui tout nationalisme comme inutile à la lutte des classes.

Il est marquant que dans cette campagne confidentielle, on entende plus parler du duo Nihous-Villiers que du Front National. Alors que la politique brumeuse de l'Union Européenne se mêle de ce qui ne la regarde certainement pas, enchaine les mesures économiques et sociales qui défavorisent ouvertement les Français, des quotas de pêche à la réglementation absurde de la publicité sur le fromage, on se demande vraiment quel est l'intérêt du Front National dans cette campagne, si ses candidats défendent la souveraineté française ou cherchent désespérément comment se faire élire.

V.Chalmel

[Paris] Conférence du vendredi soir

23 avril 2009

Conférence par Bernard PASCAUD autour du thème: “L'Action française aujourd'hui.” rdv à 19h30 le 24 avril 2009 10, rue du Pélican 75001 Paris M° Palais Royal ou Louvre Rivoli Entrée libre La conférence sera suivie du verre de l’amitié

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Conférence par Bernard PASCAUD autour du thème: “L'Action française aujourd'hui.”

rdv à 19h30 le 24 avril 2009

10, rue du Pélican
75001 Paris
M° Palais Royal ou Louvre Rivoli

Entrée libre

La conférence sera suivie du verre de l’amitié

Récapitulatif : l'immigration

23 avril 2009

Jusqu’à récemment, la république des droits de l’homme pensait devoir faire de tous les immigrés du monde des Français. Elle y arrivait d’autant plus facilement que l’identité française se résumait pour elle à des valeurs et que les immigrés en question étaient globalement européens, à défaut méditerranéens, et toujours peu revendicatifs. L’immigration de masse, réalisée [...]

http://www.gites-de-france-calvados.fr/iso_album/carte_france_departement.gif Jusqu’à récemment, la république des droits de l’homme pensait devoir faire de tous les immigrés du monde des Français. Elle y arrivait d’autant plus facilement que l’identité française se résumait pour elle à des valeurs et que les immigrés en question étaient globalement européens, à défaut méditerranéens, et toujours peu revendicatifs. L’immigration de masse, réalisée dans des conditions précaires suite à la décolonisation, de surcroît rapidement instrumentalisée par les cercles progressistes, a abouti à provoquer chez les populations étrangères inassimilées un fort sentiment d’injustice et de haine. Par réaction, elle conduit aujourd’hui un certain nombre de victimes de la gestion républicaine à refouler hors de France tout ce qui n’est pas blanc - c’est la position du Bloc identitaire qui, après avoir milité pour la reconnaissance des différences raciales, prétexte à l'émergence d'une civilisation européenne qui n'a jamais existé (il a seule existé une civilisation latine, et une autre germanique), se propose comme il se doit de larguer les Antilles jugées génétiquement irrécupérables, au mépris de toute résolution harmonieuse du problème qui prendrait en compte en même temps nos besoins géopolitiques les plus flagrants et l’attachement d’ores et déjà réalisé des peuples d’outre-mer à cette nation. D’où un système d’opposition binaire stérile dans la plus pure tradition républicaine. Or, le roi peut dépasser ces clivages.

Loin des idéaux universalistes incapacitants, l’immigration pourra ainsi enfin être traitée en fonction des seuls intérêts nationaux (du triple point de vue de l’identité, la sécurité et l’emploi en l‘occurrence), qui imposent une réduction drastique des effectifs présents, l’établissement de nouvelles relations avec les populations étrangères et leurs pays d’origine, et une assimilation effective d‘une élite restreinte susceptible de devenir française de cœur. La justice et l’harmonie du monde le réclament également. Et en effet, si l’on accepte d’entendre que tout le monde ne peut pas et ne doit pas devenir Français, on pourra alors reconnaître des communautés étrangères réduites sur notre sol, établir la nature de leurs relations avec le pays, clarifier leurs droits et devoirs envers lui. Cela mettra fin aux frustrations savamment entretenues de jeunes issus de l’immigration qui croient, à force de compromissions, de renonciations et de repentances, que la France a une dette envers eux, alors qu’ils n’ont qu’une dette envers la France et que la république qui a si mal géré la question a une dette envers nous tous.

Reinelde Maes

[Colloque] Gide, un "anti-Maurras" ?

23 avril 2009

André Gide, à la fin de sa vie, affirme qu'il ne connait pas ou peu Maurras. L'on sait pourtant qu'il a été très influencé par lui, certes non par les écrits, mais par l'image que renvoyait Maurras (l'icône qu'il représentait) : il était souvent contraint de définir sa position vis-à-vis de Maurras, sur un plan [...]

André Gide, à la fin de sa vie, affirme qu'il ne connait pas ou peu Maurras. L'on sait pourtant qu'il a été très influencé par lui, certes non par les écrits, mais par l'image que renvoyait Maurras (l'icône qu'il représentait) : il était souvent contraint de définir sa position vis-à-vis de Maurras, sur un plan philosophique, idéologique mais aussi littéraire. Ce dernier a d'ailleurs fait tout d'abord l'éloge d'André Gide, avant d'écrire un article qui fera querelle et qui opposera vivement les deux hommes.

Tout se joue, entre eux, entre 1903 et 1925. En 1903 Charles Maurras publie la Querelle des peupliers et Gide lui adresse une réponse. La question est celle de l'enracinement et a pour mobile un roman publié par Barrès en 1897 : Les Déracinés. Il y a alors polémique. Gide fait en effet l'éloge du mélange et Maurras tend à le mettre en question – la polémique est donc vive et de nombreuses références à la botanique y paraissent, d'où le titre de la querelle.

Maurras reproche à Gide d'être un corps étranger à la nation (« de nation protestante ») et il affirme que Gide représente la décadence contemporaine. Plus tard, avec brio, Gide parviendra à renverser cette conception et se présentera comme non pas décadent mais sain, et classique.

De plus, en 1908-1909, on peut constater que Gide se rapproche idéologique de l'Action française. En janvier 1910 il assiste donc à un meeting de l'Action française et y verse même une souscription. Il continue néanmoins d'affirmer s'abstenir de toute lecture du journal, « par crainte de devenir républicain ». Comme le disait donc Henri Massis, les différences opposant les deux hommes étaient bien plus des différences esthétiques que des différences de fond, malgré le protestantisme et l'homosexualité de Gide qui répugnait à Maurras.

La proximité idéologique n'est également pas totale : Gide se démarque un peu par la promotion de l'individualisme et du classicisme – tentative de réconciliation de l'individu et de la race. La principale opposition existante avec Maurras sera celle du rôle de l'écrivain : pour Gide, celui-ci ne se doit pas d'avoir une responsabilité morale, au contraire de Maurras (avec Barrès d'ailleurs) qui pense les rapports de la littérature et de la politique.

C'est pendant la Grande Guerre que la réunion de ces deux hommes est à son apogée. Gide estime alors qu'il est nécessaire de se rapproche de Maurras (telle une « union sacrée ») et qu'il faut se fédérer autour de l'Action française auquel il va d'ailleurs s'abonner. Il salue ainsi les articles de Maurras : « L'Action française, seul rempart contre la décadence ».

Mais l'année 1920 les sépart finalement radicalement : non pas une opposition idéologique, mais une opposition dans le but de briser le magister de Maurras sur les idées notamment littéraires. Il veut briser « l'écrivain responsable » et pense que le classicisme doit être une idée d'intégration. Il finit par gagner contre Maurras et affirme ainsi une autre idée du classicisme.

Les idées littéraires s'entrechoquent donc à cette époque. Dans Les faux monnayeurs (1925), Gide place la question de la pureté comme élément essentiel : qu'est-ce qu'un roman pur ? Quelle est la place des éléments dans l'ensemble ? C'est une quesiton idéologique, à laquelle il va répondre par le classicisme d'intégration (tous les personnages du roman sont homosexuels ou protestants). Il affirme donc qu'il ne faut pas couper les « branches malades ». L'opposition entre les deux hommes sur le plan littéraire sera donc totale, et Gide affirme que pour apprécier la poésie de Maurras il faut être « atteint de daltonisme littéraire ».

Un « anti-Barrès », c'est ainsi qu'Henri Massis définissait André Gide – car aux yeux de ce dernier, Maurras est comme soluble dans Barrès. Ce serait donc bien ce dernier le véritable adversaire.

D'après Jean-Michel Wittman

[Meaux] Une nouvelle section !

22 avril 2009

Félicitations aux militants de Meaux pour la création de cette nouvelle section d'Action française ! Un blog a également été mis en place (cliquer sur l'image).

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Félicitations aux militants de Meaux pour la création de cette nouvelle section d'Action française ! Un blog a également été mis en place (cliquer sur l'image).