Euro + récession: sécession !

29 avril 2009 | 1 commentaire

Dans un billet du 22 avril dernier, Royal-Artillerie se félicite des bienfaits d’une « monnaie européenne » crédible et de ses avantages cyclopéens sur notre franc national tel qu’il était conçu sous nos gouvernements républicains: ce serait donc la fin du financement du « clientélisme électoral par la planche à billets » et de la « mise à contribution de la Dette publique aux subventions sociales ». Cette analyse est sans doute généralisable à tout le continent, quoique la France ait une longueur d’avance sur tous ses voisins en la matière.

Or, dans un article du New York Times en date des 1er et 2 février 2009 et paru sous le titre « Un temps une aubaine, l’euro est désormais un fardeau pour certains » (1), Landon Thomas Jr remet en cause cette vision idyllique qui, si elle est largement partagée chez nos élites, l’est beaucoup moins chez ceux qui constatent régulièrement la montée des prix en caisse malgré l‘euro. Il montre que ce dernier, en faisant croire à la bonne santé économique de certains pays par l’interconnexion avec des économies florissantes et la formation artificielle de bulles (notamment immobilières), a plongé ceux-là dans la récession lorsque lesdites bulles ont explosé:

« Pendant que le partage d'une monnaie avec quelques-unes des plus puissantes économies dans le monde aidaient les plus pauvres nations d'Europe à en partager la santé, une aubaine en période d'essor, dans les temps difficiles les règles de la participation [à l'euro] les empêchent de faire ce que les pays font normalement pour survivre aux tempêtes économiques, notamment les dépenses à grande échelle. » (2) En effet, les pays en question n’ont pas les moyens des plans de relance de leurs voisins plus vigoureux, et se retrouvent dénudés lorsqu’il d’agit de protéger leurs banques. Du coup, la réussite économique ne serait pas forcément liée à l'euro en tant que tel, mais surtout à des contingences auxquelles l'euro lui-même est suspendu, et qui en ôtent toute légitimité quand vient la crise. Et en l'occurrence il se trouve que l'ensemble de la zone euro est en RECESSION. Pire, la crise en question met en lumière les divergences d’intérêts entre les différents partenaires européens, remettant ainsi en cause jusqu’au bien-fondé de l’intégration (con)fédérale: « L'écart grandissant entre les taux d'intérêt que la Grèce et des économies plus larges comme l'Allemagne ont à payer pour emprunter révèle les premières fissures dans ce qui a été jusqu'à présent une Europe assez forte. » (3)

Finalement, voici peut-être la suite la plus dommageable de l’expérience euro: « Aujourd’hui, au milieu du pire bouleversement économique depuis la naissance de l’euro, un nouveau point de vue émerge, - tout spécialement depuis que la valeur des crédits a chuté successivement en Grèce, en Espagne et au Portugal. Le baume de la participation à l'euro aurait autorisé ces pays à passer sur de sérieux problèmes économiques qui ont maintenant éclaté au grand jour. » (4)

Si cette faillite des gouvernements que confirment nos difficultés présentes semble ici concerner davantage des pays de la périphérie européenne et non des Etats fondateurs a priori en meilleure santé, la France peut tout-à-fait soutenir la comparaison comme le signale notre camarade précité. Ainsi, loin d’empêcher le désastre, l’euro a constitué une fuite en avant en permettant d’éviter pour un temps toute politique de réforme économique durable. De sorte que la solution ne se trouve pas plus dans l’abandon de nos pouvoirs aux apprentis sorciers de Francfort qui nous déresponsabilisent (solution préconisée par les eurocompatibles), que dans leur conservation dans les mains de nos politiciens par nature irresponsables (grand combat des souverainistes), mais dans le gouvernement du roi pur des magouilles électoralistes ci-dessus décrites et garant des intérêts du pays. Une fois de plus, la sécession apparaît comme la seule construction doctrinale intégrant en son sein la logique royale dans toute son ampleur et permettant de l’exploiter au maximum de ses possibilités.

Reinelde Maes

(1) « Once a Boon, the Euro Is Now a Burden for Some »

(2) « While sharing a currency with some of the mightiest economies in the world helped Europe's poorer nations share in the wealth, a boon during boom times, in hard times the rules of membership are keeping them from doing what countries normally do to survive economic storms, including enormous spending. »

(3) « The widening gap between the interest rate that Greece and larger economies like Germany have to pay to borrow reveals the first cracks in what so far has been a fairly strong Europe. »

(4) « Now, in the middle of the worst economic downturn since the euro’s birth, a new view is emerging - especially as the credit worthiness of Greece, Spain and Portugal, one after the other, has been downgraded. The view is that the balm of euro membership allowed these countries to gloss over serious economic problems that have now roared to the fore. »

Un commentaire pour "Euro + récession: sécession !"

  1. Catoneo

    Le 29 avril 2009 à 8:53

    Très bon article mais on confond la valeur intrinsèque de la monnaie et le crédit de confiance des pays utilisateurs. L'Euroland n'est pas un système éco-financier intégré - ce que d'ailleurs les européistes souhaitent en réclamant une politique économique commune - mais un cartel de clients de la BCE. Parmi ceux-là, certains suscitent plus de confiance que d'autres auprès des prêteurs institutionnels et privés.
    Les économies citées par Landon Thomas Jr n'ont pas un poids décisif dans le système monétaire européen.
    Que penser ensuite de pays étrangers à l'euro qui sont entrés en déflation comme le Royaume-Uni. Doivent-ils jeter leur monnaie ?
    Ne pas confondre la valeur d'une monnaie chez les cambistes, ses taux de placement, et le levier économique qu'elle peut représenter temporairement. Elle obéit à la loi d'offre et demande, bien plus qu'aux fondamentaux de l'émetteur, sinon le dollar américain serait à 10 centimes d'euro depuis 10 ans et la Banque populaire de Chine n'en aurait jamais pris.