[Colloque] Des maurrassiens aux prises avec le nationalisme intégral (1941-1948) : rupture résistante ou coexistence ?

29 avril 2009

Cette question a été maintes fois posée : Vichy était il un fruit de l'Action française ? Beaucoup de maurrassiens étaient certes du côté de Vichy, mais beaucoup étaient également dans la Résistance – comme De Gaulle.

Beaucoup de Français pensaient ainsi que Pétain préparait la résistance et le contre-attaque ; voilà la grille de lecture adoptée par de nombreux maurrassiens pour considérer l'attitude de Maurras à cette époque. Si, en zone occupée, l'Action française était interdite, beaucoup d'ouvrages clandestins ont paru, dont le journal Entre nous, la France seule qui fait passer quelques articles de Charles Maurras. De plus, depuis juillet 1940, l'Action française appelle à la revanche et ne loue pas le régime bien qu'il appelle à le soutenir.

Toutefois, en 1942, le discours de Maurras apparaît pour ce qu'il est : des royalistes vont rompre avec celui-ci car ils savent que le maurrassisme est alors incompatible avec leur combat. Une Nouvelle Action française ayant pour devise « non possumus » sort alors : il y a volonté d'une complète unité, certains articles pouvant même être écrits par des communistes.

Maurras et Pujo, après la guerre, sont accusés d'intelligence avec l'ennemi et le journal est alors interdit après la Libération. Le 27 janvier 1945, la condamnation de Charles Maurras libère une nébuleuse maurrassienne soustraite à l'autorité du Maître : la période de l'épuration semble plus douloureue que celle de l'occupation. Néanmoins, une pensée rassure, c'est celle de savoir que « notre force est d'avoir raison ».

Georges Calzan, quant à lui, répète une thèse essentielle : De Gaulle est un usurpateur au véritable libérateur, Pétain. Des tracts prouvant l'innocence de l'Action française sont également distribués.

Après la guerre, l'Indépendance française est le premier journal maurrassien à reparaitre : il sera néanmoins très vite interdit malgré la défense de Jacques Isorni. On trouve dans tous les journaux maurrassiens de nombreux pseudonymes pour un cercle restreint de rédacteurs.

Le comte de Paris, quant à lui, a profité de l'éclipse maurrassienne pour reprendre une notoriété. Et si Gabriel Marcel proteste contre l'amalgame « royalistes/pétainistes », l'Indépendance française répond que le retour du roi passe par la défense de Pétain. Boutang, lui, s'occupe d'Aspects de la France et dit que les royalistes n'ont pas de problème avec le gaullisme sur les fins mais seulement sur les moyens ; il tentera une synthèse du maréchalisme avec la Résistance.

L'Action française ne se relèvera donc pas à cause des crimes de Vichy...le comte de Paris l'avait prévu et leur avait annoncé. La recomposition des droites a donc posé problème à la Libération : on passe en quelque sorte du maurrassisme au royalisme.

L'on a alors oublié Maurras pour défendre Pétain qui était, lui, connu des intellectuels anglo-saxons – à la différence de Maurras qui était méconnu par ceux-ci : sa réhabilitation sera en effet tardive.

La question s'est alors posée et se pose encore : peut-on remplacer Charles Maurras ? Boutang a essayé mais a échoué...le fait est qu'après la guerre il n'y avait plus grande monde de l'ancienne droite. Les années 1950 inauguraient donc l'arrivée d'une nouvelle génération. La lutte maurrassienne contre le comte de Paris a alors été vive (Boutang, quant à lui, n'y a pas pris part).

D'après Bénédicte Vergez-Chaignon

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