[Colloque] Thierry Maulnier
28 avril 2009
Dans les années 1930 l'on considérait Maulnier comme un successeur potentiel de Charles Maurras. Voilà donc une figure importante, qui en 1980 considérait son oeuvre comme un carrefour entre la philosophie et la politique.
Dans sa jeunesse, Maulnier était en classe prépa littéraire et était attiré par le classicisme : c'est ce qui l'a mené plus aisément à l'Action française en 1930. Il a alors offert ses services à Maurras pour rédiger l'Etudiant français. Son premier article dans l'Action française a été sur le réalisme de Racine, et il a également collaboré jusqu'en 1944 à la Revue universelle.
Il fonde aussi la revue Combat, condensé de toutes les idées forces de la Jeune Droite. Il faut savoir que l'influence de la Jeune Droite est majeure dans les milieux littéraires, avec Maxence ou encore Brasillach ; Maulnier, quant à lui, est reconnu et obtient le Grand Prix de la Critique pour son essai sur Racine.
Il existe des différences entre Maurras et Maulnier en terme économique et social notamment. Mais l'esthétisme est entre eux un point de convergence. Chez Maulnier, il y a en effet sentiment de décadence de la civilisation (La crise est dans l'homme – 1932), surtout dans le domaine artistique avec l'exhibitionnisme des sentiments, le surréalisme, les artistes isolés du monde dans leur tour d'ivoire et ne parlant que de leur intimité. Il s'oppose ainsi au réalisme et à la littérature populaire, qui transmettent une vision inessentielle de l'homme. Il rejette également l'idéalisme.
Chez Maulnier, l'antinomie entre le syndrome romantique et la perfection classique est grande. Il est nécessaire de dominer la nature, grande tradition française, donc ne pas la sublimer comme le fait le romantisme. Il s'oppose également au langage romantique à travers Victor Hugo : le mot ne doit pas être cherché pour l'impression qu'il fait au lecteur, il doit être choisi pour lui-même.
Grand admirateur de Racine, il parle donc de son réalisme : non celui de la décadence et des passions, non le réalisme psychologique, mais celui qui vise l'essence de l'homme. Racine a trouvé une société presque parfaite et a usé de ce qu'il a reçu plutôt que de vouloir faire la révolution. Le classicisme se définit donc ainsi : l'harmonie de l'homme au sein du cosmos, de la civilisation, la synthèse de l'appolinien et du dyonisiaque (cf Nietzsche, La Naissance de la tragédie).
Il s'oppose aussi à l'Allemagne mystique et faustienne. La France, elle, a une vocation assimilatrice : il faut défendre la civilisation occidentale et Maulnier se veut donc humaniste.
Il y a pourtant rupture avec l'Action française après la Seconde Guerre mondiale. Il s'intéresse alors de plus en plus au théâtre et défend et met en scène le théatre classique. Il se détache néanmoins du monde pour s'ancrer dans une conception de l'homme idéal : c'est un théatre littéraire et classique, et non politique ou réaliste. Il défend en effet une littérature comme fin contre la littérature engagée. Il critique donc beaucoup Sartre et les existentialistes.
Il y a néanmoins persistance de la pensée maurrassienne chez Maulnier dans son analyse du déclin de l'Occident et de la crise des valeurs. Au lendemain de mai 1968, il participe donc à la fondation d'un Institut d'Occident.
Les anciens camarades de Maulnier l'ont beaucoup considéré comme libéral du fait de son humanisme. Il était pourtant pragmatique, considérant le nationalisme comme un moyen. Suite à son échec, il a donc voulu défendre autrement la civilisation. Cela s'est traduit par la défense de la CED.
D'après Ludovic Morel


