[Colloque] Henri Massis

27 avril 2009

Henri Massis est important en ce qu'il représente la figure de la fidélité. S'il n'est pas une plume de l'Action française (il n'y a jamais écrit), il en est toutefois l'un des piliers. Ses premiers échanges avec Charles Maurras datent de 1912, puis il entre à l'Action française au lendemain de la Grande Guerre. Il partagera alors énormément la vie de l'Action française et fut toujours fidèle à Charles Maurras.

Massis symbolise la pluralité des occupations de l'Action française : littérature, religion et politique principalement. Tout démarre au lycée Condorcet avec son professeur : Alain. Il aura ensuite comme maîtres Anatole France, Barrès ou encore Bergson. Il est surtout littéraire à ses débuts avec des ouvrages sur Zola ou Barrès.

Il possédait également une vocation religieuse. Il a été très influencé par Bergson qu'il pense comme un « contre-poison » qu'il faut éliminer à son tour (Bergson n'est donc qu'une étape qu'il faut ensuite surpasser).

Il existe intellectuellement avant sa rencontre avec l'Action française, et c'est d'ailleurs en se balladant un jour avec Barrès qu'il apperçoit le journal (ce qui sera un acte majeur pour Barrès). Alors Massis passera du barressisme au maurrassisme. En effet, Barrès n'a pas été convaincu par l'enquête sur la Sorbonne de Massis, ce qui creusera l'écart. Quant à Massis, il reproche beaucoup à Barrès de ne pas être thomiste et lorsque ce dernier meurt, Massis est déjà un pilier du maurrassisme.

Ni polémiste ni pamphlétaire (il cherche à convaincre rationnellement), Henri Massis a toutefois une plume très dure à travers ses excellentes critiques littéraires notamment : pour Pascal et Péguy, contre Romain Rolland ou Gide. Il fut néanmoins très politique également, publiant Défense de l'Occident en 1924 ; ses autres ouvrages seront des ajouts de ce premier, qui reste central.

Il est également portraitiste et mémorialiste de l'Action française. Il fait d'ailleurs un portrait élogieux du philosophe Frédéric Rauh, qui commente Pascal. Massis tend ainsi vers l'unité des trois disciplines (littérature, religion et politique) qui se traduit dans Défense de l'Occident. Cette défense est pour lui nécessaire et le mènera à s'opposer à l'Allemagne et à la Russie (communiste certes, mais aussi orthodoxe). Massis s'affirme donc comme un « intellectuel expert » : il aura de nombreuses références, typique du mouvement du XXème siècle.

Porte-parole également, il publie deux essais : L'Esprit de la nouvelle Sorbonne (sous le pseudonyme d'Agathon), ce qui lui permet de pénétrer très jeune un milieu très académique. Il y tient alors la place de porte-parole de la jeunesse et il y apprend beaucoup : il devient entrepreneur dans l'entre-deux guerre et sera la cheville ouvrière de la Revue universelle. Il va attirer des auteurs, dans l'orbite maurrassienne, qui n'y seraient autrement jamais allés. Il est homme d'interface mais aussi éveilleur !

Maxence, Maulnier ou Brasillach...les jeunes de la Nouvelle Droite font ainsi l'éloge de Massis – en tant que guide plutôt que maître : éveil religieux pour Maxence, littéraire pour Brasillach et Maulnier.

Henri Massis peut donc être considéré comme la sentinelle de l'Action française. Pour lui, s'il n'y a pas d'Action française, c'est la dissolution ou la mort. Il a traversé tous les temps durs, et publie Maurras et notre temps ce qui permet à l'Action française de remonter dans les milieurs étudiants. Tandis qu'on reprochait à Maurras d'utiliser les méthodes des démocraties populaires, il publie La peur des gens d'esprit et défend par la suite Maurras suite à son procès affirmant qu'il est la victime et non le coupable.

Enfin, il fut ambassadeur : c'est en effet l'un des maurrassiens les plus connus à l'étranger et grâce à lui de nombreux ouvrages maurrassiens seront diffusés dans le monde ibérique, mais aussi dans le monde anglo-saxon. Sa vie et son oeuvre peuvent se traduire ainsi : unicité et continuité à construire (son itinéraire ne varie jamais).

Toujours fidèle à Maurras, il reste à Vichy en 1940-1944. Néanmoins en retrait, il échappe ainsi à l'épuration. Son modèle politique fut le régime de Salazar au Portugal et il était également très lié à l'Algérie, mais se place à l'écart du fascisme et des débats qu'il suscite. Massis rencontrera ensuite De Gaulle et dit de lui que sa politique prenait beaucoup d'idées de Maurras.

D'après Olivier Dard

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