[Colloque] Les germanistes français et le maurrassisme : le cas Louis Reynaud
25 avril 2009
Louis Reynaud, cité de nombreuses fois par Charles Maurras, était isolé parmi ses collègues mais il est représentatif de la doxa germaniste de l'époque. Il fut l'auteur de douze ouvrages, les deux derniers étant Français et Allemands (1930) et L'Âme allemande (1933).
La proximité des vues de l'Action française avec les germanistes de l'époque est intéressante. Jusqu'en 1950, ces derniers avaient en effet une manière particulière d'être par rapport aux Français. Louis Reynaud, par exemple, était un anti-romantique forcené et pensait comme l'Action française que l'Allemagne était l'opposé de la civilisation latine. Charles Maurras disait en effet qu'il y avait décadence en Allemagne depuis Martin Luther, du fait de l'apparition de l'individualisme. De même, pour Reynaud, les Allemands n'ont aucun sens social, ils sont soumis au subconscient et restent principalement subjectifs. En effet, avec Fichte et Hegel, il y a subjectivisme absolu et absence de raison organisatrice. Cette vision de l'Allemagne traduit bien les rapports de l'époque entre les deux pays.
Maurras va ainsi à l'encontre de l'idéalisme et Reynaud le soutient en démontrant qu'elle n'est que théorique et qu'elle ne conforme pas les actes et la pensée. De plus, selon lui, le subjectivisme pervertit le sentiment national et donne ainsi naissance au racisme par le biais du « darwinisme social ».
Comme Maurras, Reynaud pense que les Germains n'existent pas par eux-mêmes mais avec l'aide des autres civilisations, notamment la gallo-France. Pour lui, une relation franco-allemande équilibrée ne peut exister : quand l'Allemagne a de l'influence, la France perd sa souveraineté. Reynaud pense donc un nationalisme défensif : la France est nécessaire à l'équilibre de l'Europe et du monde.
Lorsque l'Angleterre a influencé l'Allemagne à travers Denis Diderot et Jean-Jacques Rousseau, cela a mené à un déséquilibre européen. De plus, Diderot et Rousseau ont importé la littérature allemande en France et il y a eut trahisons sous Napoléon, notamment de Madame de Staël qui prônait le protestantisme. Tous ces évènements ont mené à une série de capitulations et d'abandons face à l'Allemagne, et à une germanolatrie que Reynaud condamne.
Ainsi, encore une fois comme Maurras, Reynaud pense que l'échec de 1870 met fin à la domination intellectuelle de la France (comme l'a montré Ernest Renan). Les intellectuels ont donc trahi pour lui, à l'exception de Maurras, Barrès et Rouget.
Il critique également les décisions de la France après la Grande Guerre car l'influence de l'Angleterre a mené au désarmement, et il souhaite que la France préserve une importance diplomatique majeure. En 1939, il affirme également que la France a eu tort de refuser les offres de 1936 et de ne pas avoir empêché l'alliance entre Rome et Berlin : le dialogue est alors devenu impossible entre France et Allemagne.
D'après Michel Grunewald


