Campagne ambigüe pour le FN
24 avril 2009 | 8 commentaires
À la veille des élections européennes, les stratégies électoralistes du Front National portent la marque de la déshérence de son électorat ; il y a de quoi s'interroger sur la captation des figures de Jean Jaurès et Roger Salengro par Louis Aliot dans le Sud et Marine le Pen dans le Nord.
L'idée sur laquelle se fonde cette campagne est exacte : ces personnalités de gauche ont défendu en leur temps des thèmes qui sont aujourd'hui au cœur des propositions du Front National, en particulier la préférence nationale à l'embauche. Il est également indéniable que l'idéologie du nationalisme républicain dont se réclame aujourd'hui le Front National, tout partiel et biaisé qu'il est, a été largement portée par la gauche dans les années 1930.
Il faut pourtant replacer tout cela dans les bons contextes. En construisant une campagne sur des têtes, et des citations diverses, le Front National montre plus son désir de chasser un nouvel électorat que de fonder une réelle réflexion politique. Ce nationalisme « de gauche » qui est tangible au FN depuis déjà longtemps, procédait dans les idées du Front Populaire d'un constat, celui de l'échec de l'internationalisme, incarné dans la première guerre mondiale, et qui conduisit les idéologues de gauche à se recycler dans les fascismes européens. Une telle démarche est profondément ancrée dans le système que nous avons toujours combattu; ce nationalisme ne saurait être le nôtre, et il est nécessaire de mettre fermement le FN en face de ses contradictions.
Ces contradictions, ce sont déjà celles de la gauche des années 30. N'oublions pas que ces deux figures en particulier étaient au cœur du processus qui aboutit à l'interdiction de l'Action Française, d'une inconséquence politique qui poussa la république au bain de sang du 6 mai 1934.
On ne saurait se contenter d'un nationalisme de façade, d'un nationalisme qui par les mesures de préférence nationale par exemple, a opposé à l'intérieur le Français et l'étranger, tandis que la république continuait à l'extérieur à déshonorer la nation.
L'héritage de ces méthodes d'opportunisme électoral, ce fut, lors des vagues migratoires des années 60-80, à l'intérieur la considération de tout travailleur étranger comme temporaire et jetable, l'empêchant de trouver sa place et d'apprendre à aimer la nation qui l'accueillait; chose rendue par ailleurs impossible par le caractère massif desdites vagues, pour le plus grand bénéfice des profiteurs électoraux qui vivent de ce genre d'oppositions indépassables - construisant une génération après l'autre le communautarisme et le rejet viscéral de tout ce qui est français par ces populations. Ces mêmes personnages aujourd'hui brandis par le Front National, brisaient dans le même temps, à la veille de la guerre, comme après celle-ci, par leur incompétence et leur tiédeur, l'influence française, et se montrant complaisants face à ceux qui s'annonçaient comme les futurs ennemis de la deuxième guerre mondiale, ils refusaient à la France une diplomatie et une défense à sa hauteur.
Jaurès et Salengro auraient-il-été nationalistes aujourd'hui ? Certainement pas ! L'intérêt n'y est plus. L'électorat et l'enrichissement, ils l'auraient trouvés comme leurs héritier dans les rangs des européistes. Si l'on pouvait les créditer d'une quelconque espèce de sincérité politique, les utopies mondialistes alors largement rejetées par eux ont depuis pris pour notre plus grand malheur un début de forme concrète, qui leur permettrait de considérer comme à leurs héritiers socialistes d'aujourd'hui tout nationalisme comme inutile à la lutte des classes.
Il est marquant que dans cette campagne confidentielle, on entende plus parler du duo Nihous-Villiers que du Front National. Alors que la politique brumeuse de l'Union Européenne se mêle de ce qui ne la regarde certainement pas, enchaine les mesures économiques et sociales qui défavorisent ouvertement les Français, des quotas de pêche à la réglementation absurde de la publicité sur le fromage, on se demande vraiment quel est l'intérêt du Front National dans cette campagne, si ses candidats défendent la souveraineté française ou cherchent désespérément comment se faire élire.
V.Chalmel



8 commentaires pour "Campagne ambigüe pour le FN"
Blioberis
Le 24 avril 2009 à 9:22
Ne chercherai-t-il pas plutôt à faire oublier les années Jean-Marie, en se donnant une bonne image auprès de nouveau groupe sociaux, partageant malgré tout leurs idées, mais qui éthiquement ne votent pas Front ?
gautier
Le 24 avril 2009 à 9:42
pourquoi ce blocage viv à viv de le pen, ne partage t il pas les idées les plus proches de l'action française, comme le dit si bien Sixte Henris de Bourbon Parmes? je pense que c'est le seul à tenir la route en ce moment!
V.Chalmel
Le 24 avril 2009 à 10:35
pourquoi un blocage vis à vis de Le Pen ? encore faudrait il que ce blocage existe, pour une part de nos militants, voter FN n'est pas un tabou.
Mais les méthodes du Front National, et son discours, le populisme dont il hérite du Poujadisme, empêchent d'en faire une référence. Et c'est encore plus tangible aujourd'hui où le Front National remet en cause certains des points les plus incontestables de son discours ( le droit à la vie en particulier )
Catoneo
Le 24 avril 2009 à 15:46
Quote [ ...on se demande vraiment quel est l’intérêt du Front National dans cette campagne, si ses candidats défendent la souveraineté française ou cherchent désespérément comment se faire élire] Unquote.
La prébende de Strasbourg est extrêment juteuse, vous faites mine de l'oublier sauf à choisir l'adverbe qui convient : "désespérément".
Toutes les manoeuvres en cours du camp de la droite nationale n'ont pour but que celui de revenir à l'Assemblée européenne malgré la réduction du nombre de sièges français décidé par le Traité de Nice. Seuls quelques segments en tête des listes ont une chance de s'agripper à la mangeoire, aussi manoeuvre -t-on pour fédérer et en conséquence
réduire le nombre de listes (stratégie PMC éventée, fusion MPF-CPNT).
Fricatelle
Le 26 avril 2009 à 15:54
Bonjour,
Quelle est la position officielle de l'Action Française - si position officielle il y a - concernant le droit éventuel à l'euthanasie, le droit à l'avortement et le droit au divorce ?
Merci et bonne continuation.
F.
Reinelde Maes
Le 26 avril 2009 à 20:37
Les trois sont des flétrissures modernistes. Elles avilissent l'homme et ruinent le pays sous tous ses aspects. Voilà notre position et nous ne la lâcherons pas pour plaire au monde.
Vincent Chalmel
Le 27 avril 2009 à 20:59
Aucun des trois n'est un droit ajouterais-je.
L'avortement s'arroge droit sur la vie d'un autre, c'est donc certainement le plus grave.
L'euthanasie en impliquant des médecins dans un acte actif pour tuer leur patient est impensable, conduit droit au "débarras" des malades pour la commodité de familles lassées de les visiter à l'hôpital. De nombreux médecins d'ailleurs, dans le trouble autour de cette thématique, dénoncent le fait que ce sont les familles qui réclament l'euthanasie et abusent du malade pour faire croire à son consentement.
Pour ce qui est du divorce, je ne me prononcerais pas sur la position de l'AF en elle même, mais pour moi le mariage civil n'est qu'une mascarade de sacrement, tant que l'union civile porte le nom de mariage, elle doit être indivisible.
Fricatelle
Le 28 avril 2009 à 18:17
Merci pour vos réponses.
Je ne vous cache pas qu'elles me laissent encore plus songeur quant à leur formulation définitive que quant à leur contenu.
Alors bonne continuation et bon courage... mais sans moi.