[Colloque] Maurras et la notion de race

24 avril 2009 | 1 commentaire

Il est important de replacer la pensée maurrassienne dans son époque, de la contextualiser, notamment à travers l'étude d'une science qui était alors nouvelle au XIXème siècle : l'anthropologie raciale. Cette école est dominante lorsque la pensée de Maurras commence à se former, pourtant celui-ci ne s'y attache pas et rejette ses principales figures : le républicain et matérialiste Broca et ses disciples. Charles Maurras, quant à lui, préfère s'attacher à Le Play – et reste en dehors de la fascination pour les sciences naturelles de l'époque : son intérêt se porte plutôt à la littérature.

Gobineau, au milieu du XIXème siècle, va séduire un court instant l'Action française, notamment Jacques Bainville (avec Georges Vacher de Lapouge qui renouvelle Gobineau à la fin du siècle). Il sera toutefois très vite mis à l'écart du fait de sa pensée matérialiste, athée et darwiniste – Lapouge n'a en effet collaboré qu'une fois à l'AF et Maurras a toujours mis en garde Bainville contre l'existence d'une « race pure ».

Une question passionne alors l'époque : comment la nation française s'est-elle formée ? Tandis que les intellectuels font l'apologie des Celtes et des Gaulois, Maurras, lui, fait l'apologie des Romains. En effet, les Celtes sont alors considérés comme proches des Germains : il leur accorde donc une place minime. Trois couches existent pour lui au sein de la nation française des origines : des indigènes, des Celtes et des Romains. De ces trois couches est né le gallo-romain : la sensibilité généreuse des Gaulois avec l'esprit organisateur du Romain. Maurras ne peut dénigrer l'apport Germain mais refuse de voir une descendance pure des Germains.

Il refuse également la célèbre thèse des « deux France », des « frères diviseurs » (dixit Maurras) comme le soutenait Michelet. Elle est née, pour lui, de l'antagonisme de classes : elle est donc dangereuse, source de haines et de divisions. Il n'existe donc pas d'un côté les nobles féodaux et de l'autre les esclaves.

Maurras s'affirme comme défenseur radical des races latines à une époque où l'anglo-saxon domine pour faire l'éloge des races nordiques. S'il pense une race française, il ne s'intéresse pas comme Taine à la biologie raciale si ce n'est dans quelques réflexions sur la forme et le rôle du cerveau. Il dénonce à cet égard le « mal de l'Allemagne éternelle », cette « sauvagerie innée » qui est dans leur sang.

Charles Maurras est donc un penseur véritablement modéré pour son époque sur ce sujet : il pense d'ailleurs que l'on peut intégrer avec une naturalisation pour des cas particuliers. Il se refuse à donner une trop grande importance à la race, et affirme que c'est là un facteur qui n'est pas central et qu'il n'existe aucun déterminisme – sa germanophobie le pousse d'ailleurs à se démarquer de l'idée biologique des races. Ses textes des années 1930 contre l'Allemagne hitlérienne le prouvent. Il différencie ainsi l'antisémitisme allemand (biologique) et l'antisémitisme français.

Quant à la colonisation, il pense que les européens ne peuvent et ne doivent pas influencer les autres races car il refuse, dit-il, « l'uniformisation du monde ».

D'après Carole Reynaud Paligot

Un commentaire pour "[Colloque] Maurras et la notion de race"

  1. F. Traum

    Le 24 avril 2009 à 19:45

    très intéressantes vos séries de CR de colloques.