Contre l'ère du temps, héroïsme et sainteté
30 mars 2009 | 7 commentaires
Alors que ce monde vétuste et sans joie ne cesse plus de trembler devant la justesse des vérités papales, et tente dans un accès final mais bien vain de renverser le poids des contradictions sous lequel il s‘effondre, jouisseurs médusés et démochrétiens de ce temps ne pourront plus feindre de s’étonner de retrouver encore et toujours sur leur route les bâtisseurs de « l'arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine » (1), l’Action Française « politique », ils ne le pourront plus sans être justement traités en sophistes qu’ils sont, et même en pharisiens ! Car nous qui avons proclamé dès le début que les libertés communautaires étaient les seules valables, parce qu’elles se réalisaient en même temps que l‘homme se réalisait lui-même: en accomplissant rigoureusement et sans rechigner ses devoirs envers son prochain ; nous qui avons exalté le plus sûrement cette vertu du sacrifice personnel comme la seule susceptible de donner aux hommes une raison de vivre, et donc de mourir, nous étions à cause de cela les fils dévoués de l‘Eglise, cela avant même que notre maître allât au bout de son implacable logique en se convertissant. Auparavant, en effet, il n’avait pas cessé de constater cette convergence de vues entre les catholiques fidèles et les autres amoureux de la France, et aussi ce fait que la France serait condamnée sans la Foi des aïeux. De ces sentiments, nous aurions d’ailleurs bientôt l’occasion de témoigner de la manière la plus vive qui fut.
Car la république qui nous avait avilis en tant que Français ne nous avait pas préservés dans notre qualité de croyants, et voilà que poursuivant son chimérique ouvrage révolutionnaire, comme pour assumer pleinement l’héritage nihiliste qui l’avait vu naître, elle a déployé toutes ses forces dans l’unique direction du sacrilège qui consistait à soumettre l’Eglise émancipatrice à l’Etat dominateur, faisant du second « le prêteur généreux » des biens cultuels qu’on « confierait » à la première. D’où nécessité de l’inventaire desdits biens. D’où encore ingérence assumée des gouvernements héritiers de 93 dans la gestion intime de l’Eglise martyre, et d’où finalement émoi légitime de celle-ci. Et réaction normale, saine et prévisible du peuple chrétien contre les directives des cols-blancs sans foi ni loi, avec en première ligne : les ligueurs d’AF. Dès lors, pour ces raisons qui n’ont pas varié depuis un siècle, la rupture est consommée entre le vieux parti républicain qui juge que « le catholicisme n’a plus d’avenir » et cette part de jeunesse en quête d’un avenir autre que celui toujours plus médiocre qu’on lui prépare, et qui avec l’Action Française affirme « au contraire, que la véritable libre pensée est incarnée par l’ordre catholique », cette « figure de Maurras, clerc désintéressé qui met sa notion d’ordre et sa logique passionnée au service de l’Église » achevant de convaincre du bien-fondé de notre entreprise salutaire : « que l’homme se réconcilie avec lui-même », qu’il revienne à cette vérité temporelle et spirituelle qu’il ne pourra s’en sortir sans son prochain, ce ne sont là des faits que nous ne cesserons pas de proclamer contre la décadence moderne, la vanité du monde et la déchéance de l’homme.
(1) Charles Maurras, Lettres de Prison, Flammarion, 1958, p.225 : Ici
(2) Jacques Prévotat, L’Action Française et les catholiques, le tournant de 1908, site de la CAIRN : Ici
Reinelde Maes



7 commentaires pour "Contre l'ère du temps, héroïsme et sainteté"
DE ROCHAMBEAU
Le 1 avril 2009 à 0:16
Matthieu Ch. 23 ver 9 : "Jésus leurs dit : n'appelez personne sur la terre votre père;car seul est votre père celui qui est dans les cieux".
Le pape, qui non seulement se fait appeler "mon père" mais aussi "sa sainteté", devrait d'avantage méditer cette parole de Jésus.
On comprend mieux l'incongruité d'un pape à la lecture de ce verset biblique, et cette mise en garde se vérifie, lors de turpitudes papales révélées, ou lors de positions malheureuses concernant le préservatif, la contraception, l'avortement, ou l'homophobie.
Etre royaliste de nos jours ( et je suis royaliste!), ne veut pas dire revenir avec le sceptre et le goupillon! En tant que croyant, catholique et royaliste je reste attaché à la laïcité, et à la séparation du pouvoir politique du pouvoir religieux! Ne serait-ce que pour ne pas entendre les inepties papales qui nuisent à notre religion! Les vrais Chrétiens oeuvrent pour la solidarité, la protection des plus faibles et des minorités ! Le pape actuel devrait plutôt se remettre en question sur les protections de criminels religieux pédophiles, ou de révisionnistes anti sémites de son clan, et s'occuper plus de spiritualité que de politique, plutôt que de condamner par populisme malsain et par opportunisme des hommes ou des femmes, ou certains groupes qu'il juge comme étant voués à la destruction. Dans ces condamnations qui claquent comme des mises à mort, il n'y a plus de place pour l'amour du prochain ! Aussi, tout en respectant l'institution religieuse, il n'est pas question de revenir sur des libertés durement acquises, et le royalisme devrait bien se garder d'une trop grande soumission à cette église, et se souvenir que nos Roys l'on d'ailleurs souvent tenue à distance pour l'empêcher de transformer nos pays en théocraties. Le Royalisme en France, ne pourra refleurir qu'à ces conditions, sans cela il est voué à l'échec, et nous parlons déjà d'un mort-né ! Oui pour un royalisme indépendant de toute autre institution, oui pour un royalisme progressif et protecteur de tous ses sujets, minorités inclues ! Non pour un royalisme soumis au diktat de l'église, non au royalisme pour un retour à l'obscurantisme !
Reinelde Maes
Le 1 avril 2009 à 10:55
Toute votre intervention est à la hauteur du sophisme introductif: car si nous devions effectivement bannir l'Eglise sous le malheureux prétexte qu'elle est hiérarchique et qu'il se trouve à sa tête un père pour la mener, alors il faudrait détruire l'institution familiale pour la même raison. De fait, c'est précisément ce que vous nous proposez.
En effet, je vous rappelle que si nous opposons la plus grande fermeté face aux chimères modernes de la contraception, de l'avortement et de l'homosexualisme, c'est que tous trois participent de cet esprit de jouissance sans borne qui ruine la famille inviolable, laquelle est la première défense des plus faibles: les enfants, d'abord, qu'ils soient à naître ou déjà nés, puis les femmes, qui ne sont ainsi pas abandonnées à leur sort quand vient l'enfant en question. Songez aux souffrances physiques et morales endurées des uns et des autres à cause de cette volonté de jouissance immédiate, et vous comprendrez votre erreur. Vous n'avez gagné aucune liberté, mais que des servitudes. Et tout ceux qui s'en félicitent et la diffusent sont appelés de la même façon à se repentir, contrairement à ce que vous dîtes; seulement, il n'y a pas de vraie charité sans vérité, et la politique n'est justement rien d'autre que cette ferme volonté de trouver la vérité pour le salut commun. Ainsi le royalisme ne doit-il pas céder aux sirènes de la mode par facilité, comme les intérêts mondains le lui commandent, ce serait juste une formidable contradiction avec sa nature non-conformiste, mais puiser à la source de ce qui l'a généré er régénéré si longtemps, être cette force directrice et cette lumière éclairante pour les Français désireux d'en finir avec les idéologies matérialistes qui nous ont tant nui depuis deux siècles. Je vous proposerai sous peu un compte-rendu de conférence sur ce thème de nos rapports avec l'Eglise et de la laïcité, et comment elle a été galvaudée pour devenir ce laïcisme infect et intolérant que vous nous décrivez.
Anchise
Le 1 avril 2009 à 18:19
Notre Eglise est l'Eglise des saints, disait le très royaliste Bernanos.
Le Christ a été accusé de Blasphèmes par ses pérsécuteurs. En réalité il prenait sur lui toute la pestidentielle médiocrité du monde qu'on appelle le péché.
Les accusations dont est victime le Pape ne sont rien à côté de la réalité tristement humaine de l'Eglise.
Il dit la vérité , il sera exécuté. Mais c'est précisement lui et tous les saints de l'église depuis le commencement qui rachètent cette misère de l'église qui est humaine comme le monde.
Il faudra finalement choisir, car le monde et l'Eglise ne sont pas régis par le même Prince.
L'Eglise, ce n'est pas seulement le Pape et le clergé, c'est tous les baptisés et parmis eux beaucoup de pêcheurs.
La mort de Jésus et sa résurrection sauvent tous les pêcheurs. la seule chose que demande l'Eglise qui est le corps mystique du Christ est que nous nous reconnaissions pêcheurs, comme le bon Larron, cela a suffi à son salut.
Le seul pêché qui ne trouve pas de miséricorde c'est le pêché contre l'esprit. Faire passer en toute connaissance de cause un mal pour un bien relève de ce type de pêché.
la mission de l'église étant bien de sortir le monde des griffes de celui qui le domine, le Pape ne fait que son devoir, "dire la vérité à temps et à contre-temps"
Tout cela pour dire que l'institution doit être effectivement tenue a distance si elle se mêle d'affaires par trop temporelles comme la politique.
Mais l'Eglise doit être la colonne vertébrale de l'humanité pour ce qui nous relie à Dieu, qui nous a créé et a fait de nous des hommes debout.
DE ROCHAMBEAU
Le 2 avril 2009 à 0:24
Reinelde Maes les chimères dont vous parlez, ne sont pas des questions de mode, mais de fond ! Les réponses apportées à certains maux de notre société, l’ont été, parce que justement des institutions comme l’église étaient trop sclérosées pour y apporter un remède, et pouvoir évoluer avec leur temps ! C’est d’ailleurs le même reproche qui est fait à l’Islam de nos jours, en s’accrochant à des modes de pensée et à des concepts dépassés comme la charia’â.
Je me souviens très bien d’ailleurs, d’une petite ville française, où je vivais, qui devait remplacer l’ancien couvent de bonnes sœurs, par une maison de retraite.
Quelle ne fut pas la surprise d’y découvrir des centaines d’ossements de bébés, mettant à jour une espèce de charnier, résultat des mœurs cachés des bonnes sœurs qui étaient censées représenter la vertu et la pureté de l’église !
Soyons sérieux !
Si l’église avait du apporter une réponse aux problèmes d’avortements sauvages, depuis 2000 ans ça se saurait ! Si vous compter sur cette institution pour régler ces problèmes sociétaux, vous allez devoir attendre encore bien longtemps !
Notre société a voulu apporter, non une réponse parfaite, mais tenter de résoudre un problème qui se situait entre la peste et le choléra !
Les avortements sauvages tuaient mères et enfants, par milliers, et bien des bébés naissaient handicapés ou estropiés suite à la perforation par une aiguille à tricoter d’un poumon, d’un cerveau, ou d’un cœur !
Certes, tuer un enfant naissant dans le ventre d’une femme est une image dure à supporter, mais elle est encore plus dure à voir lorsque l’on connaît les conditions d’avortement sauvage !
Pour ma part, je pense que seule l’éducation peut enrayer le plus possible les avortements, et il existe toute une panoplie de moyens de contraception, dont le préservatif, n’en déplaise au pape !
Mais, dire que l’on va supprimer définitivement le risque abortif, est totalement illusoire, et même si l’avortement doit être la dernière réponse, il doit exister dans un cadre institutionnel et médical, , car il existera toujours des individus ignorants, immatures, des ados tempétueux, des viols ou des accidents de parcours !
C’est ainsi depuis l’aube des temps, et notre société n’est pas la pire si l’on relit l’histoire !
D’autre part, ce que vous proposez, n’est ni plus ni moins, sous couvert d’humanisme religieux, une sorte d’apartheid social, où ceux qui sont dans le crédo doctrinaire majoritaire s’arrogent le droit de penser à la place d’autres , et de dicter qui a le droit d’aimer qui, où et comment !
Nos générations se sont justement révoltées contre ces dictatures de la pensée, car, ne pas être dans la doctrine dominante, ne veut pas dire qu’on est un déviant, ou un monstre !
Concernant justement l’homosexualité puisqu’il faut la nommer ainsi, elle n’est qu’un sentiment d’affection, ou d’amour, vers un être de son sexe, et si vous connaissiez bien l’être humain, et sortiez de votre carcan intellectuel, vous sauriez que ce n’est pas un choix, mais une condition naturelle !Bien des papes d’ailleurs ont été eux-mêmes attirés par leur sexe, ça aussi ce n’est un secret pour personne, pour qui veut bien s’informer en toute indépendance d’esprit !
De surcroît, je serai toujours surpris, que ceux qui vantent les mérites de l’église, et de ses fondamentaux christiques, soient si peu tolérants et si peu humains !
Cette église dont vous parlez, n’a fait que mentir et trahir les paroles de Jésus !
C’est bien pour cette raison, qu’associer le Royalisme à l’église, est en soi un non sens, mais c’est aussi dangereux car si le Roy doit être incontestablement Chrétien, Catholique et Apostolique, il doit aussi de nos jours, être le représentant DES cultes, de tous les cultes !!
Car notre société n’est plus celle du XVIIème siècle !
Il va falloir que vous vous en rendiez compte un jour ou l’autre !
Nos Roys en leur temps, tout catholiques qu’ils étaient n’en combattaient pas moins le pouvoir trop grand de l’église, et c’est bien grâce à eux que nous n’avons pas hérité d’une théocratie !
Aussi, dire que notre société est plus « pervertie » ou plus « pècheresse » qu’il y a trois siècles, est tout aussi ridicule !
Les mêmes maux existaient déjà à l’époque, et bien des historiens s’y sont consacrés !
Dans n’importe quelle librairie digne de ce nom, vous trouverez toutes les références qui abondent dans mon sens ! Je suis d’ailleurs étonné de devoir rappeler cela à un membre d’AC, car vous êtes généralement bien outillés en informations historiques notamment !
Notre société n’est ni pire ni meilleure, elle est différente, c’est tout !
La famille a aussi évolué, et une famille commence avec deux individus, car bien des couples hétéros ne peuvent avoir d'enfants, ce n'est pas exclusif au couple homosexuel.
Et si de nos jours, les gens désertent l’église, ce n’est pas parce qu’ils sont moins croyants, c’est surtout parce que cette église justement est incapable d’apporter une réponse moderne et adaptée, et est incapable de faire son auto critique sur ces questions sociétales, mais pire, préfère cacher dans ses murs les mensonges qu’elle n’a cessé de dresser comme des vérités !
L’église est bien plus pécheresse que tous ces pauvres humains qu’elle veut absolument tirer de leurs erreurs et de leurs errements, en voulant faire ce qu’elle croit être leur bien contre eux-mêmes !
Croire que Royalisme et Eglise vont de paire, est non seulement une hérésie de nos jours, mais suicidaire !
Et avec le pape actuel, les choses ne vont certainement pas s’améliorer, 40% des Catholiques dont je suis, sont exaspérés par les propos humiliants qu’il tient, et sont outrés de ses positions doctrinales inutilement discriminatoires !
Protéger des pédophiles ou des antis sémites, ne redorera pas le blason de l’église !
En Iran on pend des homosexuels adolescents ou adultes , on lapide des femmes adultères, on brûle à l’acide des femmes pour désobéissance à leur mari, en Arabie Saoudite, une femme de 75 ans peut se faire donner des dizaines de coups de fouet, pour avoir reçu sous son toit des hommes qui ne sont pas de sa famille …..voilà où conduit l’intolérance : au mépris de l’autre et de sa dignité, au rejet de l’autre et de sa liberté !
Que le Roy soit croyant dans sa foi catholique reste une affaire personnelle, mais cela ne veut pas dire qu’il devra s’ériger en protecteur de cette église !
Au nom de quoi ?
A ce moment là il devra aussi s’ériger en protecteur de l’Islam, du Judaïsme, du Bouddhisme, de l’Hindouisme, du Shintoïsme, et de toutes les religions représentées sur notre territoire, car la France ce n’est pas seulement un hexagone en Europe, mais aussi une multitude de territoires éparpillés dans le monde entier, dont Mayotte sera le 101éme département !
Il n’est donc pas question de revenir à l’inquisition, et la séparation des pouvoirs temporel et intemporel, reste plus que jamais une nécessité, dans un état laïc aux diversités de plus en plus nombreuses, républicain ou royaliste !
Enfin, vous qui parlez de chimères, soyez sûr qu’à travers une telle vision de la France, vous poursuivez non seulement des chimères, mais surtout une utopie.
Il faut rester pragmatique et réaliste, si nous souhaitons rétablir la Monarchie, ce ne sera pas avec des mensonges, de l’hypocrisie, et des retours dans le XVIIème siècle !
Il faut vivre avec son temps, et apporter des réponses de son temps !
Si l’église n’a pas pu s’adapter à son temps, le royalisme, notamment dans des pays comme le Danemark, la Norvège, les pays-Bas, l’Espagne, ou la Suède, lui a prouvé qu’il pouvait même devancer son temps !
DE ROCHAMBEAU
Le 2 avril 2009 à 0:35
Le parlement suédois légalise le mariage homosexuel
Le mariage entre couples homosexuels sera légal en Suède à partir du 1er mai, ainsi en a décidé mercredi le parlement de Stockholm par un vote massif en faveur de cette mesure: 261 députés pour et 22 contre.
Ce résultat n'a surpris personne en Suède, pays qui a déjà autorisé les "unions" homosexuelles au milieu des années 1990 puis donné en 2002 le droit à des couples homosexuels d'adopter un enfant.
La loi autorise actuellement les couples homosexuels à enregistrer leur union mais pas à se marier.
Je rappelle que la Suède fait partie des pays les avancés dans le monde et que c'est une Monarchie !
Anchisel
Le 2 avril 2009 à 23:52
Non non cher Rochambeau, l'Eglise, n'a pas à se soucier du temps où nous vivons. C'est ce qui fait sa particularité. C'est à chaque fois dans l'histoire qu'elle s'est sécularisée qu'elle est tombée dans l'errance.
« Notre Eglise est l'Eglise des saints » (Georges Bernanos)
« Qui s'approche d'elle avec méfiance ne croit voir que des portes closes, des barrières et des guichets, une espèce de gendarmerie spirituelle. Mais notre Eglise est l'Eglise des saints. Pour être un saint, quel évêque ne donnerait son anneau, sa mitre, sa crosse, quel cardinal sa pourpre, quel pontife sa robe blanche, ses camériers, ses suisses et tout son temporel ? Qui ne voudrait avoir la force de courir cette admirable aventure ? Car la sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. Qui l'a une fois compris est entré au cour de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chair mortelle une autre terreur que celle de la mort, une espérance surhumaine. Notre Eglise est l'Eglise des saints. Mais qui se met en peine des saints ? On voudrait qu'ils fussent des vieillards pleins d'expérience et de politique, et la plupart sont des enfants. Or l'enfance est seule contre tous. Les malins haussent les épaules, sourient : quel saint eut beaucoup à se louer des gens d'Eglise ? Hé ! Que font ici les gens d'Eglise ! Pourquoi veut-on qu'ait accès aux plus héroïques des hommes tel ou tel qui s'assure que le royaume du ciel s'emporte comme un siège à l'Académie, en ménageant tout le monde ? Dieu n'a pas fait l'Eglise pour la prospérité des saints, mais pour qu'elle transmît leur mémoire, pour que ne fût pas perdu, avec le divin miracle, un torrent d'honneur et de poésie. Qu'une autre Eglise montre ses saints ! La nôtre est l'Eglise des saints. A qui donneriez-vous à garder ce troupeau d'anges ? La seule histoire, avec sa méthode sommaire, son réalisme étroit et dur, les eût brisés. Notre tradition catholique les emporte, sans les blesser, dans son rythme universel. Saint Benoît avec son corbeau, saint François avec sa mandore et ses vers provençaux, Jeanne avec son épée, Vincent avec sa pauvre soutane, et la dernière venue, si étrange, si secrète, suppliciée par les entrepreneurs et les simoniaques, avec son incompréhensible sourire, Thérèse de l'Enfant-Jésus. Souhaiterait-on qu'ils eussent tous été, de leur vivant, mis en châsse ? assaillis d'épithètes ampoulées, salués à genoux, encensés ? De telles gentillesses sont bonnes pour les chanoines. Ils vécurent, ils souffrirent comme nous. Ils furent tentés comme nous. Ils eurent leur pleine charge et plus d'un, sans la lâcher, se coucha dessous pour mourir. Quiconque n'ose encore retenir de leur exemple la part sacrée, la part divine, y trouvera du moins la leçon de l'héroïsme et de l'honneur. Mais qui ne rougirait de s'arrêter si tôt, de les laisser poursuivre seuls leur route immense ? Qui voudrait perdre sa vie à ruminer le problème du mal, plutôt que de se jeter en avant ? Qui refusera de libérer la terre ? Notre Eglise est l'Eglise des saints. Tout ce grand appareil de sagesse, de force, de souple discipline, de magnificence et de majesté n'est rien de lui-même, si la charité ne l'anime. Mais la médiocrité n'y cherche qu'une assurance solide contre les risques du divin. Qu'importe ! Le moindre petit garçon de nos catéchismes sait que la bénédiction de tous les homme d'Eglise ensemble n'apportera jamais la paix qu'aux âmes déjà prêtes à la recevoir, aux âmes de bonne volonté. Aucun rite ne dispense d'aimer. Notre Eglise est l'Eglise des saints. Nulle part ailleurs on ne voudrait imaginer seulement telle aventure, et si humaine, d'une petite héroïne qui passe un jour tranquillement du bûcher de l'inquisiteur en Paradis, au nez de cent cinquante théologiens. « Si nous sommes arrivés à ce point, écrivaient au pape les juges de Jeanne, que les devineresses vaticinant faussement au nom de Dieu, comme certaine femelle prise dans les limites du diocèse de Beauvais, soient mieux accueillies par la légèreté populaire que les pasteurs et les docteurs, c'en est fait, la religion va périr, la foi s'écroule, l'Eglise est foulée aux pieds, l'iniquité de Satan dominera le monde !...» et voilà qu'un peu moins de cinq cents ans plus tard l'effigie de la devineresse est exposée à Saint-Pierre de Rome, il est vrai peinte en guerrière, sans tabard ni robe fendue !, et à cent pieds au-dessous d'elle, Jeanne aura pu voir un minuscule homme blanc, prosterné, qui était le pape lui-même.
Notre Eglise est l'Eglise des saints. Du Pontife au gentil clergeon qui boit le vin des burettes, chacun sait qu'on ne trouve au calendrier qu'un très petit nombre d'abbés oratoires et de prélats diplomates. Seul peut en douter tel ou tel bonhomme bien pensant, à gros ventre et à chaîne d'or, qui trouve que les saints courent trop vite, et souhaiterait d'entrer au paradis à petits pas, comme au banc d'ouvre, avec le curé son compère. Notre Eglise est l'Eglise des saints. Nous respectons les services d'intendance, la prévôté, les majors et les cartographes, mais notre cour est avec les gens de l'avant, notre cour est avec ceux qui se font tuer. Nul d'entre nous portant sa charge, (patrie, métier, famille), avec nos pauvres visages creusés par l'angoisse, nos mains dures, l'énorme ennui de la vie quotidienne, du pain de chaque jour à défendre, et l'honneur de nos maisons, nul d'entre nous n'aura jamais assez de théologie pour devenir seulement chanoine. Mais nous en savons assez pour devenir des saints. Que d'autres administrent en paix le royaume de Dieu ! Nous avons déjà trop à faire d'arracher chaque heure du jour, une par une, à grand-peine, chaque heure de l'interminable jour, jusqu'à l'heure attendue, l'heure unique où Dieu daignera souffler sur sa créature exténuée, Ô Mort si fraîche, ô seul matin ! Que d'autres prennent soin du spirituel, argumentent, légifèrent : nous tenons le temporel à pleines mains, nous tenons à pleines mains le royaume temporel de Dieu. Nous tenons l'héritage des saints. Car depuis que furent bénis avec nous la vigne et le blé, la pierre de nos seuils, le toit où nichent les colombes, nos pauvres lits pleins de songe et d'oubli, la route où grincent les chars, nos garçons au rire dur et nos filles qui pleurent au bord de la fontaine, depuis que Dieu lui-même nous visita, est-il rien en ce monde que nos saints n'aient dû reprendre, est-il rien qu'ils ne puissent donner ? ».
DE ROCHAMBEAU
Le 4 avril 2009 à 0:35
ANCHISEL : Si l'on est croyant, Dieu n'a pas crée de religion, ce sont les hommes qui ont crée la religion, car comme toujours, ils se croient au-dessus du divin, ça a commencé avec la tour de Babel, et ça continue!
Donc chez les Hommes il n'y a rien de saint!
Dieu nous a laissé un message qui s'appelle la Bible....encore faudrait-il qu'on veuille bien la lire avec l'esprit saint....et non pas avec un doigt accusateur, et avec un esprit vengeur et moralisateur !