Maurras, entre le légiste et le contestataire

26 février 2009 | 1 commentaire

http://www.librairietequi.com/Image/Grande/IMG_3973.JPG Le journaliste Belge, écrivain lui même, et critique littéraire Pol Vandromme a consacré au maître de Martigues deux ouvrages, L'Église et l'ordre, et quelques années plus tard, en reprenant en partie le propos, Entre le légiste et le contestataire, base de notre réflexion ici.
L'auteur part d'un constat simple, Charles Maurras reste difficile à cerner en raison d'une dualité difficilement compréhensible. D'un coté le Maurras de l'Action Française, des éclats publics, des duels, de son procès... de l'autre l'homme qui a repensé le nationalisme français, théorisé la monarchie, fait adhérer à celui-ci l'ensemble de la ligue républicaine, l'auteur, en somme, des œuvres capitales, monument qui a fasciné ses lecteurs et interpellé les plus farouches opposants du Félibre par la puissance et la rigueur du raisonnement.
Ces deux figures, Pol Vandromme les juge aussi inconciliables que indispensables l'une à l'autre :

  • Inconciliables d'abord, parce que le polémiste nuira souvent au légiste, tant pour lui même qu'au sein du mouvement marqué également par cette dualité. Il est difficile aujourd'hui de comprendre à quel point la violence des camelots et des polémiques lancées par le journal était nécessaire dans le climat de l'époque. On en paye quoi qu'il en soit le prix, comme on a payé le prix des « petites phrases » qui ont émaillées l'histoire de la ligue, mots d'esprits facilement détournés par nos adversaires comme le fameux « nous ne sommes pas des gens moraux » du temps de l'affaire Dreyfus. Autre conséquence, évoquée également par Mr Vandromme, la brutalité des scissions, telle celle d'un Bernanos dont évidemment l'essentiel des conclusions, d'une grande intelligence, sont part de l'héritage d'Action Française.
  • Indispensables ensuite par la personnalité elle même de Charles Maurras, cette dualité étant apparue très tôt chez le jeune homme, étant perceptible dans sa poésie, sa Provence... Vandromme explore la marque de ces deux facettes dans plusieurs étapes clefs de la progression intellectuelle de Maurras, de son duel avec Pascal à la redécouverte de la foi. Plongée passionnante dans les écrits et les états d'âme du maître de Martigues, éliminant un grand nombre de préjugés sur la relation de Maurras avec l'Église, autour de cette volonté de croire, cette foi en l'Eglise de l'ordre, tant chantée par les Positivistes, qui l'empêchera de sombrer dans l'athéisme avant que la confiance, la foi de sa mère en Dieu ne le touche enfin.

Si cette deuxième partie est la plus intéressante de l'ouvrage, c'est la première qui est la plus riche en enseignement en ce qui nous concerne, c'est à dire pour l'Action Française elle même. Il y a quelques temps, l'un des rédacteurs du blog regrettait que les corrections publiques infligées à quelques professeurs de facultés peu scrupuleux, ne puissent plus avoir la même portée qu'autrefois, et seraient d'ailleurs contre productives, tant la société récuse à présent toute forme de violence (d'autant plus même qu'elle serait méritée.)
Cela ouvre la voie à une réflexion plus profonde sur la place nécessaire de l'Action Française aujourd'hui, de son combat, et de ses méthodes. Pol Vandromme évoque au début de son oeuvre la difficulté qu'auraient des lecteurs des œuvres capitales, ignorant la plume de l'Action Française, à imaginer la passion qui entourait le nom de Maurras chez ses détracteurs comme chez ses partisans.
Cela serait certainement une bonne chose, ébranlés par les raisonnements du légiste, voire convaincus, on comprend mieux le polémiste, on l'accepte, on en viens même à le remercier d'avoir fait preuve d'une telle flamme.
Mais cette flamme est moins nécessaire aujourd'hui semble-t-il, l'extrême gauche compte ses militants sur les doigts d'une main, et comme on l'a dit, la violence, même verbale, est aujourd'hui bottée en touche.

Se défendant d'extrémisme dans ses idées, l'Action Française doit l'écarter également de sa méthode, cela est commencé par une génération de militants qui de leur formation à la vente du journal ratissent plus large qu'hier, cherchent à élargir et adapter avec génie l'empirisme organisateur à une autre époque, une autre république, qui commet les mêmes erreurs que les autres dans un autre contexte.
Il semble nécessaire d'écarter à présent, sinon la polémique qui est l'arme de la vigilance, mais les excès de ton et de mots qui ont de toute façon perdu leur portée, les articles de l'Action Française ne faisant plus enrager sur les bancs de l'assemblée. La polémique reste la posture malheureusement nécessaire, de la défense de la nation, de la dénonciation constante des errances d'une république sans mémoire ni héritage.
Il est de notre responsabilité d'en chasser les tentations faciles de la colère, de la passion, de l'indignation, qui ont pu pénaliser une audience dont la croissance est indispensable à l'aboutissement de notre combat, pour généraliser les articles qui y font toujours mouche, par leur puissance d'analyse et de proposition, leur polémique adroite et précise.

V.Chalmel

Un commentaire pour "Maurras, entre le légiste et le contestataire"

  1. Catoneo

    Le 26 février 2009 à 18:15

    Pas mieux :|
    Il fallait que ce soit dit, mais de l'intérieur.
    Les résultats se mesurent ; aussi est-il profitable de caler le travail contre une échelle de mesures d'audience. C'est le minimum.
    Gestion par objectifs mesurables, il n'y a que ça de vrai.