Pourquoi l'Angleterre n'est pas la France
30 janvier 2009 | 3 commentaires
On a beaucoup glosé de ce qu’en France il faudrait, en cas d’établissement monarchique, réintroduire le parlementarisme. Mais chaque fois l’on oublie qu’il est le fruit de l’Histoire britannique, et qu’il nous est tout-à-fait étranger. En effet, les souverains anglais ont plus que leurs homologues français souffert d’une crise de légitimité, en conséquence de quoi ils ne l’ont pas résolue de la même manière.
En France, à cause des invasions et de la prépondérance qu’elles donnèrent aux seigneurs locaux, le Roi Hugues Capet n’a au début de son règne qu’un petit bout de terre, l’Ile de France, sur l’Empire démesuré constitué par Charlemagne. Lui et ses successeurs vont donc acquérir les provinces environnantes petit à petit, à force de guerres, dons ou mariages, mais toujours en promettant de leurs préserver les libertés acquises par le passé. Ils se les attacheront ainsi avec une fidélité à toute épreuve. Il en va tout autrement en Grande-Bretagne. En 1066, Guillaume de Normandie vainc ses concurrents à la Couronne à Hastings et, sans autre légitimité que celle de la force, met la main sur un Royaume d’Angleterre déjà constitué. Il n’a donc plus pour seul moyen de s’imposer que le recours à la centralisation brutale et poussée, à laquelle répondront barons et peuples soumis par la révolte, et imposeront aux rois leurs revendications : Magna Carta en 1215 et Bill of Right en 1628. Ces « avancées » se feront au besoin par d’odieux chantages, destitutions et régicides, dans une négation totale de l’origine divine de l’autorité royale, ce qui n’est pas sans annoncer les prémices d’un pouvoir apostat disposant de la Couronne un peu à sa guise en dépit d’éventuelles règles de dévolution garanties par l’Eglise, autre différence avec la France.
C’est, en somme, l’Histoire de deux peuples en même temps que celle de deux conceptions du gouvernement qu’incarne la dichotomie « monarchie française, absolue et fédéraliste » contre « monarchie anglaise, constitutionnelle et centraliste ».
Reinelde Maes



3 commentaires pour "Pourquoi l'Angleterre n'est pas la France"
Busi
Le 30 janvier 2009 à 11:53
Petite correction : c'est le Petition of Rights en 1628 et le Bill of Rights en 1689(après la venue au pouvoir de Guillaume d'Orange destituant Jacques II).
Pour la crise de légitimité des souverains ayant renforcé le Parlement, les premiers rois Hanovre y ont été pour beaucoup(certains ne parlant pas anglais, un autre étant sourd, un autre ne pensant qu'à ses amours...).
pierrerichard
Le 30 janvier 2009 à 13:11
Une donnée fondamentale semble avoir été oubliée par reinelde...
Le Royaume-Uni est un pays protestant et est toujours une monarchie...Comme le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas ou La Suède... Au sein des autres pays européens n'ayant pas subis l'occupation soviétique les pays catholiques: France, Italie, Portugal... sont quant à eux des républiques. Seules les principautés comme Andorre, Monaco, Liechenstein ou le Grand duché du Luxembourg sont catholiques mais comptent parmis les Etats les plus petits au monde.
L'Espagne comme on le sait est un cas à part.
Reinelde Maes
Le 4 février 2009 à 12:41
J'ai bel et bien parlé d'un "pouvoir apostat". Est-ce à dire que la France doit passer au protestantisme pour renouer avec sa tradition royale ? On se permettra d'en douter.