Doctrine gaulliste (2) : un fédéralisme de pacotille
28 janvier 2009 | 13 commentaires
« Il est clair et il est entendu que le vote définitif des lois et des budgets revient à une assemblée élue au suffrage universel et direct. Mais le premier mouvement d’une telle assemblée ne comporte pas nécessairement une clairvoyance et une sérénité entières. Il faut donc attribuer à une deuxième assemblée élue et composée d’une autre manière la fonction d’examiner publiquement ce que la première a pris en considération, de formuler des amendements, de proposer des projets. Or, si les grands courants de politique générale sont naturellement reproduits dans le sein de la Chambre des députés, la vie locale, elle aussi, a ses tendances et ses droits (…) L’avenir des 190 millions d’hommes et de femmes est dans qui vivent sous notre drapeau est dans une organisation de forme fédérative que le temps précisera peu à peu, mais dont notre Constitution doit marquer le début et ménager le développement. »
A ce stade de son exposé (dont voici la première partie : Ici), Charles de Gaulle a définitivement trahi ses idéaux d’origine pour l’anarchie démocratique qu’il croit fermement pouvoir dompter. Il se retrouve donc avec une assemblée sur les bras dont il ne s’illusionne pas sur la capacité réelle de gouverner, comme en témoignent ses propos. La faire contrôler par un homme laissera la porte ouverte à tous arbitraires - l‘Ordre, rendez-vous compte - et Dieu sait si la démocratie est frileuse de ce point de vue-là. Le contrôle viendra donc… d’une autre assemblée. C’est notre vieux Sénat, vieux par sa composition homogène de tricards décrépis de la politique « locale », élus par leurs admiratifs cadets en récompense de toute une carrière d’escroqueries et de mensonges. Ceux-là donc complèteront ceux-ci « en faisant dans la confection des lois ce facteur d’ordre administratif qu’un collège purement politique a forcément tendance à négliger. » C’est lui qui le dit. Car dans les faits, on ne saisit pas bien ce qui la distingue de l’autre: de maire l’on devient député, puis l’on passe sénateur, de sorte qu’on n’en sache beaucoup pas plus sur l’administration locale d’une assemblée à une autre. Tout cela est donc assez vain. Pourtant, de Gaulle avait fait part d’un autre rôle possible de cette seconde assemblée, tout de suite après: « Il sera normal d’y introduire, d’autre part, des représentants des organisations économiques, familiales, intellectuelles, pour que se fasse entendre, au-dedans même de l’Etat, la voix des grandes activités du pays. » C’est là précisément le Conseil que nous appelons de nos vœux, le seul qui ait une utilité pratique incontestable, inventé sous nos rois, défendu par d’authentiques fédéralistes girondins, et que l’on n’a jamais revu en France de mémoire de républicain. Et pour cause, il n’y a pas de place pour un fédéralisme en France. Celui-ci supposerait en effet une liberté souveraine pour chaque corps intermédiaire, jusque dans les lois, qui rognerait alors sur la liberté du peuple ou de la nation souveraine. Ainsi s’explique les déceptions cruelles mais prévisibles qui ont accompagné les lois dites de « décentralisation » sous Mitterrand…
Reinelde Maes



13 commentaires pour "Doctrine gaulliste (2) : un fédéralisme de pacotille"
Lafarge
Le 28 janvier 2009 à 15:27
La réforme de 1969 sur le Sénat et la participation aurait été une grande avancée. Cela n'était possible qu'après avoir restauré l'Etat (ce que De Gaulle a fait à partir de 1958). Pourquoi alors titrer "un fédéralisme de pacotille" ? C'est se faire plaisir ! Comme l'a bien montré Edmond Michelet, De Gaulle était empreint des positions de la Tour du Pin sur le sujet.
Reinelde Maes
Le 29 janvier 2009 à 17:33
Je n'ai jugé de Gaulle qu'à ce qu'il a réussi, et de ce point de vue il faut reconnaître que l'oeuvre gaulliste est plus qu' insatisfaisante. Cela n'est d'ailleurs pas sans lien avec sa position de chef républicain contenu dans les cadres stricts de la république française, jacobine d'esprit. Sans doute en eût-il été autrement s'il avait servi le Comte de Paris dans les faits, comme la doctrine de La Tour du Pin le lui recommandait...
Lafarge
Le 30 janvier 2009 à 10:41
Dans ce cas là il ne faut pas titrer sur la "doctrine". Pour des régionalistes conséquents comme Didier Patte et le Mouvement Normand, de Gaulle est un modèle...
seb2ker
Le 30 janvier 2009 à 21:41
On fait avec ce qu'on a ... Reste que Maes a raison de dire qu'on juge un arbre à ses fruits... d'autre part il est IMPOSSIBLE de faire abstraction de la logique modernisatrice du gaullisme.
Lafarge
Le 1 février 2009 à 12:59
Encore faudrait-il distinguer de Gaulle, son action et sa pensée, du "gaullisme" (qui est moins une pensée qu'un courant politique).
Lafarge
Le 2 février 2009 à 17:26
De Gaulle s'est fait piéger par les gaullistes de la droite bourgeoise (Pompidou) parce qu'il ne pouvait compter sur la droite traditionnelle enferrée dans des combatds d'arrière garde. Seul Boutang avait compris avec sa "Nation française", pendant ce temps là "Aspects" avait une tentation atlantiste, je crois même qu'il y a des articles contre la force de frappe vers 1964. Aberrant...
Les gaullistes royalistes comme Boutang, Michelet ou Saint-Robert se sont fait ensuite marginaliser par gaullistes libéraux qui se sont rapproché de Giscard. Là on entre dans l'histoire de la droite. Il serait intéressant d'en parler plutôt que de s'acharner sur un chef d'Etat maurrassien à bien des égards (au moins pour la politique internationale).
Franchement qui cherchet-on à convaincre avec un article pareil ? Quelle est la CIBLE ?
Beldurian
Le 2 février 2009 à 17:44
La doctrine a des aspects que l'on peut approuver, et Reinelde le dit lorsqu'il écrit ceci :
"Pourtant, de Gaulle avait fait part d’un autre rôle possible de cette seconde assemblée, tout de suite après: « Il sera normal d’y introduire, d’autre part, des représentants des organisations économiques, familiales, intellectuelles, pour que se fasse entendre, au-dedans même de l’Etat, la voix des grandes activités du pays. » C’est là précisément le Conseil que nous appelons de nos vœux, le seul qui ait une utilité pratique incontestable, inventé sous nos rois, défendu par d’authentiques fédéralistes girondins, et que l’on n’a jamais revu en France de mémoire de républicain."
Dommage seulement que ça ne se soit pas fait, et Reinelde juge en effet cette incapacité. Titrer "doctrine" était sans doute une erreur vous avez raison.
Lafarge
Le 2 février 2009 à 17:52
OK mais de plus :
1/ Pourquoi ignorer 1969
2/ Cible de l'article ? Son utilité ?
Sans aucune animosité mais pour participer à la réflexion sur les qulités et les défauts de ce blog ?
Beldurian
Le 2 février 2009 à 18:23
1 : Reinelde a visiblement désiré juger les actions de De Gaulle, ce qu'il a réussi : son bilan pour la France en somme. 1969 fait parti du bilan contre la France de par son échec si j'ai bien compris. Reinelde précisera s'il le souhaite.
2 : il me semble qu'on peut tirer une leçon de cet article ; Reinelde semble vouloir montrer qu'une monarchie permettrait plus facilement à certaines réformes d'aboutir, et d'exploiter d'une manière plus satisfaisante le génie de certains politiques. Il s'agit une nouvelle fois de montrer l'infériorité de la République vis à vis de la solution monarchique, et les bienfaits que pourrait apporter cette dernière. En somme, prendre un exemple historique pour argumenter pour la monarchie : cela se fait souvent sur le blog.
Cet argument n'est peut être pas viable selon vous. À voir. Pour ma part je me demande en effet si De Gaulle en monarchie n'aura pas été bien plus efficace.
Lafarge
Le 2 février 2009 à 18:30
1/ Cet article attaque de Gaulle alors qu'il a tenté de faire évoluer les choses sur le plan de la décentralisation. Attaquez le régime, pas l'homme...
2/ De Gaulle n'est pas responsable du fait que Maurras et le Comte de Paris ne l'ait pas rejoins à Londres. Quitte à critiquer la Républiquer autant éviter de s'en prendre à son président le plus monarchiste.
Reinelde Maes
Le 3 février 2009 à 18:31
Navré, mais les présidents monarchistes servent à peu près autant que les rois républicains...
Hébert
Le 6 février 2009 à 13:15
@ Lafarge :
C'est justement en critiquant le bilan du président "le plus monarchiste" que l'on démontrera que la véritable monarchie n'est pas une option mais une nécessité. C'est, je pense, l'objet de ces articles sur De Gaulle par Reinelde.
Reinelde Maes
Le 9 février 2009 à 9:21
Merci Hébert.
@ Lafarge: je veux bien revenir sur le terme "doctrine" qui vous fait si mal; mais ça ne change rien au fond de l'article.