Doctrine gaulliste (1) : répondre à l’anarchie par l’anarchie
27 janvier 2009
« Partout où paraissait la croix de Lorraine s’écroulait l’échafaudage d’une autorité qui n’était que fictive, bien qu’elle fût, en apparence, constitutionnellement fondée. Tant il est vrai que les pouvoirs publics ne valent en fait et en droit que s’ils s’accordent avec les intérêts supérieurs du pays, s’ils reposent sur l’adhésion confiante des citoyens. En matière d’institutions, bâtir sur autre chose, ce serait bâtir sur du sable. Ce serait risquer de voir l’édifice crouler une fois de plus à l’occasion d’une de ces crises auxquelles, par la nature des choses, notre pays se trouve si souvent exposé. »
Dans un discours prononcé le 16 juin 1946 à Bayeux, non loin des plages du débarquement allié, Charles de Gaulle livre à la foule réunie ses sentiments sur la situation du pays. Revenant sur les évènements des derniers mois, il s’en prend au ci-devant régime du Maréchal Pétain, comme s’il lui avait jamais fait de l’ombre, comme si, né de la guerre, celui-ci ne devait pas finir avec la guerre. Il n’en donne pas moins une définition fort juste de l’origine de toute légitimité politique: « les intérêts supérieurs du pays », autrement dit « le besoin du peuple » (Boutang), soit la nécessité, puisque c’est par nécessité que les communautés politiques sont nées. Il introduit en même temps une seconde notion dont dépendrait pareillement l’utilité d’un Etat : « l’adhésion confiante des citoyens ». En effet, dans un enchaînement d‘une rigueur toute platonicienne, de Gaulle explique les règles de succession de la dictature à l’anarchie lorsque, dégoûté de tant de licence déprédatrice, le peuple s’offre au premier homme susceptible de ramener l’ordre. Il n’en tire cependant pas les conséquences puisqu’il laisse dépendre, dans son système, le pouvoir politique de la versatilité de l’opinion publique, des partis qu’il dénonce par ailleurs, de la démocratie démagogique décriée par Platon, en somme. De plus, à la suite de Rousseau, de Gaulle ne néglige pas de donner dans la mystique pour faire tenir son bric-à-brac idéologique quand, ayant besoin d’un arbitre pour « faire valoir la continuité nationale au milieu des combinaisons », il le trouve dans un président de la république. Que celui-là même demeure attaché à un parti, qu’il ne soit pas réellement en mesure d’arbitrer quoi que ce soit, peu lui importe vraiment. Mais surtout, le chef de l’Etat-arbitre n’étant plus partie aux « différents pouvoirs » - la philosophie républicaine considérant la souveraineté (représentée) comme divisible - il sera dissocié du chef de gouvernement qui, lui, détiendra le vrai pouvoir décisionnaire, dans une sorte de coopération forcée avec deux assemblées. Ce faisant, il prend exemple sur ce que Maurras appelait les « demi-royautés bourgeoises » du XIXème, véritables « monarchies républicaines » de celles dont se contenteraient volontiers certains « royalistes républicains ». Mais de Gaulle lui-même ne l’était-il pas, royaliste ? En somme, parce que la Vème république s’est bâtie sur une véritable mythologie du « pouvoir fort », elle est apparue comme l’exemple le plus frappant de conciliation de l’idéal démocratique avec la construction réaliste de la monarchie maurrassienne, alors qu’elle n’en est qu’une corruption avilie. A ce titre, elle est un défi à la vérité politique à laquelle nous nous astreignons.
Reinelde Maes


