L’ironie aura voulu qu’à l’instant où le prince Jean de France, duc d’Orléans, dauphin de France, sortait son ouvrage d’entretiens accordés à Fabrice Madouas(1), la République au même moment, nous présentait son « prince » Jean. La première nouvelle aura principalement fait le tour des colonnes de Valeurs actuelles et des ondes de Radio courtoisie, tandis que la seconde a fait la une de tous les journaux: il faut dire que Jean d’Orléans n’a pas, lui, souhaité amuser la galerie, pour se faire mousser.
On peut lire sur la page Faïcebouque du président Sarkozy (on ne sait pas s’il l’a tient lui-même, ou si c’est un groupie de l »UMP qui lui improvise ses messages -prions pour la deuxième hypothèse-): « Jean a fait preuve cette semaine de grandes qualités face à un choix difficile, dans un contexte qui dépassait largement sa seule personne. Il a pris une décision sage et courageuse. Je suis fier de lui. » Il n’y a pas grand mérite à avoir profité de la flagrante influence paternelle pour devenir président du groupe UMP du conseil général des Hauts-de-Seine, sur un caprice, en évinçant d’un revers de la main le postulant qui était pressenti. Il n’y a pas grand mérite à avoir tenté de briguer une place de président de l’EPAD, connaissant les susdites conditions. Par dessus tout, il n’y a pas grand courage à y renoncer, et de céder ainsi à la vindicte. A son âge, le prince William tentait de se faire engager pour l’Afghanistan. Sa grand-mère, elle, conduisait des camions militaires pour servir l’armée britannique. Attention à ne pas voir du courage n’importe où, surtout quand il n’y en a nulle trace.
« La monarchie, ce n’est pas le retour aux talons rouges et aux carrosses dorés. Est-on bien sûr, en revanche, que la République ait aboli tous les privilèges? Que tous les citoyens soient égaux devant la loi? J’entends parler d’État de droit. J’ai parfois l’impression qu’il s’agit d’un État de passe-droits, où les postes ne sont pas répartis selon les mérites, mais selon les accointances. » Ainsi parle Jean de France (page 216). Toute ressemblance avec des personnages et des faits ayant récemment existés, ne saurait être que coïncidence fortuite. Car l’affaire Jean Sarkozy n’est pas un épiphonème, mais plutôt l’aboutissement le plus délirant de la République du copinage, sorte de Vérone où les Capulet et les Montaigu se passeraient de la paumade, avec ces cliques dont on ne se sort plus: les Mitterrand, les Giscard, Bernard-Henri Lévy, sa femme, sa fille, le fils d’André Glucksmann, etc.
Toutefois, en régime électif, on n’atteint pas la marche suprême facilement. Il y a dix ans, alors que Jean Sarkozy était un jeune garçon, l’avenir présidentiel de son père, qui venait de subir une dégelée aux européennes, n’était pas du tout tracé. Autant profiter du court quart d’heure de gloire warholien, une fois les sommets franchis, pour placer ses pions: conseil général pour le fils, promotion gratuite du disque de l’épouse, commandes publicitaires à l’ami dévoué Jacques Seguela. Un dauphin, dès sa jeune enfance, sait la fonction, ou plutôt la charge, ou mieux encore le métier (le métier du roi, écrivait Louis XIV) qui lui reviendra. Au roi, on attribue un précepteur: Fénélon, pour le duc de Bourgogne, Aristote pour Alexandre de Macédoine, etc.
Louis XIV, lui, écrivait des Instructions au Duc d’Anjou, son petit-fils. Ça donnait de bons princes au pays, qui parlaient la belle langue -et non pas le goubiboulga cousu de fautes qu’on entend aujourd’hui- qui pensaient clair et marchaient droit. Un roi n’a rien à gagner de la tambouille et de la magouille: il est l’arbitre au dessus de la nation, déconnecté des intérêts d’argent. Il ne se sert pas: il sert.
Le roi s’en va -après son dernier souffle, mais espère que l’État demeurera toujours après lui. C’est sur ses mots que s’éteignit Louis le Grand. Le souci de la perpétuation de la France, Jean dudit pays en parle magnifiquement: « pour tout vous dire, j’aimerais assez que mon pays ne se dissolve pas dans le grand bain de la mondialisation ». Des tracas qui n’ont pas l’air d’envahir plus que cela la Sarkozye, ni d’ailleurs, l’ensemble des équipes qui l’ont précédée depuis une demi-douzaine de lustres.
On préférerait se faire arracher les dents par l’héritier d’une famille de dentistes de mille ans d’existence, que par un arracheur de dents élu au suffrage universel. En politique, ça devrait être la même chose.
F.M – Section de Rennes
(1) Jean de France, un Prince français, Pygmalion, 19,50 euros