Retour sur l'Arche de Zoé
17 décembre 2008
On nous apprend ce matin que Breteau fait de nouveau parler de lui; voilà un homme qui aime les claques car, à coup sûr, le Gouvernement français va bien devoir faire en sorte qu'on n'en parle pas trop. Sur le site www.archedezoe.fr/, le "gourou" de la "secte" revient sur l'affaire qui lui a valu 5 mois d'incarcération au Tchad, et un torrent de quolibets de la merdaille journaleuse qui tete au sein de l'AFP et qui préfère répéter ce qu'on lui dit de dire, plutôt que risquer de froisser certaines puissances contre lesquelles elle aime à s'insurger dans le vent à l'heure de l'apéro.
Ce n'est pas que je suis un partisan de Breteau (de mauvais esprits voudront sans doute affirmer le contraire et fustigeront, une fois n'est pas coutume, la dérive de certains vers la monstrueuse sympathie gauchisto-marxo-maçonnique), mais la candeur de cet homme tend à révéler une vérité qu'il assimile, mais dont il ne tire pas les conséquences.
Car si lui et les gens qui le suivent me semblent assez lucides quant à l'hypocrisie du droit international, jamais, au grand jamais, il ne voudra admettre que ledit droit est la cause de ce qu'il dénonce, à savoir que "Les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui sont en fait les cinq plus grands marchands d'armes de la planète, se complaisent à entretenir (voir parfois même à créer) des conflits interethniques qui permettent de maintenir des régions en état de sous-développement permettant ainsi de s'accaparer des ressources naturelles (pétrole, uranium, minerais) à moindre coût !". Mais de rajouter: " Conformément aux déclarations universelles des droits de l’homme et des droits de l’enfant, à la convention de Genève de 1949, aux conventions de 1951 et 1989 définissant les droits des réfugiés de guerre, à défaut de pouvoir (ou de vouloir) imposer la paix, nous pouvons encore sauver la population du Darfour en l'évacuant des zones de massacres et en lui offrant le droit d’asile dans des pays en paix en Europe et en Amérique. Le droit international le permet (...)" Qu'il me permette d'en douter fortement.
Car la véritable question que pose "l'affaire de l'Arche de Zoé", ce n'est pas tant la question de l'ingérence associative; en ce cas, Breteau est en contradiction entre ses actes et ses convictions. L'invention kouchnerienne du "droit d'ingérence" est une sottise dans les termes, qui contredit la notion même de droit en tant que l'on permet une chose et son contraire.
Au-delà de cette illusion, l'affaire pose en fait deux éminentes questions: d'une part, l'aspect "sinistre" de ce que l'on nomme la colonisation, à savoir l'occupation d'un pays et sa domination en vue de profiter de ses richesses naturelles, a-t-il disparu avec la décolonisation? Et d'autre part, doit-on faire disparaître la question de l'aspect civilisateur de la colonisation?
A la première question, on est forcé de répondre non sans hésiter: la décolonisation n'a jamais eu lieu. Elle est passé d'un mode direct à un mode indirect. Le site revient dans l'une de ses parties à cette notion de Françafrique, projet politique prôné par Houphouët-Boigny (qui n'a pas seulement été, comme il est mentionné, "ancien président de la Côte d'Ivoire", mais surtout ministre de la France et cosignataire de la cinquième république). Vers 1960, De Gaulle avait confié à l'un de ses ministres: "Maintenant, nous devons nous tourner vers l'Europe. Car l'ère des continents organisés succède à l'ère coloniale". Ce n'était pas pour abandonner les avantages coloniaux, il s'agissait juste de s'arranger avec les règles nouvelles qui se mettaient en place. La françafrique, ce n'est pas l'entente cordiale entre la Françe et ses anciennes colonies. Ce serait plutôt "une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisé sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’Aide publique au développement. La logique de cette ponction est d’interdire l’initiative hors du cercle des initiés. Le système autodégradant se recycle dans la criminalisation." Sur ce point, on est d'accord avec Verschave, cité dans le site. (Après, à savoir si ce système est "naturellement hostile à la démocratie"...)
A la seconde question - et celle-là, Breteau ne se la posera jamais et c'est bien dommage -, nous répondons non sans hésiter. On fait partie de ces salopards qui considèrent que la colonisation a eu des aspects positifs, et en particulier au niveau civilisateur contre des régimes inacceptables. Et Breteau de se lamenter: "Seule une décision courageuse de toute la communauté internationale, il y a plusieurs années, aurait pu faire sombrer ce régime dictatorial barbare." Tirons les bonnes conséquences: si le régime de Khartoun est "barbare", quel mal y'a-t-il à le renverser au nom de la Justice? Ce droit international auquel on voudrait demander des comptes, n'est pas là pour rendre justice. C'est un outil qui permet, au contraire, de saper toute possibilité de régulation et c'est ce que nos "cariteux" ne veulent pas saisir:ce droit qu'elle sacralise ne sert qu'à entretenir la situation qu'ils dénoncent, devenant effectif le jour où une Nation s'arroge le droit de corriger le tir des intérêts internationaux, et permettre aux bénéficiaires de ces intérêts de justifier le chaos qu'ils répandent volontairement. Caduque au Soudan comme au Tibet ou en Birmanie, il s'éveille subitement pour agresser l'Irak ou la Serbie. Le droit international, c'est la nouvelle méthode indirecte de la colonisation à but lucratif, qui bave de bons mots pour permettre au néo-colonialisme d'entretenir le désordre là où cela est utile.
Il est là, le fond de l'affaire. Des preuves? L'affaire elle-même. Le Soudan entend parler Kouchner qui fixe, au début de son mandat, le Darfour comme une priorité. Il fait immédiatement arrêter une opération humanitaire et somme la France d'y réfléchir à deux fois; diabolisation de l'association dont l'Etat se désolidarise après l'avoir soutenue. Incarcération et relaxe en un temps record. Ah, les cochons! Et nous qui avions pris cela pour de l'ingérence...
Il est bon ton de verser des larmes de crocodile sur la France coloniale, qu'on associe toujours à l'esclavage et à la domination cupide. Mais la colonisation, mon bon, ce n'est pas un état, c'est un mouvement. Si la France d'aujourd'hui décidait, prise d'un coup de folie, de renverser la dictature islamiste de Khartoun et d'instaurer au Soudan un protectorat pleinement assumé, le temps de permettre à la nation de développer ses possibilités d'autonomie contre le sapage international, devrait-on parler d'ingérence ou de libération? Que les fans d'Idriss Déby lèvent le doigt.


