Crise et répercussions: la Grèce paralysée

12 décembre 2008 | 1 commentaire


La crise économique et financière n’existe pas c’est une simple crise de confiance… La récession à été évité à 0,14 %, Noël approche, les courses de fin d'année occupent les français, un Ipod bleu fluo ou jaune pour la petite Manon ? Au milieu du JT une crise étudiante en Grèce est mentionnée ? C'est connu leurs policiers sont fous et tirent sur les jeunes, ces méditerranéens ont le sang chaud ; c’est bien connu sur TF1. Les analystes parlent de la jeunesse à 600 euros ? La Grèce est un pays du tiers-monde quel rapport avec la France ?

Nous aimerions tellement pouvoir écrire ces lignes, comme la majorité des médias français, le JT de TF1 en tête. Mais, notre tradition philosophique et journalistique nous oblige à réaliser ici un analyse sérieux et honnête de la situation.

En effet, la France, tout comme l’Espagne, a échappé de peu à la récession fin 2008. Néanmoins la France n’est pas un Etat souverain économiquement et est membre de la zone Euro, avec 14 autres pays d’Europe, qui elle est en récession, deux trimestres successifs de baisse du PIB. Les prix Nobel et autres économistes se disputent plusieurs thèses. Les uns annoncent une inflation forte suivie d’une déflation, chute des prix mais aussi des revenus ; et d’autres assurent une inflation très forte sur la durée. Les deux thèses vont dans un seul et même sens ; crise économique et financière majeure, chômage, 2 millions de chômeurs en France fin 2008 et 240 000 emplois supprimés en 1 mois aux Etats-Unis, record depuis 14ans ! Bref, les chiffres sont légions pour appuyer la thèse de la crise économique et financière.

La situation de l’économie mondiale affecte l’Europe dans le cadre de la mondialisation et de l’abaissement des frontières économiques. L’Europe est en récession presque partout, les pays de la zone euro les plus industrialisés et développés malgré la récession - pour combien de temps ? - résistent en apparence à la crise. Mais les pays les moins développés économiquement sont les plus fragiles. La Grèce ou le Portugal par exemple.

La Grèce subit de plein fouet la crise mais connait la précarité depuis bien avant la crise des subprimes et autres catastrophes financières. La jeunesse grecque, surdiplômée, est dans l’impasse, le marché du travail n’offre pas l’emploi de spécialisation technique que proposent les diplômes les plus avancés. Avec Bac + 4, parfois plus, les étudiants se retrouvent avec des emplois précaires à 500, 600 euros par mois, livreur de pizza, vendeur.Cette reconversion du monde du travail touche toutes les sociétés occidentales, hyper industrialisation, progrès techniques rétrogradent les métiers manuels. Le travail à la chaîne est effectué par des machines et les ouvriers sont pour la plupart issus de l’immigration, ce qui permet de casser les salaires.
Cette crise de la jeunesse en Grèce a éclaté peut être bien avant les autres. La jeunesse à 600 euros devant la précarité ne voit plus dans la télévision et les soldes un moyen suffisant de réaliser pleinement son existence. La jeunesse grecque depuis le début du mois de Décembre exprime son malaise en manifestant dans les principales rues du pays. Mais, depuis une semaine, les manifestations se sont radicalisées et des affrontements quotidiens avec les forces de l’ordre font la une des médias. La dégénérescence des manifestations apparait être le signe d'un profond malaise et d'une radicalisation de la jeunesse minée par l'insécurité économique et le chômage. L’opposition de gauche a bien sûr récupéré les manifestations, le seul fautif de cette situation serait selon eux le Premier ministre grec, le conservateur Costas Caramanlis. Mais cette crise résulte d’une politique mondialiste et ultra libérale européenne que l’opposition social-démocrate grecque a favorisée lors de ses différents gouvernements. La jeunesse manifeste contre Costas Caramanlis qu’elle identifie au système fauteur de ce malaise, mais la gauche au pouvoir aurait subi la foudre étudiante de la même manière, l'opposition se berce bien sûr d’illusions politiciennes.

La crise économique et son impact en Grèce a favorisé un mouvement de contestation de la jeunesse grecque qui a dégénéré.

En effet samedi dernier suite à la mort d’un lycéen de 15 ans tué par le tir d’un policier le mouvement s'est radicalisé. Mercredi la grève générale a été décrétée en Grèce aggravant encore la paralysie sociale du pays. Simple mouvement spontané ou récupération par l’ultra-gauche ?

La violence des manifestations aurait été déclenchée par des groupes anarchistes autonomes grecs très actifs dans le pays. Les manifestants ont lancé des cocktails Molotov sur les forces de l'ordre ripostant avec des gaz lacrymogènes. Pendant ce temps, dans d'autres quartiers de la capitale, des groupes de jeunes vandalisaient magasins et équipements publics. Simple fantasme « Fraction armée rouge » des médias ou réalité de la présence de l’ultra-gauche ?
Les techniques utilisées iraient dans le sens d’un groupe organisé, les incidents sont déclenchés par des groupes très mobiles, qui agissent très vite et quittent rapidement les lieux, sur fond de rassemblements de lycéens organisés dans de nombreux quartiers. C'est le scénario qui s'est déroulé devant la prison athénienne de Korydallos, la principale du pays, où de brefs affrontements entre jeunes et forces policières de garde n'ont duré que quelques dizaines de minutes et ont laissé la place à un rassemblement, assis et dans le calme, de lycéens. Derrière la manifestation, il y aurait donc une violence anarchiste différente du mouvement de masse, ou du moins parallèle.
15 établissements universitaires et une centaine de lycées à Athènes et Salonique sont occupés depuis le début de la semaine par des étudiants. À Salonique, les étudiants restaient retranchés dans l'enceinte de l'Université de la ville. Selon la loi en Grèce, la police ne peut pas intervenir dans les universités. L’ampleur du mouvement est telle que même les écoles les plus élitistes du pays, comme Polytechnique, sont occupées.
Mouvement de masse étudiant exceptionnel, mais est-ce pour autant que l’on peut attribuer aux organisateurs du mouvement étudiant une obédience politique d’ultra-gauche ?
Les revendications étudiantes dépassent même aujourd’hui les frontières de la Grèce. À Rome, Bologne (connue pour son activisme de gauche), Londres, Berlin ou Paris des rassemblements ont eu lieu depuis le début de la semaine après la mort d'Alexis Grigoropoulos. Des manifestations ont eu lieu en Espagne, mais ont dégénéré mercredi soir en affrontements avec la police : 11 manifestants ont été arrêtés et plusieurs policiers blessés, selon les médias espagnols.
En France, deux véhicules ont été incendiés dans la nuit de mercredi à jeudi devant le consulat de Grèce à Bordeaux et des tracts ainsi que des tags ont mentionné devant l’ambassade la mort de l’adolescent grec. À Grenoble, le consulat de Grèce est fermé depuis mercredi ou une quinzaine de militants de l’ultra-gauche grenobloise s'étaient rassemblés devant le consulat pour condamner «la répression des polices grecques et françaises», selon la même source.

L’affaire dépasse les frontières, la répression contre les manifestants fait ressortir une solidarité européenne entre le mouvement grec et d’autres mouvements d’ultra gauche européens. La crise économique est fertile pour ces mouvements qui n’hésitent pas à tisser des toiles militantes à travers le continent et instrumentaliser les manifestations étudiantes. À Paris, Rome, Athènes, Madrid, l’ultra-gauche est présente, une ultra-minorité organisée et présente qui déstabilise les tenants du mondialisme libéral…Exemple plein d’enseignements…

Pierre.R

Un commentaire pour "Crise et répercussions: la Grèce paralysée"

  1. henri lagrange

    Le 13 décembre 2008 à 17:03

    Excellent article et beau cas d'école en effet : une jeunesse prolétarisée et qui a raison de se révolter, une République pourrie jusqu'à l'os par la corruption et tenue par des oligarchies (de droite et de gauche) mondialisées, une droite nationaliste complètement dévaluée par son soutien à la dictature des colonels (et ses responsabilités dans la chute de la monarchie) et une extrême gauche solide, bien organisée, claire dans sa tête, prête à récupérer le mouvement de contestation qui semble s'étendre à toute la société. Que ferait l'Af si une telle situation devait se produire (mutatis mutandis) en France ? Reproduire l'attitude peu glorieuse qui fut la sienne (à quelques exceptions près) en 68 ? Ou tirer à son profit la contestation ? Il n'est pas impossible que les royalistes soient dans peu de temps au pied du mur.