La France "vassale de la Chine" ?

9 décembre 2008

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Comment accorder encore un minimum de crédit à l'action diplomatique de la république ? Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques, et spécialiste de la Chine, explique dans un entretien accordé à un journaliste du Monde, jeudi, l'état actuel des relations diplomatiques entre Paris et Pekin. Cette situation est sans surprise pour toute personne ayant un peu de culture historique et diplomatique, pour nous, héritiers des justes observations de nos maitres, Maurras et Daudet en tête, la dégradation des relations avec la chine, constante depuis près de 40 ans, est malheureusement logique.

Jean-Vincent Brisset, interrogé au sujet des tensions relatives à l'entretien prévu entre M. Sarkozy avec le Dalaï-lama évacue fort justement ce faux problème, il faut être bien myope pour croire que la position Française dans ce domaine est particulière au point de déclencher les foudres de Pékin en toutes occasions. Non, évidemment la Chine Communiste ici suit une stratégie logique et adroite, économiquement et diplomatiquement conçue pour "parasiter" l'unilatéralisme américain ; la Chine doit impérativement tuer dans l'œuf l'émergence de l'Union Européenne au rang des puissances diplomatiques. Or, c'est la vision Française de l'Union Européenne dont il s'agit, alors que Britanniques et Allemands plaident pour une union économique avant tout.

Nous n'avons pas coutume dans nos articles de nous enthousiasmer sur les aléas de la construction de l'Europe, en effet, celle-ci encore et toujours se fait au détriment des nations, la construction de l'espace économique et politique européen s'est fait et se fait toujours via des directives partiales, chevillées aux lobbyismes et à l'ultra-libéralisme anglo-saxon, en contradiction totale avec les politiques traditionnelles de la France et l'indépendance de la nation.
Cependant il est bon d'être réaliste et de reconnaitre, toujours à la suite de nos maîtres, qu'il est souhaitable que les nations européennes, indépendantes et souveraines, s'accordent pour mener une diplomatie commune afin de compenser leur relative faiblesse, démographique et économique. Par leur histoires, les nations du vieux continents disposent de relais diplomatiques et de "prés-carrés" dans le monde, d'alliances, et d'une force culturelle qui ne doit jamais être négligée sur la scène du petit théâtre des manœuvres diplomatiques.
Voilà ce qui fait la force de la diplomatie européenne, qui ferait celle de la diplomatie française si celle-ci n'était pas sans cesse torpillée par la veulerie des élus, qui s'élancent avec un amateurisme affligeant, un électoralisme et un clientélisme qui détruisent chaque jour un peu plus l'image de la France dans le monde.

La pantalonnade du couple Sarkozy Kouchner, qui ridiculise la France vis à vis de l'Afrique francophone et la jette dans les bras de la Chine justement, a déjà donné lieu à un article sous ma plume dans insurrection, exemple aberrant de la façon dont la France déploie ressources insoupçonnées pour donner l'image d'une ingénue malgré son Histoire qui la porte à bout de bras... l'écrase diraient des voix américaines, ce qui n'est pas faux, vu le manque d'envergure de nos élus.

Aujourd'hui résume, lapidaire, Jean-Vincent Brisset : "Parmi les pays ayant joué un grand rôle au niveau mondial, le nôtre est celui qui s'est montré le plus faible vis-à-vis de la Chine. Nous sommes ainsi considérés comme un pays femelle, faible et qui change tout le temps d'avis. Or la Chine ne respecte que la force." Pays Vassal qui avec sa diplomatie de coiffeur, grands coups de ciseaux qu'elle n'assume pas, l'amenant à multiplier les envois d'émissaires, les cadeaux, et les excuses désolantes, souvent totalement injustifiées (comme après le passage de la flamme olympique à Paris ), ne gagne à chaque nouvelle manœuvre diplomatique que du mépris. Et pourtant les dissidents chinois en appellent toujours en premier lieu à la France et à ses alter-égaux européens en raison de la grande importance, que conserve dans la culture chinoise l'ancienneté des nations, paradoxe qui en dit long, la France mérite mieux que la république.

Voilà pourquoi la Chine, voulant attaquer la cohésion toute relative de l'Europe, s'attaque à la France, qui en paraît le "maillon faible", "On tape toujours sur le même, comme ça y en a qu'un qui gueule." pour reprendre monsieur Brisset.
Pendant ce temps M. Sarkozy se rengorge de "défendre la démocratie et la liberté d'expression" avec son image de martyr (À pékin les chevaux à bascule en hennissent encore... On sait que la menace économique verra bien vite rappliquer au moins un ministre et un nouveau cadeau, une fois le livre sur de Gaulle fini.) C'est - on en frémirait presque - à M. Manuel Barroso que la France doit sa défense, à travers celle de toute l'Europe insultée par l'annulation du sommet Chine-UE, ce dernier rappelant que toute l'Europe est concernée, et que le problème est coté chinois. Monsieur Brisset conclut "La Chine attend maintenant de voir si Sarkozy ira bien voir le dalaï-lama en Pologne. Elle teste la solidité de l'Europe, pas de la France : si elle impose des mesures de rétorsion bilatérales contre la France et que les Européens laissent faire, elle aura tout gagné. Mais si la France se retranche derrière l'Europe et que l'UE reste solidaire, ça se passera très bien. Si l'Europe faiblit, la Chine pourra piétiner tous les pays européens l'un après l'autre, sauf la Grande-Bretagne, qui ne se laissera jamais faire." Reste à savoir si l'Europe peut faire confiance à l'Union Européenne, et si celle-ci saura voir son intérêt de long terme... Ce n'est pas gagné.

V. Chalmel

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