L'envie du pouvoir
15 novembre 2008 | 2 commentaires

Ségolène Royal sera t-elle ou non candidate au poste de premier secrétaire du Parti socialiste ? La question se pose depuis plusieurs jours et anime de nombreux débats, accompagnant notamment ceux sur l'avenir de la gauche et du Parti socialiste. Mercredi soir, sur TF1, la présidente du Poitou-Charentes nous a donné une réponse étonnante à cette question : « c'est vrai que j'en ai envie ».
Le mot est lâché ! Ségolène Royal a envie d'être premier secrétaire du Parti socialiste. Réponse singulière ? Pas pour celui qui désire se livrer à une critique du fonctionnement démocratique actuel. « Envie », ce mot si rare dans la bouche d'une personnalité politique française semble presque tabou. Non à tort, car il illustre un principe démocratique que nous avons depuis longtemps assimilé à l'Action Française : l'envie ou le désir de pouvoir est consubstantiel au fonctionnement démocratique tel qu'il s'exerce aujourd'hui en France. Cette vérité de l'homme politique assoiffé de pouvoir et par là même corrompu ou corruptible est ancré dans le « pays réel », mais très certainement le lien n'est pas toujours fait avec la démocratie dont se revendiquent de nombreux républicains.
Pourtant, la possibilité pour presque chacun de se présenter comme candidat, l'existence même d'une campagne et de partis politiques conduisent nécessairement au désir du pouvoir, à l'envie de posséder un appareil politique et, pire encore, de contrôler le pays avec celui-ci : nous sommes loin d'une politique qui repose sur la notion de service, qui dépasse le cadre personnel pour s'inscrire dans une action dépassant les individualités ou les communautés partisanes. C'est là le vieux rêve gaullien, la réalité monarchique, qu'un roi seul peut mettre en œuvre par l'absence d'un choix qui précèderait son entrée au pouvoir. La politique au dessus des partis, des envies, la politique comme un devoir et non comme un droit.
Dimitri Julien



2 commentaires pour "L'envie du pouvoir"
PiGé
Le 15 novembre 2008 à 10:28
pays réel, ou pays légal ?!
Dimitri Julien
Le 15 novembre 2008 à 12:35
C'est bien "pays réel", mais en effet je vois maintenant que ce n'est peut être pas assez bien formulé. Je voulais dire ceci : le fait que les hommes politiques soient aujourd'hui souvent corrompus ou corruptibles est une vérité admises par le "pays réel", puisque l'on entend beaucoup de gens dire du mal des hommes politiques, et de moins en moins avoir confiance en eux. Ils ne se sentent plus représenter par eux, pensent que ces hommes politiques n'ont dans l'idée que leur intérêt personnel, leur carrière, etc...
Mais qu'ils ne font pas le lien avec la démocratie (ils ne la remettent donc pas en cause) qui, il me semble, renforce cet état de fait.
Par "ancré" dans le texte, il aurait peut être mieux valu mettre "admise".