Les défis de cette "nouvelle" Amérique
12 novembre 2008 | 5 commentaires

« Yes, we can ». Barack Obama a été élu avec ce slogan prêché depuis près d’un an déjà, ; mais suite à cette promesse électorale assez floue de changement, le nouveau président élu des Etats-Unis va devoir satisfaire les attentes de ses électeurs. La tâche apparaît comme délicate, c’est au fond un immense défi. Il l’a reconnu dans son discours de victoire :
« La route qui nous attend est longue. Le chemin sera escarpé. Nous ne toucherons peut-être pas à notre but en un an, ou même en un mandat. Mais, Amérique, je n'ai jamais eu autant d'espoir que nous y arrivions. »
Les Etats-Unis connaissent la plus grave crise économique depuis 1929. La récession menace, un déficit de 1000 milliards de dollars grève les finances publiques, le chômage touche 6,1% de la population active. Et cela ne fait que commencer. Les plus grands économistes prévoient la perte de milliers d’emplois tant la récession sera violente. Le quatrième trimestre risque de voir le PIB américain en dégringolade.
L’économie chancelante et la crise financière vont donc obliger Obama à opérer un virage protectionniste. Obama a été élu sur un mandat de reconstruction et d’union. Son élection montre deux attentes très fortes : d’abord, une demande de sécurité économique de la part des citoyens américains. L'Etat va renforcer son rôle d'assureur, ce qui touche à la fois les politiques de santé, les politiques de l'emploi. Renforcer aussi son rôle de régulateur. D’autre part, dans la situation économique actuelle, une politique fiscale très agressive est attendue. Parallèle saisissant avec le « New Deal »: alliance entre un ensemble de régulations nouvelles et un rôle de l'Etat plus grand pour assurer les individus contre les imprévus de la crise en cours.
Mais réaliser ces réformes nécessaires va être délicat si le candidat veut aller au bout de toutes ses promesses de campagne. Si l’on additionne ses promesses en matière fiscale, pour l’immobilier, l’environnement, l’énergie et enfin la santé l’on arrive à au moins 600 milliards de dollars de dépense !
Impossible donc d’entamer autant de chantiers par les temps qui courent. Mais Obama, a « la chance » d’avoir été élu grâce à la crise financière, l’inculture de McCain sur les problèmes économiques ayant singulièrement contrasté avec la cohérence du programme économique du démocrate. C’est par une situation économique mondiale très difficile depuis septembre que la question économique a pris le dessus sur les questions sociétales et internationales dans la campagne. Obama a donc construit son programme dans les derniers mois autour des problèmes immobiliers, fiscaux et économiques. La relance passera forcément par des réformes dans ces domaines; ardoise prévue : 330milliards de dollars ! Les questions énergétiques vont donc être laissé en suspens le temps d’une éventuelle relance de l’économie et d’une stabilisation financière.
Mais l’on prévoit une crise de longue durée, dans quatre ans elle sera peut-être encore présente. Obama entre donc dans une phase inconnue; qui sait de quoi demain sera fait ?
Le plus gros défi du président est un problème quasi civilisationnel. Par son « Yes we can », il prétend réaffirmer les valeurs américaines, cet « American way of life » qu’Hollywood nous vend depuis 100ans. Mais l’empire américain subit un indéniable déclin, comprenant de nombreuses similitudes avec l’Empire britannique d’après l’historien Eric Hobsbawm. Le crépuscule de Wall Street a pris une forme bien concrète en 2001, et plus abstraite aujourd’hui avec l’ascension économique et financière de la Chine qui a profité de la division internationale du travail pour se développer de manière totalement autonome, ou encore le rejet du libéralisme en Amérique latine et l’ascension de la gauche, l’affirmation du Brésil ou de l’Inde… Chacun de ses facteurs montre un basculement des relations internationales et la fin du monde unipolaire dominé par l’Occident. Une nouvelle aube pointe, marquée par une multiplication des influences, en particulier: les Etats. La fin de l’arrogance américaine traduit la fin de la domination américaine. Le rêve d’un monde unipolaire après 1991 n’aura pas tenu 10 ans avant de s’écrouler. Et les Américains ont conscience de leur déclin. Ce changement promis par Obama traduit une volonté de préserver cette Amérique, leur Amérique.
Mais le nouveau Président pourra peut-être limiter les dégâts de la crise financière ou lancer un programme énergétique innovant; il ne pourra pas empêcher la fin d’une ère. Il devra s’adapter à ce XXIème siècle qui est en train de devenir celui des nations, un monde multipolaire que la France depuis De Gaulle souhaite mettre en place. La fin du libéralisme sauvage succède à la fin du socialisme et de la planification. La troisième voix qui jusqu’en 1991 a été bâillonnée et qui était raillée jusqu’à aujourd‘hui a finalement gagné par abandon ou autodestruction des deux autres modèles. Que ce soit l’Amérique du sud, ou aujourd’hui l’Europe et demain les Etats-Unis une page est sur le point d’être tournée. La crise aura finalement apporté la victoire d’une voie de pragmatisme entre une économie de marché limitée et un protectionnisme naturel, donc un repli sur l’Etat, le cercle finalement le plus important et le plus efficace dans sa protection des individus, des citoyens, des hommes.
Obama a donc un double défi à relever, le traditionnel défi économique que son prédécesseur Roosevelt a relevé dans les années 1930, et le défi civilisationnel qu’il est le premier à devoir relever, Bush junior n’ayant pu, dans son deuxième mandat, que constater l’effacement progressif de la domination des Etats-Unis sur la scène internationale.
Pierre Richard



5 commentaires pour "Les défis de cette "nouvelle" Amérique"
Catoneo
Le 12 novembre 2008 à 10:02
Excellent billet qui tranche avec l'obamaphobie de règle en Roycoland.
Le monde unipolaire n'a pas marché non par essence - après tout il est unipolaire par défaut - mais parce que les commandants à la passerelle n'étaient pas au niveau requis.
Le monde multipolaire - tâchons d'éviter un nouveau bipolaire - convoque certaines masses critiques pour s'administrer en équilibre. A côté des BRICs, du Japon, des USA se pose le devenir de la métamorphose européenne et ses chances de peser sur le destin commun.
En ce sens, je crois que la promotion de la sécession est une impasse, car elle ne résout rien, au contraire.
schoonbroodt
Le 13 novembre 2008 à 16:07
evidemment , un negre c est pas ca qui peut vous plaire !!!!
marie le bonnec
Le 13 novembre 2008 à 16:36
euh, vous sortez d'où, schoonbroodt ? Certainement pas d'un endroit où on sait lire, en tout cas. L'article est trop intelligent pour vous? Vous êtes perdu quand on emploie un vocabulaire un peu plus décent et élaboré que "nègre" ???
Un passant
Le 13 novembre 2008 à 21:48
schoonbroodt, c'est une marque de schnaps, non ?
Saucourt
Le 14 novembre 2008 à 2:09
Schoonbroodt, c'est peut-être une marque de schnaps, c'est surtout des commentaires à la con...